‹ Histoire de RobespierreChapitre 65 sur 283 · LIVRE II. — REPONSE A l' ARCHEVÊQUE d'aIX · texte numérisé non relu

LIVRE II. — REPONSE A l' ARCHEVÊQUE d'aIX

toyer sur les malheurs du peuple» les misères des campagnes, et, montrant un morceau de pain noir, avait prié les communes de, désigner quelques-uns de leurs membres pour conférer avec ceux de la noblesse et du clergé sur les moyens de remédier aux calamités publiques. Ce discours, comme on s*y attendait, n*avait pas manqué de produire un certain effet. Mais un député, renchérissant adroitement sur tous les sentiments de pitié étalés par le prélat en faveur des classes souffrantes, répondit que, si le clergé songeait sincèrement à soulager les maux du peuple, il n*avait qu*à venir se joindre aux communes afin de s'entendre avec elles sur les mesures k prendre à cet égard. Ce député, c'était Maximilien Robespierre.

« Allez, s'écria-t-il, en s*adressant à l'archevêque, allez dire à vos collègues qu'ils ne retardent pas plus longtemps nos délibérations par des délais affectés. Ministres d'une religion sublime, fondée sur le mépris des richesses, qu'ils imitent leur divin Maître et renoncent à un étalage de luxe blessant pour l'indigence. Les anciens canons portent que l'on pourra vendre les vases sacrés pour soulager les pauvres, mais il n'est pas besoin d'en venir à une si triste ressource : renvoyez Tos laquais orgueilleux, vendez vos équipages superbes, vos meubles somptueux, et de ce superflu, contraire aux traditions des premiers <±rétiens, faites aux malheureux d'immenses aumônes. » Tel fut le sens de son discours, qui obtint un très-grand succès et détermina I. 'Assemblée à repousser les propositions insidieuses du clergé.

C'était la troisième fois que Robespierre parlait à la tribune. Dans précédentes tentatives oratoires, il avait été à peine écouté ; cette lois, ses paroles furent accueillies avec un murmure flatteur. De toutes larts on se demandait quel était ce jeune homme dont le discours rési bien au sentiment public, et son nom, presque entièrement :Kiconnu quelques minutes aitf>aravant, circula bientôt de rang en rang ^ns la salle et dans les galeries où se tenait tout ému un nombreux sm^iditoire (1).

Aussitôt qu'elles se furent constituées en Assemblée nationale, les zs^Dmmunes se mirent en devoir de remplir leur mandat. Le 18 , il n'y it pas de séance parce qu'une partie des députés, leur président en assistèrent à la procession du Saint-Sacrement; mais, dès le 19,

<1} Tous les journaux du temps, qui reproduisent aTec un. laconisme déplorable * premiers débats de TAssemblée constituante, sont très-sobres de détails sur cette lee pleine d'intérêt pourtant. Le Jfonttovr, rédigé après coup, se contente d'ana- ^3P"^wr en buit lignes le discours de Robespierre, sans nommer l'orateur {Monittvkf du 6 •■^^^ 10 juin 1789, numéro 6). Etienne Dumont, qui était présent à cette séance, t^^xis fournit beureusement des renseignements plus complets. (Voy. ses Souvenir» twr ^aôeai», 2« édit, p. 60 et 61. Paris, cbez Gosselin, 1832, iii-8».)

r Assemblée s'occupa de rorganisation de ses bureaux et de ses comités et prit des mesures pour Timpressionde ses arrêtés et leur envoi dans toutes les provinces. Robespierre , ainsi que Le Chapelier, fit partie du quinzième bureau (1).

Grande fut Talarme parmi les privilégiés quand ils virent le tiers état décidé à se passer d'eux ; divers moyens d*entraver les travaux de l'Assemblée furent immédiatement suggérés à la cour. Lorsque, le samedi 20 juin, date immortelle dans Thistoire de notre pays, les députés des communes se présentèrent à la porte de leur salle, ils la trouvèrent fermée et gardée par des soldats. Une affiche toute sèche leur apprenait seulement qu'une séance royale devant avoir lieu le surlendemain, les préparatifs nécessaires pour cette séance exigeaient la suspension des assemblées des trois ordres jusqu'après sa tenue. A cette nouvelle , une sourde rumeur circula , comme une commotion électrique, au milieu des députés réunis dans Tavenue ; ce fut un long frémissement d'indignation. Ces hommes qu'on voyait debout, entassés, sous le ciel pluvieux, à quelques pas du château, où, sans doute, on riait de leur déconvenue , et qu'on mettait ainsi à la porte comme des vagabonds, c'était le pays assemblé. Mais de cette immense injure allait surgir un prodigieux événement.

Et d'aboH la séance indiquée pour ce jour par le doyen des communes aurait lieu quand même; c*est décidé d*une voix unanime. Mais où? A Marly I s*écrient quelques membres, au pied même du château, aûn de porter dans le cœur de nos ennemis l'effroi qu'ils voudraient nous inspirer. Louis XVI était allé à Marly ce jour-là. Adopter un tel avis, c'était rompre tout à fait avec le roi; il est donc écarté comme extrême. Enfin, sur la proposition du médecin Guillotin, on se porte en foule rue Saint-François, à la salle du jeu de paume, dont le mattre, charmé d'un tel honneur, accueillit avec joie ces représentants d'une grande nation réduits à chercher un asile (2).

Les voici dans cette grande salle, triste, froide et nue, sans autres meubles que quelques bancs et une table prêtée par leur hôte ; mais la pauvreté du lieu emprunte à ces visages rayonnants d'enthousiasme et d'espoir une magnificence inconnue. Après quelques motions jugées intempestives, comme celle de transporter à Paris les séances de l'Assemblée, un membre a l'idée de proposer à ses collègues de s'engager, par un serment solennel, à ne pas se séparer avant que la constitution du royaume ait été achevée et établie sur des fondements solides.

(1) Originaux des motions, arrêtés et discoan relatifs aux procès -verbaux de TAssemblée constituante (Àrchivei)^ c. 0, J 1, 216.

(2) Mémoirei de Bailly, t. I, p. 187.

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