‹ Histoire de RobespierreChapitre 269 sur 283 · LIVRE V. ADRESSE AUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LIVRE V. ADRESSE AUX FRANÇAIS

velles richesses nationales, faisait naître la détresse publique. Pour remédier à tant de maux, il comptait sur la prochaine législature, si les cabales des factions et de la cour ne l'emportaient dans les élections sur l'intérêt public. Il formait le vœu que des ambitieux ne reculassent pas encore la fon ,ation de l'Assemblée nouvelle, et terminait en ces termes : « Qu'elle arrive avec des sentimens et des principes dignes de sa mission; qu'elle renferme dans son sein seulement dix hommes d'un grand caractère, qui sentent tout ce que leur destinée a d'heureux et de sublime, fermement déterminés à sauver la liberté ou à périr avec elle, et la liberté est sauvée (1). *

Cette longue adresse aux Français, où la vie politique de Robespierre jusqu'à ce jour était si nettement et si franchement expliquée, eut un 'succès prodigieux. « Bons Parisiens, et vous. Français des quatre-vingtdeux autres départements, » disait le journal le plus populaire du temps, « lisez répîlre éloquente et vérace de M. Robespierre, lisez-la dans la chaire de vos églises, dans la tribune de vos assemblées, sur le seuil de la maison commune de vos municipalités ; et si vous êtes hors de la bonne voie, elle vous y fera rentrer (2). » Une autre feuille s'exprimait en ces termes : « Quand on voit tant de philosophie et de calme dans celui qui se trouve ainsi l'objet de la calomnie, on doit çn conclure pour la bonté de la cause qu'il défend (3). » A Nantes, lasociété des Amis de la Constitution, transportée à la lecture de cette adresse, en vota l'impression à deux mille exemplaires {Ix), « Immortel défenseur des droits du peuple, » écrivait à Robespierre, le 26 août, l'évêque de Bourges, « j'ai lu avec enthousiasme votre lettre adressée aux Français (5). » Enfin madame Roland, retournant vers la mi-septembre dans les propriétés de son mari, à la Platière, semait, dans les endroits où elle passait, des exemplaires de cette vigoureuse adresse, « comme un

(1) Adresse de Maximilien Bobfspierre aux Fratiçois. Paris, Paquet, nie Jacob, n» 29. Iii-B* do 49 pages. Cette adresse ne figure pas dans le recueil des Œuvres de Robespierre éditées par Laponneraye d'une façon fort incomplète, comme on sait.

(2) RécolutioM de Paris, numéro 109. Ce numéro contient une longue analyse et de nombreuses citations de la lettre de Robespierre, p. 226 et suiv.

(3) Feuille de corres\)ondance du Libraire, année 1791, p. 184.

(4) Voy. dans le Patriote françois, une lettre de Pio à ce sujet. Voici comment, de son côté, s'était exprim-.* Brissot, qui, suivant M. Michelet, dont l'imagination va toujours trop vite, sympathisait déjà très-peu avec Robespierre (Hist. de la RévoL, 1. 111, p. 167). « C'est bien à regret que nous nous trouvons obligés de ne donner qu'un extrait de l'adresse de M. Robespierre, qui présente une apologie énergique et vraie de sa conduit3 ; adresse bien propre à faire rougir ses accusateurs, qui savent bieu intriguer, mais ne savent pas écrire deux lignes, et qui, sans le secours que leur prêtent des plumes vénales, seroient déjà dans l'oubli le plus profond. » Suit l'extrait. Numéro 738.

(5) Lettre de Tome, évêque de Bourges, dans les Papiers inédits, etc., 1. 1, p. 169.

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excellent texte aux méditations de quelques personnes (1). » En butte aux calomnies des Constitutionnels et de tous les écrivains payés de la cour, Robespierre venait de faire sa confession publique ; et si intime était le rapport entre ses actes et ses paroles qu'il fut impossible de le mettre en contradiction avec lui-même. Cette adresse le grandit encore aux yeux de ses concitoyens; mais elle eut un autre avantage : elle cx)ntribua singulièrement à rabattre l'orgueil de ces Constitutionnels qui, depuis le fatal événement du Champ de Mars, se croyaient maîtres des destinées de la France.

Cependant l'Assemblée nationale touchait au terme de ses travaux. Épuisée par deux ans de luttes incessantes, elle avait bien droit au repos, à ce repos forcé auquel une motion de Robespierre avait condamné tous ses membres. Rien ne ffrouvait mieux sa lassitude que la dispersion des /iéputés, dont la moitié à peine assistaient maintenant aux séances.

Tous les articles de la constitution avaient été discutés et votés ; re.«itait à les coordonner, et, des diverses parties éparses, à composer un tout homogène : ce fut h quoi tendit le travail de la révision. Nous avons entendu Robespierre exprimer la crainte que les Constitutionnels ne portassent la main sur leur propre ouvrage et ne profitassent de cette révision pour altérer la constitution, la modifier dans un sens tout favorable à la cour ; ses ap[)réhensions se trouvèrent pleinement justifiées. Y eut-il, comme cela parait assez clairement résulter d'une lettre de M. de Gouvernet à Bouille, entente réelle entre un certain nombre de membres du côté droit et Le Chapelier, Barnave et leurs amis? cela semble assez probable, à en juger par l'attitude de ces anciens membres de la gauche dans les débats auxquels la révision donna lieu. Barnave était bien changé depuis le retour de Varennes 1

Le 5 août, anniversaire du jour où, deux ans auparavant, l'Assemblée avait posé les bases de l'édifice terminé, Thouret donna lecture du projet du comité; le 8, la discussion commença. Malouet et Duval d'Eprémesnil ayant violemment attaqué, au point de vue royaliste, l'œuvre

(1) Lettro de madame Roland, en date du 27 septembre 1791 (Voy. cette lettre dans les Mémoires de Charlotte Robespierre^ p. 80).

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