‹ Histoire de RobespierreChapitre 8 sur 283 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

depuis longues aunées il avait exercé cette magistrature comaie la RévolutioD elle-même, en la créant, avait entendu qu'elle le fût, en véritable père de famille. Il avait connu et pu apprécier les hommes dont un étourdi faisait si cavalièrement le procès : < Jeune homme, b dit-il en se levant et d*un ton qui coupa court tout de suite à des déclamations ridicules, « ne parlez pas si légèrement de ces grands morts (4). »

Moi qui depuis huit ans bientôt vis dans leur compagnie assidue, je puis dire ce qu'ils valent, et leurs qualités éminentes, que ne déparent point des erreurs inséparables de l'humanité. Une fois engagé dans ces régions de l'histoire, je m'y suis donné corps et âme; et, n'obéissant qu'aux seules inspirations de la conscience, n'ayant pour boussole que la vérité, j'ai marché résolument vers un noble but, celui de mettre en lumière des choses dignes d'être admirées, et de réparer des injustices criantes. De cette longue fréquentation sont résultées pour moi des convictions politiques bien désintéressées, complètement étrangères à des rancunes de parti, que je ne pouvais avoir, et qui n'étaient point dans mon cœur; convictions d'autant plus solides par conséquent, fruits de l'élude et du raisonnement, nées des entrailles mêmes de mon sujet.

La première œuvre purement historique sortie de ma plume a été l'histoire de Sainl-Just. On m'a reproché, non sans raison peut-être, d'avoir apporté dans cette œuWe quelques ardeurs de langage. Devant certaines calomnies, je n'ai pu, je l'avoue, maîtriser mon indignation, et j'ai, d'une plume un peu trop vive, marqué les auteurs de libelles. Plus d'expérience et de maturité m'a rendu plus calme en ces sortes d'appréciation ; toutefois je persiste à penser que, lorsqu'on rencontre, chemin faisant, une erreur, un mensonge, une calomnie, il est essentiel de les prendre corps à corps, de les réfuter, de leur opposer d'irréfragables documents, et d'en signaler les auteurs, voulant, comme dit Tacite au livre IV de ses Annales^ confondre les calomnies historiques, et engager le lecteur à préférer des faits vrais à d'absurdes traditions trop souvent reçues avec avidité. Je ne me suis point pressé de donner un pendant à ma monographie de Saint-Just; on avance péniblement et lentement dans les travaux de ce genre, si l'on tient à

(l) Je tien» ce fait de mon cher et savant ami le docteur Xavier Richard.

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