‹ Histoire de RobespierreChapitre 6 sur 283 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

charmes lout-puissants. N'était-ce pas revenir à de vieux amis qu'on embrasse avec d*autant plus d'effusion qu*on en a été longtemps séparé? Je me remis donc à ces études avec un entrain extraordinaire, une ardeur fiévreuse. Les époques les plus tourmentées de Tliistoire des peuples, les efforts gigantesques des opprimés pour secouer Tesclavage héréditaire, efforts arrosés de tant de sang, et si rarement couronnés de succès, m'avaient particulièrement attiré. Et cela était naturel. Le sang qui coule dans mes veines ne m'a-t-il pas été transmis par les descendants des vaincm? comme disait M. de Montlausier. Bras, tête et ccBur, tout n'est-il pas peuple en moi? Je me souviens des étonnements profonds où j'étais plongé en voyant tant de millions d'hommes ramper docilement sous le joug, et supporter une servitude dont une partie d'entre eux étaient les propres inslrumenls au profit de quelques milliers de despotes. Aussi quelle admiration ne vous ayais-je pas vouée, à vous tous, ô glorieux ancêtres qui vous êles dévoués à l'émancipation de vos semblables; à toi surtout, vieil Etienne Marcel, père immortel de la démocratie française, à toi qui, dès l'année 1357, réclamais toutes les franchises et toutes les libertés conquises seulement plus de quatre cents ans plus tard, h toi dont j'ai commencé d'écrire l'histoire, et dont à làge de dix-neuf ans j'avais , à Tinstigation de mon cher et vénéré maître Théodose Burette, écrit, dans un drame énergique, la vie austère et la mort tragique !

En rouvrant donc d'une main pieuse, comme celle d'un fils, les annales de notre Révolution, en rassemblant à la sueur de mon front, je puis le dire, les matériaux épars et enfouis gui m'ont permis d'élever, à la gloire de quelques-uns des hommes de cette Révolution, un monument durable parce qu'il est l'expression de la vérité éternelle et flamboyante, je n'ai fait qu'obéir à un sentiment de mon cœur. Car, au milieu de mes tâtonnements, de mes incertitudes et de mes hésitations avant de me former un idéal d'organisation politique et sociale, s'il est une chose sur laquelle je n'ai jamais varié, et que j'ai toujours entourée d'un amour et d'une vénération sans bornes, c'est bien toi, ô Révolution, mère du monde moderne, aima parens. Et quand nous parlons de la Révolution, nous entendons tous les bienfaits décrétés par elle, et dont sans elle nous n'aurions jamais joui : la liberté, l'égalité, en un mol ce qu'on appelle les principes de 1789, et non

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