GREGOROVIUS, vol. IV, p
des dommages qu’ils avaient subis, à ne plus entraver le trafic des sujets pontificaux dans la mer Adriatique et à ne pas leur imposer de droits de passage, à renoncer au maïintien d’un commissaire à Ferrare, à rompre les traités conclus avec les cités dépendant du Saint-Siège !, Toutefois, en même temps qu’elle acceptait ces abandons, la République pensait leur ôter toute valeur en rédigeant une déclaration qui, bien entendu, demeura secrète, par laquelle elle protestait contre la violence qui lui était faite et proclamait que l’acte dont on lui imposait l'acceptation était par cela même entaché de nullité et devrait être revisé par le pape mieux informé (15 février 1510) ?.
En récompense de leur apparente soumission, Jules II déchargea les Vénitiens des peines spirituelles qu’il leur avait infligées ; malgré l'opposition des cardinaux allemands et français, 1l décida le consistoire à la levée de l’interdit (24 février 1510) ; déjà le pape avait pris une mesure de ce genre à l'égard de l’un des négociateurs, Girolamo Donato, concession à vrai dire indispensable, car il n’aurait pu s’aboucher avec un interdit.
Il fallut que les représentants de la République se résignassent ce même jour à subir, comme jadis les envoyés florentins ?, l’humiliante formalité de la pénitencef.
Les pape, assis sur un trône devant la porte de bronze et entouré de douze cardinaux tenant chacun une baguette dorée à la main, les fit agenouiller devant lui ; lecture fut donnée du traité de paix, puis le pape rappela les causes de l’excommunication lancée contre la République ; quand il eut terminé son objurgation, un Miserere fut chanté, à chaque verset duquel le pénitencier frappait les envoyés d’un coup de sa baguette ; 1l leur imposa en outre de visiter les sept églises majeures de Rome 5. Les Vénitiens ayant répondu qu’ils acceptaient toutes les conditions qui étaient exigées d’eux, les portes de la basilique s’ouvrirent et l’on se rendit en grand tumulte à la chapelle Sixtine où une messe fut dite; Jules II n’y assista pas, car les longues cérémonies n'étaient pas de son goût, au contraire d'Alexandre VI, et maintenant le fatiguaient 6.
Quand, cette cérémonie accomplie, les ambassadeurs revinrent à leur demeure, le peuple romain les acclama, car 1l s’imaginait que, grâce à leur soumission, la paix allait régner en Italie !