‹ Histoire de RomeChapitre 54 sur 200 · Enéide, liv. II, v · texte numérisé non relu

Enéide, liv. II, v

un emplacement ; les rues étaient pavoisées, une foule énorme l’acclamait ; on le couvrit de fleurs, tandis que les cloches carillonnaient et que les bombardes du château Saint- Ange tonnaient. Ce fut une marche triomphale. La Vénus, l’Apollon et le Laocoon furent placés dans des niches creusées dans l'épaisseur du mur !

Si grande était la vénération dans laquelle on tenait Je groupe que nul n’était admis à le contempler sans une autorisation spéciale. Procul esto Profani, disait une inscription à l’entrée du musée.

Les humanistes et les poètes en chantèrent à l’envi les beautés. Giacomo Sadoleto, qui avait été l’un des premiers à aller voir la statue, improvisa sur l'heure une ode latine et, plus tard, invité par Bibiena, il composa en son honneur une sorte de drame dont ses contemporains trouvèrent le tour admirable ?. Euriale d’Ascoli composa à son tour des stances octosyllabiques en l'honneur du Laocoon, de la Vénus et de l’Apollon, qui formaient une sorte de triade sacrée #; elles sont au nombre de 2r0sur le Laocoon, 73 sur la Vénus, 21 sur l’Apollon 4! Capodiferro Castiglione5 et Colocci 6 rivalisèrent de fadeurs.

Les trouvailles se succédaient. Le 19 mai 1507, Georges de Négrepont découvrit dans le Campo di Fiore un torse d’Hercule tenant un enfant, Thélèphe (par Apollonius) ; Fedra affirma que la peau qui le recouvrait montrait que c'était, non pas un Hercule, mais un Commode; lepape l’acheta et lefit placer au Belvédère; plustard, enjanvier 1512, on y porta une Ariane couchée (Tigris) où l’on vit une Cléopâtre, deux sarcophages ornés de hauts-reliefs dont l’un représentait des amazones et l’autre des prisonniers, treize masques que l’on disait venir du Panthéon, et bien d’autres statues. En 1512, on y transporta également le Trbre, qui est actuellement au Louvre ?.

Quelle ne fut pas l'influence de l'apparition de tant de merveilles au milieu d’un monde essentiellement sensible et vibrant à la beauté ! Quel enseignement dont bien des artistes tirèrent profit ! Raphaël, toute l’École romaine empruntèrent à l'antiquité, qu'ils apprenaient à mieux connaître, des formes, une pensée, des attitudes. Les architectes, les statuaires, les médailleurs transformèrent leur manière ; l’ornementation intérieure des demeures, ainsi que l'accessoire des grandes œuvres, se modifièrent également. Un art nouveau naquit.

en marbre par Agostino Cornacchini qui prit de fâcheuses initia tives. D’après Vasari, ce serait Bandinelli qui aurait restauré le groupe. On raconta que le pape Adrien VI, en passant devant le Laocoon, aurait dit : « Sunt idola antiquorum ». Les Romains, à vrai dire, n’aimaient guère ce pape flamand. GiRoLAMo NEGRI (Lettere de Principi, Venise, 1581, vol I, p. 112) dit qu’il aurait bien voulu imiter l'exemple de saint Grégoire et faire de la chaux pour Saint-Pierre de ce souvenir trop fameux de la grandeur et

de la gloire romaines. (Lettre de Negri à Marcantonio Michel, du 17 mars 1523.)

1. À. Luzio, Isabella, p. 326. Lettre de Grossino du 16 août 1511.

2. Poemata Jacobi Sadoleti, card. de Laocoontis statua quae Romae in Vaticano spectatur. Ce poème se compose de cinquantehuit alexandrins dans le goût de ceux-ci :

Ecce alto Terrae e cumulo, ingentisque ruinae Visceribus iterum reducem longinqua reduxit Laocoonta dies: aulis regalibus olim

Qui stetit, atque tuos orabat, Tite, penales….

3. Euriale Morani di Ascoli Piceno. Voir CarLo Lozzi, Bibliofilia, vol. IV, p. 235. Les œuvres d’Euriale, dédiées au marquis Del Vasto, sont une rareté bibliographique. Elles ont été imprimées à Rome, au Campo di Fiore, en février 1516 et en 1539.

4. Des restaurations furent entreprises par Fra Giovannangelo Montorsoli sous la direction de Michel-Ange ; elles étaient en plâtre ; au commencement du xvire siècle, elles furent reprises

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