‹ Histoire de RobespierreChapitre 273 sur 283 · LIVRE V. LES JACOBINS DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

LIVRE V. LES JACOBINS DE STRASBOURG

au moins les soldats? Ceux dé la garnison d'Arras avaient manqué de respect à leurs chefs? Mais quels ordres leur avail-on donnés? l'ordre de renoncer a se parer des couleurs nationales. Du reste, il n'y avait pas eu sédition de leur part, puisque eux-mêmes avaient dénoncé les ennemis de la constitution qui, profitant de leur mécontentement, s'étaient efforcés d'en faire les instruments de leur projet. Ce n'était donc pas, disait Robespierre en terminant, le cas de présenter une loi peu propre à concilier les choses; et il demanda, mais en vain, la question préalable sur le projet de décret de Chabroud, que l'Assemblée adopta après une courte discussion, et sans prendre la précaution de bien éclaircir les faits (1).

Retournons pour un instant aux Jacobins, où là du moins Robespierre était écouté avec une religieuse attention. Deux fois, dans le cours de ce mois d'août, il avait été appelé à présider la société, en l'absence de Pétion, président en titre. 11 occupait le fauteuil quand, le vendredi 12 août, les délégués de la société des Amis de la Constitualion de Strasbourg vinrent jurer de rester éternellement attachés « \ leur mère, à cette société qui renfermait dans son sein les Robespierre, les? Pétion, les Buzot, les Grégoire. » Placés à la porte du pays, les habitants de Strasbourg étaient mieux que d'autres à même de juger les intrigues auxquelles se livraient les émigrés et les royalistes restés à l'intérieur, et leur adresse aux Jacobins témoignait, de leur part, des craintes et des inquiétudes sérieuses. Pressentant déjà les jours sombres, Robespierre, en complimentant, à litre de président, les délégués sur le patriotisme de leurs concitoyens, les encouragea dans leur dessein de déjouer les complots de tous les ennemis de la liberté, leur promettant de préférer, comme eux, la mort au retour de la servitude et d'essayer au moins de sauver la patrie en mourant (2).

Quelques jours plus tard, le 21 août, honteux en quelque sorte des avances faites par les Jacobins à la société dissidente, aux Feuillants^ il s'opf)osait vivement à ce qu'on leur envoyât une nouvelle lettre d'invitation à rentrer dan le sein de la société mère (3). 11 ne fallait, di-

(1) Voyez le Moniteur du 29 août 1791, et le Courrier de Prarenee^ numéro 334.

(2) Journal des débats de la société des Amis de la ConeUtutiony numéro 42.

(3) Ibid., numéro 46.

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sait-il, ni avoir Tair de tenir à eux ni les presser; tous uniraient par revenir, comme beaucoup déjà étaientrevenus. Tous^ c'était peu probable, et Robespierre ne comptait guère que les Lameth, les Duport, les Barnave, rentreraient dans une société où leur influence était à jamais effacée par la sienne. Entre eux et lui, il savait bien la scission irrévocable; trop cuisantes étaient les blessures de leur amour-propre. Un certain nombre de membres de la gauciie, subissant leur ascendant, persistaient à demeurer avec eux aux Feuillants; une nouvelle démarche ayant été tentée auprès des dissidents, malgré l'avis de Maximilien, ils s'obstinèrent dans leur refus. Mais l'insuccès de leurs avances près des sociétés affiliées put leur donner la mesure de leur peu d'influence dans le pays, les édifier sur leur impuissance; et l'heure n'était pas éloignée où, en pleine Assemblée nationale, Robespierre allait, de quelques mots, assommer le Feuillantisme.

Le 31 août fut le dernier jour où l'on s'occupa de la rédaction de l'acte constitutionnel. On y prononça un nom destiné à acquérir une terrible et prodigieuse notoriété, celui de Convention nationale. Ce fut sur la proposition de Frochot qu'on agita la question de savoir si, lorsque la nation témoignerait le désir de voir la constitution remaniée dans quelques-unes de ses parties, on convoquerait une convention nationale. Divers amendements se produisirent, modifiant plus ou moins le projet de l'ami de Mirabeau. Nous n'avons pas à nous en occuper. Robespierre était également d'avis de laisser au peuple le moyen de changer sa constitution, sans recourir à Finsurrection ; mais une convention n'était pas seulement, a ses yeux, destinée à réformer la constitution, elle devait avoir aussi pour mission d'examiner si le Corps législatif, à colé duquel elle exercerait son mandat, n'avait pas outrepassé ses pouvoirs, car ce tyran ne voulait pas plus du despotisme des assemblées que du despotisme de l'Étal. Aussi aurait-il désiré que la convocation des assemblées nationales ne fût pas subordonnée au bon vouloir du Corps législatif (1). Au reste, tout en adoptant le principe de la tévision, l'Assemblée nationale décida que la législature ferait elle-même l'office de Convention, dont le nom ne fut même pas inscrit dans la constitution, et que la nation, à cet égard, suspendrait pendant trente ans l'exercice de son droit. 0 fragilité des décisions humaines!

Cependant l'acte constitutionnel était terminé. Dans la séance du 1**^ septembre, Beaumetz, au nom des comités, proposa à l'Assemblée

(1) Voyez le Mmiittur du 2 septembre 1791, le Point du joufj numéro 784, et le Patriote françois^ numéro 753.

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