‹ Histoire de RobespierreChapitre 26 sur 283 · LIVRE I. LA SOCIÉTÉ DES ROSATI · texte numérisé non relu

LIVRE I. LA SOCIÉTÉ DES ROSATI

voir une certaine analogie entre cette société et la franc-maçonnerie ; il n'en est rien. Les Rosati^ il est vrai, chantaient au bruit de la dislocation du vieux monde s'effondrent de toutes parts sous les coups des philosophes, et plusieurs d'entre eux s'associaient activement au prodigieux mouvement qui poussait les esprits vers Tinconnu ; mais dans leurs réunions ils ne s'occupaient ni de politique ni d'économie sociale. Tout au plus frondaient-ils dans leurs petits vers, suivant l'usage imménîorial en France, les abus d'un régime désormais frappé au cœur. Mais, cette fois, tout ne devait pas finir par des chansons, et la société des Rosati eut, du moins, la gloire décompter dans son sein deux des plus infatigables pionniers de l'ordre social nouveau ; j'ai nommé Carnot et Robespierre.

Le premier avait été admis dès 1780 ; le second le fut deux ans plus tard, dans l'année qui suivit celle de son retour à Arras.

Les séances des Rosati se tenaient dans un des faubourgs de la ville, en dehors des fortifications, sur les bords de la Scarpe, sous un berceau de rosiers. Chaque réception d'un membre nouveau donnait lieu à une réunion générale. La cérémonie avait une simplicité toute pastorale : on offrait une rose au récipiendeire, qui la respirait trois fois, l'attachait à sa boutonnière, vidait d'un trait un verre de vin rosé à la santé des Rosati, puis, au nom de la société tout entière, était embrassé par un de ses membres. Il recevait ensuite un diplôme en vers auquel il était d'usage de répondre par quelques couplets (t). On a conservé un certain nombre de pièces de Carnot et de Robespierre, chantées par eux au sein de la société des Rosati. Ni l'un ni l'autre, il faut le dire, n'avaient reçu le feu sacré, et s'ils n'avaient que leur bagage poétique pour les recommander à la postérité, leur immortalité serait singulièrement compromise; mais ils ont d'autres titres plus sérieux à la reconnaissance des hommes.

Robespierre, il paraît, fut reçu avec un véritable enthousiasme.

Je vois l'épine avec la rose

Dans les bouquets que vous m'offrez,

Et lorsque vous me célébrez,

Vos vers découragent ma prose.

Tout ce qu^on ra*a dit de charmant,

Messieurs, a droit de me confondre (2)...

c3isait-il, dans sa réponse au confrère chargé de le complimenter.

(1) Pour de plus amples ^enseignements sur la société des Rosati^ voyez Tintéres- ^omte notice publiée par M. Arthur Dinaux, dans la troisième série des Archives du ^^îord, à Valenciennes.

(2) Voyez ses couplets de réception à la suite des Mémoires de Charlotte Robes- #>^fre, p. 157.

C'est qu'en effet dès lors, malgré son extrême jeunesse, il était dé célèbre à Arras; et nous montrerons bientôt par quels travaux iropoi tanis, par quels succès il avait mérité de conquérir si rapidement l*e time et l'admiration de ses concitoyens.

Ses relations avec Garnot datent, on le voit, d'une époque bien anl rieure à la Révolution. Et ce n'étaient pas de simples relations < monde, c'étaient des relations tout intimes, tout amicales; nous prouverons sans peine dans un instant. Aussi avons-nous lu avec i profond étonnement, dans des mémoires récemment publiés sur Carn par son fils, qu'ils étaient à peu près inconnus l'un à l'autre lorsqu'; se trouvèrent ensemble sur les bancs de la Convention. S'il faut i croire Tiliustre défenseur d'Anvers, il n'aurait eu que deux fois l'occ sion de se rencontrer avec Robespierre avant l'explosion de 1789; première à propos d'un procès dont il le ciiargea ; la seconde, lor qu'ayant été élu membre de l'Académie d'Arras, il fut reçu par Robe pierre, alors directeur de cette Académie.

Quant à la circonstance du procès, voici, en substance, ce q raconte Carnot. Étant en garnison à Calais avec son frère, ils faisaie ménage commun et avaient pour servante une vieille femme nomm madame Duhamel. Un jour ils lurent, dans un journal de la localii qu'une dame portant le même nom venait de mourir en Artois sa laisser d'héritiers directs. Ils eurent alors l'idée de demander Ji le servante si par hasard elle ne serait pas parenl^ de cette dame, vieille domestique leur ayant montré ses papiers, ils les examinera attentivement, acquirent la preuve qu'en effet elle était de la mêi famille, l'engagèrent vivement à faire valoir ses titres devant les t bunaux, « quoique les adversaires qu'elle allait y rencontrer app£ tinssent à une maison inQuenle dans le pays, » et chargèrent Robe pierre de soutenir les droits de leur pauvre servante (1).

Il y a là d'abord une première erreur évidente. Carnot habitait Cal avant de s'établir à Arras, où, dès Tannée 1780, il était en garnison, à cette époque Robespierre était encore étudiant; il acheva ses étuc

(1) Mémoires sur Carnot par son fils, t. I, p. 96, 97. Paris, Pagnerre, 1861.

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