Voir pl. Médailles, XXIX, XXX, XXXI
5. SANUTO, vol. XIII, col. 75, 88, donne le texte du pacte et des autres conventions annexes. — B. ZeLLer, La très Sainte Ligue, Coulommiers, 1889. On s’embrassait à Venise dans les rues. Lors de la cérémonie de S. Maria del Popolo, le pape ordonna aux cardinaux de revêtir non leurs capes rouges, mais leurs vêtements de brocart pour montrer toute l’importance de la célébration de ce pacte. Lettre de Bernardo da Bibiena du 4octobre 1511 (Carte Strozziane,1* Ser., f. 6, c. 7).
LA VIE TOURMENTÉE DE JULES II ENTRE 1510 ET 15r2 I4I
De même que dans le traité de Cambrai, les signataires annonçaient des intentions bien différentes des véritables ; ils se proposaient, dit le traité, de rendre à l'Église Bologne et les autres villes et terres lui appartenant. En réalité, il s'agissait de seconder le souverain pontife dans son entreprise d’expulser les Français d'Italie. La convocation du concile de Pise, œuvre de Louis XII, avait porté l’exaspération de Jules IT au paroxysme.
Louis XII s’efforça cette fois encore de travailler l'opinion publique. Le poète Gringore donna, le 12 février 1512, une Moralité dans laquelle le pape était pris à partie 1; les personnages en sont : le Peuple français, le Peuple italien, l'Homme obstiné, c’està-dire Jules IT, Punition divine, Simonie et Hypocrisie. L'Homme obstiné se présentait sur la scène la tête chargée d’une tiare, afin qu’il ne pût y avoir de doute, et il s’accusait
de toutes sortes de vices :
Je ne me puis de mal faire abstenir,
Ma promesse ne veuille entretenir.
Ainsi que Grec suis menteur détestable, Comme la mer inconstant, variable...
Le Français n’était pas tout à fait épargné :
Il n’est rien pire, par ma for, Qu'est un Français italique.
Le Peuple français se réjouit de vivre en paix, loin des lieux où il y a «discord, noise et bataille », s’adonnant sans trouble aux travaux des champs, tandis que le peuple italien se lamente d’être dans les alarmes, sans cesse appelé à défendre son bien, et explique qu'il «n’est point un jour sans qu'on l’assaille ». L'Homme obstiné ne songe qu’à faire « misérable le Peuple français » et s’efforce de devenir « de tous les humains le plus redoutable » jusqu’au moment où Punition divine survient et le menace de sa colère.
Gringore est aussi l’auteur d’une pièce de vers contre Jules II, intitulée : La Chasse du cerf des cerfs, jeu de mots sur la formule Servus Servorum. I1 composa également, sans doute à la demande du roi, l'Espoir en paix, dans lequel sont mis en regard les défauts et les crimes de Jules IT et es vertus de ses prédécesseurs.
Jean Le Maire de Belges faisait paraître des traités dogmatiques hostiles au pape, où il était parlé du chêne qui serait dépouillé de ses feuilles au moment voulu ?. Guillaume Budé le qualifie de « chef sanguinaire des gladiateurs » $. A Venise avait paru, en février 1510,
1. Il n’est pas tout à fait sûr que la moralité soit de Gringore. 2. JEHAN LE MAIRE DE BELGES, Le promptuaire des conciles avec Voir Œuvres de Gringore, éd. Héricault-Montaiglon, Paris, 1858- Les schismes, Paris, 1545. —Dumême, Différences des schismes dans 1877, p. 244. Cf. Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme Illustrations de la Gaule, Lyon, 1549. français, t. XX XVI, année 1887, p. 225. Les Moralités polémiques. 3. BAYLE, vol, VIII, p. 442, note D.
une singulière Lettre de Jésus-Christ au pape « donnée au Ciel notre empirée l’année de notre nativité 1509 » et signée Jean l’Évangéliste, par ordre. Le Christ disait au pape que, le voyant accroître ses erreurs au grand préjudice de lareligionet contre sa volonté, il avait décidé de l’admonester 1
Louis XII répandait également, à l'exemple de Jules IT, des médailles de propagande symboliques ?.
Jules II se défendait peu ; il savait qu’il avait pour lui l'opinion italienne, qu’en France on ne voyait pas sans trouble l’attitude du roi à son égard ; quant à l'Allemagne, il ne s’inquiétait nullement de ce qu’on y pensait, car il ne comprenait rien, lui tant absorbé par les choses d'Italie, à l'agitation profonde qui déjà troublait sourdement le pays et dont les manifestations extérieures allaient tarder encore dix ans. C’est à peine s’il fit rédiger une défense de sa conduite par Angelo di Vallombrosa #.
Il se passa quelque temps entre la signature du traité et sa mise à exécution. Le roi Ferdinand hésitait ; il lui répugnait de rompre ouvertement les engagements pris à Cambrai; il annonçait au roi de France l’envoi de troupes, mais ne les expédiait pas, exigeait qu'elles ne fussent pas employées contre le Saint-Siège, prétendait se poser en médiateur. Néanmoins, il ordonnait des préparatifs, organisait une expédition, tout en déclarant qu’elle était destinée à châtier le Grand Turc. Et Louis XII disait qu'il savait bien que le Grand Turc c'était lui.
Henri VIII, jeune 4, ambitieux, désireux de conquête, s'était facilement laissé convaincre par le cardinal Baïinbridge d’entrer dans une guerre contre la France, guerre que son peuple souhaitait au reste ; d’ailleurs, il y avait parenté entre la famille d'Aragon et lui 5 ; on lui promettait la Guyenne et même davantage. Afin de bien établir la légitimité de ses droits et le peu de solidité de ceux de son adversaire, il déclarait qu’il était en guerre non avec le roi de France maïs avec le «roi des Français»et s’intitulait lui-même «le roi de France » 5.
On racontait en Italie que le pape avait envoyé aux membres du parlement d’excellents vins et de succulents fromages, et que c'était ce qui avait décidé de leur consentement à la guerre ?.
Depuis 1510, le roi de France avait ordonné qu’on saisît les courriers anglais et pontificaux qui traversaient son territoire; on dut dissimuler dans une reliure un bref adressé par le pape à Henri VIIT; les courriers furent obligés souvent de passer par l'Espagne, ce