UVHE II. — L ASSEMBLEE A PARIS
Mirabeau convint aussi qu*il fallait effacer des formes de la promulgation les expressions surannées condamnées par Robespierre , mais il insista, et plusieurs membres appuyèrent son avis, sur la conservation de la formule : Par la grâce de Dieu. Il y avait là , disait-on , une sorte d'intervention religieuse nécessaire à présenter au peuple, et ridée de la justice divine devait figurer en tête des lois. Ce système, très en harmonie du reste avec les sentiments du jour, obtint les préférences de l'Assemblée. Mais pour Robespierre et pour Pétion, qui n'admettaient qu'un contrat purement civil entre la nation et le roi, c'était aller trop loin que de donner à un homme, même au premier citoyen de l'État, une consécration divine en vertu de laquelle il devenait en quelque sorte un être supérieur, et se trouvait en dehors du droit commun.
xvm
l.e départ du roi mit la perturbation dans une partie de l'Assemblée, il y eut comme une véritable désertion. Un des premiers Mounier abandonna son poste ; il se retira d'abord en Dauphiné, où il essaya de soulever les habitants, mais ayant échoué dans sa criminelle tentative, il quitta la France. Lally-Tolendal partit également. L'exemple menaçait de devenir contagieux : trois cents passe-ports avaient été délivrés dans l'espace de deux jours; lé 9 il en fut encore demandé deux cents au président. Pour remédier à un tel état de choses, on fut obligé de décréter qu'il n'en serait accordé désormais que sur des motifs exposés publiquement au sein de l'Assemblée. Le lendemain, plusieurs
tout à fait ridicule et invraisemblable. Nous avons dû préférer la version du Point du jour^ numéro 102, p. 254, pour trois raisons : 1" parce que, rédigé au fur et ix mesure des séances par Barère, assez favorable alors aux intérêts monarcbiques, il présente un résumé, sinon très-complet, au moins très-exact des débats d*i) TAssemblée; T?*» parce qu'il y a dans le Moniteur, à l'occasion de Robespierre, dans cette séance, un double emploi inexplicable ; 3* parce qu'enfin le Moniteur de cette époque n'a été rédigé que plus tard d'après des versions plus ou moins sérieuses, plus on moins complètes.
Suivant le journal de Mirabeau, un député gascon se serait écrié, après avoir entendu la formule proposée par Robespierre : « Il ne nous faut point de cantiques. » (Voy. le Courrier de Provence, numéro 41). Bailly, dans ses Mémoires, n'a fait que copier le journal de Mirabeau. (Voy. t. III, p. 129.) Peut-être le rédacteur du Moniteur n'a-t-il fait que paraphraser ce passage. Dans tous les cas, les consciencieux auteurs de V Histoire parlementaire de la Révolution ont eu tort d'accepter sans examen la version du Moniteur.
députés ayant fait valoir des raisons de santé pour obtenir des congés : « Il est plaisant, » ne put s'empêcher de s'écrier un membre , t de considérer combien la résidence prochaine de l'Assemblée à Paris a rendu malade. »
Et cependant une réaction violente se manifestait dans la capitale contre l'effervescence populaire. La bourgeoisie s'était emparée du pouvoir; satisfaite de la destruction de la féodalité et des restrictions apportées à l'exercice de la royauté, il lui semblait que tout était pour le mieux, et que la Révolution était finie. Ses deux chefs, Bailly et La Fayette, étaient bien faits pour la comprendre , et son esprit se personnifiait admirablement en eux.
Pour l'intelligence des événements qui vont suivre, il nous est indispensable de tracer en quelques lignes le tableau de l'organisation communale de la ville de Paris à cette époque. Au lieu de se séparer après avoir nommé les députés aux états généraux, les électeurs, se posant on représentants légaux des soixante districts de la capitale, s'étaient attribué toute l'autorité municipale. Ils avaient, il est vrai, institué la garde nationale, mais ils en avaient banni l'élément populaire , les ouvriers. Mécontents de la grâce accordée par les électeurs à M. de Besenval, les districts élurent, vers la fin du mois de juillet, cent vingt députés qu'on désigna sous le nom de représentants de la commune. Des additions successives portèrent bientôt à trois cents le chiffre des membres de la commune, ce qui la fit surnommer le Conseil des Trois Cents. Elle se décomposa en municipalité, véritable pouvoir exécutif formé du maire, du commandant général de la garde nationale et de soixante administrateurs, et en assemblée délibérante, formée de deux cent quarante députés exerçant la puissance législative (1). C'était un gouvernement dans toutes les règles, mais un gouvernement usurpé, dont Loustalot, dans son journal, dénonça vivement l'organisation tyrannique(2). Il n'y eut pas, en effet, d'administration plus tracassière. A chaque instant elle prenait des arrêtés arbitraires, et, à une époque où il n'y avait nullement péril en la demeure , les arrestations étaient multipliées à l'occasion des faits les , plus insignifiants. Déplorable exemple pour l'avenir, et dont on ne devait pas manquer de s'autoriser à l'heure des périls réels.
La municipalité parisienne désirait vivement être armée d'une loi qui lui permît de repousser par les armes les attroupements provoqués, la plupart du temps, par le chômage et la crainte de la disette;
(1) Voy. dans V Histoire parlementaire^ par MM. Bûchez et Roux, t. IV, p. 88, le plan de la municipalité de Paris tel qu'il existait au 31 décembre 1789.
(2) Révolaliona de Paris, t. II, numéro 14, p. 15.