‹ Histoire de RobespierreChapitre 54 sur 283 · LIVRE I. — OPERATIONS ELECTORALES 8ô · texte numérisé non relu

LIVRE I. — OPERATIONS ELECTORALES 8ô

Balthazar. Or la seule union possible désormais, celle rêvée par Robespierre et le plus grand nombre des députés du tiers, c'était l'union fondée sur la liberté et l'égalité, œuvre sainte à laquelle, à travers mille obstacles, à travers mille périls, ils allaient travailler avec un dévouement sans exemple jusque-là dans l'histoire du monde.

Le scrutin pour l'élection des députés du tiers aux états généraux fut ouvert le vendredi 24 avril, à midi précis. Les électeurs, au nombre de douze cents environ, avaient huit députés à élire. Les opérations électorales durèrent assez longtemps (jusqu'au 28), parce qu'il n'était procédé qu'à la nomination d'un député a la fois, par voie d'un seul scrutin. Les trois premiers noms sortis de l'urne furent ceux de Marie Payen, fermier à Boiry-Becquerelle, de Brassart, avocat à Arras, et de Célestin Fleury, fermier à Coupelle-Vielle. Au quatrième tour de scrutin il n'y eut pas de résultat, Robespierre et Vaillant, ancien garde des sceaux de la chancellerie d'Artois, qui avaient obtenu le plus de suffrages, n'ayant pas réuni la pluralité voulue. Le second l'emporta au scrutin de ballottage. Robespierre fut élu le lendemain dimanche 26; il venait le cinquième. Après lui furent nommés, dans les deux jours suivants, Petit, fermier à Magnicourt-sur-Canche ; Boucher, négociant à Arras/et Dubuisson, fermier à Inchy.

Les ordres de la noblesse et du clergé, de leur côté, avaient élu chacun quatre députés; ce qui portait à seize membres la représentation complète de la province d'Artois (1).

Le 1*' mai, les trois ordres réunis s'assemblèrent de nouveau daos la grande salle de l'hôpital général, sous la présidence du duc de Guines. Après un long discours du gouverneur, dans lequel il conseillait fortement aux états généraux de ne rien changer à ce qu'il appelait les anciennes constitutions du royaume^ comparurent les seize députés de la province. Ils déclarèrent solennellement qu'ils acceptaient le mandat dont ils venaient d'être revêtus, et prêtèrent serment de remplir avec fidélité et exactitude la commission qui leur était confiée auprès des états généraux. Pour ceux de la noblesse et du clergé, ce serment, c'était celui de maintenir de tout leur pouvoir l'ancien régime dans son intégrité ; mais pour Robespierre, pour les députés du tiers qui rêvaient comme lui l'affranchissement de la nation, c'était comme un serment anticipé du jeu de paume.

(1) Avaient été nommé», pour le clergé : Le Roiilx, curé de Saint-Pol ; Boudart, curé de la Couture; Bcbin, curé d'Hersin-Coupigny ; Diot, curé de Ligny. Par la noblesse : Briois de Beaumetz ; le comte CliArles de Laraeth ; le comte de Croix ; Lesergeant d'Isbergues.

Robespierre avait alors trente et un ans moins cinq jours. Il était de taille moyenne et d'apparence assez délicate. Son visage n*était pas régulièrement beau, mais il respirait un grand air de douceur et dé bonté, exerçait une certaine attraction. 11 n'avait donc pas à vaincre une physionomie ingrate, ainsi qu'on Ta trop souvent écrit. Mais sur sa personne, comme sur son caractère, le monde a été étrangement trompé par les vainqueurs de Thermidor et le méprisable cortège d'écrivains et d'artistes mercenaires largement stipendiés par eux. Au physique conmie au moral il n'est pas d'homme qui ait été plus odieusement défiguré. Merlin (de Thionville)^yant écrit, dans cette inmionde brochure à laquelle nous avons déjà fait allusion, qu'il avait une figure de chat- tigre ^ tous les courtisans des bourreaux de Thermidor répétèrent à l'envi le mot d'un des séides de la faction victorieuse (1). De là ces ignobles charges dans lesquelles on s'est plu à donner une expression féroce à ses traits, qui respiraient pourtant la mansuétude et la bienveillance. Nous avons sous les yeux un certain nombre de portraits authentiques, peints ou dessinés d'après nature entre les années 1788 et 1796 ; nous pourrons donc rétablir la vérité à cet égard, autant qu'il est possible de le faire par écrit ; mais ce n'est pas encore ici le lieu de peindre exactement cette importante figure.

Il fallait assurément qu'elle ne fût pas tout à fait dépourvue de charmes pour éveiller de tendres impressions longtemps avant que Robespierre eût acquis cette immense popularité et cette magie du pouvoir si propres à toucher le cœur des femmes. Jeune homme, il eut de ces attachements sur lesquels une discrétion facile à apprécier nous commande de jeter un voile, et qui, du reste, n'intéressent en rien l'histoire. Il en est un cependant que nous signalerons parce qu'il

(1) Nons devons «lire que Merlin n'a été que Tendosseur de ce portrait de Robespierre ; la paternité en revient de droit à Rœderer, ce déserteur des grands principes de la Révolution. En général, parait-il, «c il faisait suggérer ses pensées à Tallien et à M'irlin de Thionville, il eu fournissait le croquis, qu'ils arrangeaient à leurs manièrOf en ne négligeant pas surtout d'y prodiguer les ornements de leur style révolutionnaire. H Quant au portrait de Robespierre, il n'a pas été retouché par le signataire. C'est le fils de Riœderer lui-mêùie qui nous l'apprend. Le signataire n'en mX pas moins comptable devant l'histoire (V. Œuvres de Bcfderer, publiées par son fiU. Paris, Firmin Didot, 1854, t, 3, p. 266).

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