LIVRE I. BfSCOURS SCR LES TEINES INFAMANTES
pour la société cette solidarité inique, il demande alors pourquoi nous n'adoptons pas aussi cette ancienne loi de la Chine en vertu de laquelle on condamnait à mort les pères dont les enfants avaient commis un crime capital. Mais il n'a pas de peine à prouver combien est illusoire cette prétendue garantie invoquée pour le maintien d'un préjugé barbare. Les sociétés, selon lui, doivent chercher leur conservation et leur salut dans des lois sages, dans l'amélioration des mœurs, non dans des usages atroces.
Mais si cette coutume d'un autre âge n'offre aucune garantie sérieuse, de combien de maux en revanche n'est-elle pas la source? Que d'infortunés à jamais perdus parce que le hasard, la fatalité les a fait naître d'une famille de laquelle est sorti quelque criminel, qui cependant avaient le cœur bien placé, et méritaient la considération des hommes! Ici c'est un père victime de la faute d'un de ses enfants ; là ce sont des enfants innocents sur qui rejaillit l'opprobre paternel. Quel abominable et absurde système 1 N'est-ce pas le moyen de pervertir les meilleures natures? Ne doit-on pas craindre de forcer à devenir méprisables ceux que Ton condamne d'avance au mépris, et de pousser à la révolte contre la société des citoyens injustement dépouillés de leur part d'estime et d'honneur? 11 faut donc rechercher tes moyens d'anéantir au plus vite un si odreux préjugé.
Quelques philanthropes proposent d'en atténuer seulement les effets en letenfermant dans certaines limites; mais cette demi-mesure, impuissante à conjurer le mal, ne convient pas à Tauteur du discours couronné : ses principes le conduisent à demander une destruction totale, définitive. Comment donc extirper cette affreuse opinion, fortifiée par une longue habitude et depuis tant de siècles enracinée dans le cœur de la nation? Vaincre un monstre par qui tant de familles ont été et peuvent encore être désolées, c'est rendre un service à l'humanité tout entière. Le moment lui paraît favorable pour remporter une si belle victoire. L'incessant progrès des lumières, les coups portés aux vieilles superstitions, les efforts journellement tentés pour diminuer les misères humaines et améliorer la condition sociale lui donnent la certitude qu'il est facile d'amener tôt ou tard la mine d'un préjogé indigne d'une société bien organisée.
Mais îï ne veut pour cela ni lois spéciales ni intervention de l'auto-
en 1850, Œii\'Te de TabMPtDyard. n ne peut pardonner (p. 27) à ce méprisable asocal, dans le» écrits duqnel, dit->il, « on découvre Icff élément» de ce- système monstrueux d^égalité et de liberté, » d'avoir dénoncé^à sou siècle, comme le plu» injuste des préjugés, un s^^ntiment que TÀuteur de la nature « a gravé dans nos cœurs, sentiment vrmimant précieux poar Ai société... » O charité cfarétienne !
rite, laquelle d'ailleurs a rarement prise sur l'opinion publique; il lui suffit d*éclairer le pays, de modifier certaines institutions auxquelles est essentiellement attaché Tabus dont il réclame le retranchement. Alors, avec une surprenante vigueur, il attaque — quel ami de Thumanité ne lui en saurait gré? — une des plus barbares institutions de la monarchie française, la confiscation, cette source impure des fortunes de tant de grandes et anciennes familles, dont nos rois se servaient pour enrichir leurs créatures, leurs favoris et leurs maîtresses, et que la Révolution eut Timmense tort de ne pas supprimer avec tout cet arsenal féodal que, dans les premiers mois de son avènement, elle a renversé de sa main puissante.
Comment, en effet, une famille ne serait-elle pas atteinte dans son honneur quand, pour la faute d*un seul, elle se trouve frappée dans sa fortune et complètement ruinée? Et à ce propos, je ne puis m'empècher de faire une remarque, c'est qu'il n'est pas une amélioration introduite dans nos lois, pendant ou après la Révolution, qui n'ait été d'avance réclamée par Robespierre ; c'est qu'il n'est pas un progrès accompli ou dont le temps amènera plus tard la réalisation, qu'il n'ait rêvé et vivement sollicité ; tant il est vrai que cet homme si niaisement décrié, si injustement calomnié par tous les partis, portait, dans sa vaste pensée, le nouvel édifice social reconstitué sur les fondements de la justice éternelle!
Mais revenons à son discours. Un des plus puissants moyens, suivant lui, d'avoir raison du préjugé qu'il combat, c'e^t d'établir l'égalité des peines pour tous les citoyens, de ne pas accorder le privilège d'un supplice spécial aux nobles, dont les crimes sont toujours moins excusables que ceux de malheureux poussés au mal par la misère. L'infamie semblait dépendre de la forme du supplice, non du crime. A égalité de forfait on voyait le déshonneur s'attacher aux familles plébéiennes, tandis que certains nobles, se faisant de l'échafaud une sorte de piédestal, laissaient aux leurs tous les avantages d'une réputation non souillée. 11 propose donc, en premier lieu, qu'on étende à tous les citoyens le genre de supplice réservé jusqu'ici aux seuls nobles, parce qu'il lui paraît plus doux, plus humain et plus équitable.
11 engage fortement ensuite les chefs d'empire à ne pas fermer la voie des honneurs et des charges aux familles dont un membre a pu s'attirer la honte du dernier supplice, lorsque dans ces familles il se rencontre un homme de talent, capable de bien servir l'État. En voyant les souverains eux-mêmes rompre avec un antique préjugé, les peuples finiront par s'en déshabituer et par apprécier chacun, non en considération de ses parents, mais en raison de ses propres actes et de