‹ Histoire de RobespierreChapitre 258 sur 283 · LIVRE V. — CONSEILS AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CONSEILS AUX JACOBINS

mandons une autre législation, » dit-il, « mais obéissons à la loi (1).... J*y obéirai pour ma part, mais je vous dois la vérité... terrible. » Alors, et se désignant d'avance et sans peur aux coups de la réaction, il traça un sombre tableau de ces comités au sein desquels s'étaient coalisés tous les ci-devaals privilégiés de TAssemblée nationale. Il montra leurs desseins perfides, leurs projets contre-révolutionnaires se décelant dans tous leurs actes. C'étât aux citoyens à déjouer ces trames en ne permettant pas que la division se mît entre eux, en s'unissant r.ux gardes nationales qu'on voulait égarer. Quant à lui, on le trouverait toujours ferme, inébranlable sur les principes, indifférent aux atten»tats préparés contre sa personne. On croyait, dit le journal de l'abbé Fauchet, auquel nous empruntons ces détails, « on croyoit entendre l'infortuné Rawleigh dire à ses bourreaux : Frappez : quand le cœur est droit, qu'importe oCi va la tête?» Il s'agit ici de la liberté de toute la nation, ajoutait Robespierre ; c'est la cause de l'humanité tout entière, c'est le triomphe de la vérité persécutée depuis des milliersde siècles... Encore un peu de courage, et tout sera consommé. Les députés des communes se rappelleront la sainteté de leur migsion !... Les peuples rentreront dans leurs droits imprescriptibles, les tyrans seront confondus ; leurs infâmes calomnies n'auront que des succès passagers. Nous avons la vérité et la justice, nous sommes invincibles.

Telle fut, résumée en quelques lignes, l'éloquente improvisation de Robespierre à la tribune des Jacobins, la veille d'une des plus néfastes journées de la Révolution française (2).

Le lendemain, — c'était un dimanche, — une foule de citoyens ayant persisté, en dehors des Jacobins, dans le dessein de présenter à l'Assemblée nationale une pétition pour demander la déchéance de Louis XVI, retournèrent au Champ de Mars afin de s'occuper de cet objeL Tout le monde sait sous quels sombres auspices s'ouvrit ce jour fatal. Deux hommes, attirés par une curiosité obscène, avaient imaginé de se cacher sous les planches des gradins de l'autel de la patrie. Découverts

(1) C'était aussi le mot de Brissot à propos du décret ; « Il est rendu, il faut obéir.» jAi Patriote français^ numéro 706.

(2) Le compte rendu de la séance du 16 juillet aux Jacobins ne se trouve que dans le journal la Bouche de fer^ numéros 96 et 99. Ce dernier numéro, qui est du 21 juillet, contient pour épigraphe cette citation :

Vous aliumei ud feu qui ne pourra s'éteindre,

Il vout faadra tout craindre,

Toujours trembler dan* vos projets,

Et pour TDS ennemis comptar tous les Français.

Ktd. RàCIMB.

Uarticle dans lequel il est rendu compte du discour» de Bobespierre est vraisemblablem<jnt de BoHneville. Il est intitulé : Voila uw hohhête hokiix.

par l'effet du hasard, arrêtés et conduits au poste du Gros- Caillou, ils venaient d'être rais en liberté après leurs explications. Mais le bruit s'était répandu qu'ils étaient les agents d'un noir complot, et qu ils avaient été aposlés sous l'autel de la patrie pour le miner et faire sauter les signataires de la nouvelle pétition. On n'ignore pas avec quelle déplorable facilité se propagent et sont acceptées les nouvelles les plus absurdes. A peine libres, ils- avaient été saisis et impitoyablement massacrés. Personne ne flétrit plus vivement et plus sincèrement que Robespierre « cette violence criminelle » d'autant plus odieuse, dit-il, 4îue des circonstances extraordinaires faisaient naître dans l'esprit des fidèles amis de la liberté de sinistres soupçons sur la nature des causes qui avaient dirigé le bras des meurtriers (1). Il n'y avait, dans tous les cas, aucune espèce de rapport entre ce fait et la pétition e* les pétitionnaires. Cependant les meneurs de la réaction dans l'Assemblée tirèrent un merveilleux parti de ce douloureux incident. Un membre annonça, avec une rare impudence, que deux honnêtes citoyens venaient d'être victimes de leur zèle au moment où, au Champ de la Fédération, ils exhortaient le peuple assemblé à se conformer à la loi. En vain le curé Dillon affirma que le fait ne s'était pas passé ainsi, Regnault (de Saint-Jean d'Angély), un des coryphées de ce parti delà réaction, eut l'effronterie d'insister et demanda, aux applaudissements d'une partie de l'Assemblée, l'application de la loi martiale pour le cas où le désordre continuerait, de cette loi si vivement combattue, on s'en souvient, par Robespierre. Il demanda en outre que toute personne qui, par écrits, soit individuels, soit collectifs, exciterait le peuple à résister aux autorités constituées fussent poursuivies comme criminelles de lèse-nation. C'était bien encore d'un modéré (2). L'attente de Regnault ne fut que trop bien remplie.

Nous n'avons pas à raconter dans tous leurs détails les déplorables événements qui signalèrent la fin de la journée du 17 juillet. Débarrassés des voiles dont les intéressés et les écrivains de la réaction avaient essayé de les couvrir, ils sont aujourd'hui parfaitement connus. On sait comment, tandis qu'au Champ de Mars une multitude de citoyens, sans armes, exerçaient un droit sacré, dans toutes les conditions prescrites par la loi, en apposant leur signature au bas de la pétition incontestablement légale déposée sur l'autel de la patrie, la loi martiale était proclamée et le drapeau rouge arboré aux fenêtres de

(1) Adresse de Maximilien Robespierre aux Français, ip, 28.

(2) }Toniteur du 18 juillet 1791. Voy. aussi les Révolutions de Paris, numéro 106. Suivant ce dernier journal, Regnault aurait dit que les deux victimes étaient (/mx gardes nationaux^ cela pour exaspérer la garde nationale eontre le peuple.

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