Histoire de roi Henri-le-Grand
Ta I cru que je ne pouvais jamais rendre de service plus essentiel à votre Eminence, ni lui donner de plus solide marque de ma ûdélité et de ma reconnaissance , que défaire voir à toute la terre de quelle manière vous avez désiré de moi que j'instruisisse notre jeune Monarque. Je dois rendre ce témoignage au public y que vous avez voulu que je lui donnasse principalement les instructions qu'on doit donner à un Roi , et que , pour cet effet , je ne m'arrêtasse pas seulement à lui enseigner quelques préceptes de grammaire et de
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rhétorique ; mais que, de bo7ine heure ^f employasse le temps à lui appi'endre tout ce quil doit savoir y premièrement pour se bien conduire soi-même , et puis pour bien conduire son Etat; etquenjînje lui rem^plisse l'âme des meilleures maximes de la morale et de la politique.
Cest , Monseigneur, ce que j ai essayé de faire, surtout depuis six ou sept années , en ça que y sous les ordres de votre Eminence , fai composé un sommaire de notre histoire de France pour V usage de Sa Majesté , qui en faisoit la lecture tous les jours avec tant de plaisir, qu'il Ji' est point croyable que ce puisse être sans utilité.
J'aurois bien souhaité de mettre au jour cet ouvrage tout entier en même temps; mais V affection particulière que le Roi m'a toujours témoignée pour la vie de son aïeul Henri-le- Grawd, et la déclaration qu'il a faite si souvent , qu'il vouloit se le proposer comme son modèle , m'ont hâté de mettre au net cette partie de mon travail , et de la séparer des autres. Ainsi, quoiqu'elle soit la dernière , je suis obligé de la donner la première , et de la présenter à Sa Majesté , afin que , jetant encore les yeux dessus aux heures de son loisir , et considérant bien toutes les maximes de régner
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fie ce grand Monarque, ses hantés presque divines , et l'amour paternel qu'il avoit pour ses peuples , il le puisse véritablement imiter, f espère, Monseigneur, que cet échantillon suffira pour faire juger par avance du reste de r ouvrage. Je me persuade même quon ne le verra point sans admirer que , sous les ordres du plus puissant ministre qui ait jamais été , on ait agi dans une matière aussi délicate qu est celle-là , avec tant de fidélité , avec tant de désintéressement , et avec tant d amour pour le Prince et pour VEtat. Car, après tout, je crois pouvoir dire que cest un exemple qui n'en a point eu de pareils avant le ministère de votre Eminence. Non-seulement elle a toujours porté le Roi à s'instruire parfaitement des choses dont la connoissance lui étoit nécessaire; non- seulement elle lui a souvent représenté combien il lui étoit important de s'attacher de bonne heure aux fonctions de la royauté , mais encore elle m'a sollicité moimême de m acquitter soigneusement de mort, devoir. Combien de fois m'a-t-elle dit que je n'avois rien déplus important à faire , que de gagner sur T esprit du Roi qu'il s'appliquât bien aux choses quilfaisoit , et qu'il s'appliquât aux choses sérieuses ! En vérité , Monseigneur , je ne crois pas qu'il y ait rien de
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plus beau ni de plus glorieux pour votre Éminence ; et je suis trompé , si ceux qui écriront V histoire de votre vie n ont peine à y trouver un endroit qui mérite mieux leurs éloges que celui-là. Pour moi. Monseigneur , yWoz/e que je préfère de beaucoup à toutes les grâces que je pom ois jamais recevoir, la liberté que fai toujours eue de donner au Roi ces instructions , qui vont maintenant paroitre aux jeux de tout le monde ; et de toutes les obligations que fai à votre Éminence , il nj en a pas une qui me touche si sensiblement que cellelà , ni pour laquelle je publie plus volontiers que je suis ,
Monseigneur,
De votre Eminence,
Le très humble et très obéissant serviteur , HARDOUIN , Évéque de Rhodez.