‹ Histoire de RobespierreChapitre 59 sur 283 · MAI 1789 — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

MAI 1789 — DÉCEMBRE

Umesie du Saint-Esprit à Versailles. — Ouverture des états généraux. — Les commîmes de France. — Scission entre les trois ordres. — Proposition de Robespierre. — Iles communes se constituent en Assemblée nationale. — Opinion de Robespierre «or quelques membres de l'Assemblée ; lettre à son ami Buissart. — Sa réponse à rarchevêque d'Aix. — Séance du 20 juin ; serment du Jeu de Paume. — Déclaration du 23 juin. — M. de Brézé et Mirabeau. — La noblesse et le clergé se réunissent aux conmaunes. — Mouvements dans Paris. — Les débuts de Robespierre à la tribune. — Il est nommé membre d'une députation envoyée au roi pour demander réloignen^ent des troupes. — Renvoi de Necker. — L'Assemblée se déclare en permanence. — Prise de la Bastille. — Consternation à Versailles. — Premier convoi de Témigration. — Robespierre accompagne Louis XVI à Paris. — Réception faite au monarque. — Visite à la Bastille. — Robespierre stimule le zële de tes concitoyens d^ Arras. — Il combat une proclamation proposée par Lally-ToUendal.

— Se prononce pour l'ouverture des lettres saisies sur Cast^au. — Retour de Necker. — Robespierre appuie la proposition de Mirabeau concernant Besenval. — Sa motion sur les troubles des provinces. — Nuit du 4 août. — Discours en faveur de la liberté individuelle et de la liberté de la presse. — Il demande qu'à la nation aeule appartienne le droit d'établir Piropôt. — Sa motion pour que chacun puisse l'exprimer en toute liberté sur la forme du gouvernement. — Son dire sur le veto Toyal. — Il demande que chaque législature soit fixée à un an. — Son opinion sur

la promulgation des décrets du 4 août Il attaque la réponse du roi. — Journées

des 5 et 6 octobre. — Stanislas Maillard et les femmes à l'Assemblée. — Robespierre combat les formules anciennes des arrêts du conseil et des déclarations royales. — L* Assemblée à Paris. — Discours de Robe^ierre contre la loi martiale.

— Il réclame l'application du suffrage universel. — S^élève contre l'exception proposée en faveur des fils de famille. — Les parlements suspendus. — Jugement de Robespierre sur d'Ëprémesnil. — Il demande l'impression d*tm discours du vicomte de Mirabeau. — Insolence de ce dernier. — Réponse de Robespierre à Tabbé Maury 9X1 sujet des états du Cambrésis. — Nouvelle organisation du royaume. — Avis proposés par Robespierre. — Son opinion sur la conduite des citoyens de Toulon et celle de M. de Riom. — Discours en faveur des non-catholiques et des comédiens. Premiers démêlés avec M. de Beaumetz. — Le dab des Amis de la Constitution. <— Robespierre me de Saintonge, au Marais.

Le 4 mai 1789, jour d'éternelle mémoire, fut célébrée en grande Portipe, à Versailles, la messe d'inauguration des états généraux. Ce

jour-là battit plus fort que de coutume le cœur de la France entière, et presque tout Paris se donna rendez-vous dans la ville de Louis XIV, afin d'assister à l'installation d'une assemblée appelée à consacrer une Révolution qui était déjà dans toutes les idées. Ah! ne l'oublions jamais, cette journée mémorable, car c*est la date de notre affranchissement; et si nous n'avons pas encore vu se réaliser toutes les espérances de cette année féconde, le pur symbole de la liberté sainte est resté en nous comme un esprit vivifiant, et nous rattache à jamais au souvenir de cette glorieuse époque.

Rarement plus imposant spectacle avait frappé les regards d'un peuple. Les états s'étaient assemblés le matin dans l'église de Notre- Dame, où, en présence de toute la cour, on chanta le Vent Creator. Cette prière terminée, les députés se rendirent, entre deux haies de gardes-françaises et de Suisses, à l'église de Saint- Louis; mais, auliea de se grouper par bailliages, ils s'avancèrent par ordres; ce qui mécontenta beaucoup de monde, tant déjà commençaient à paraître choquantes ces inégalités sociales formant entre les citoyens d'un même pays de si profondes lignes de démarcation. Les représentants du tiers état, au nombre de près de six cents, vêtus de noir, les épaules couvertes d'un léger manteau de soie, marchaient les premiers, graves et fiers dans leurs modestes costumes, comme s'ils se fussent sentis chargés du poids de l'avenir de la France.

Aux acclamations enthousiastes qui, à leur passage, sortirent de toutes les poitrines, et dont les échos prolongés devaient retentir aux deux extrémités de cette patrie retrempée dans le baptême des élections populaires, Robespierre put se convaincre qu'il n'était pas le seul à considérer le tiers état comme l'ancre de salut du pays, et que, d'accord avec lui, l'immense majorité des citoyens mettait tout son espoir dans un ordre où résidaient en effet les forces vitales. de la nation. Inconnu alors, on ne le montrait pas comme ce MirabeiQ dont la tête puissante et superbement portée attirait tous les yeux; nul parmi cette foule ne soupçonnait encore le prestige qu'exercerait sur elle l'obscur avocat d'Arras ; mais lui, sentant le peuple au diapason de sa pensée, avait déjà sans doute une sorte d'intuition de sa puissance future sur l'opinion.

Venait ensuite la troupe brillante des députés de la noblesse avec leurs habits tout chamarrés d'or, et le chapeau à plumes retroussé à la Henri IV (t). Un silence glacial et de mauvais augure accueillit ces

(1) Voyez pour ces détails les Mémoires de Ferrières, 1. 1, p. 18 et suiv.; et le» SoiK* nirê d'Etienne Dumont.

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