‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 164 sur 238 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

de l'aristocratie. Elle leur donna les moyens de conquérir la richesse, et avec elle la puissance. Elle a créé ainsi la classe rtioyenne, le tiers-état, cjui devait un jour jouer le principal rôle dans la. société. On conçoit, dès lors, l'intérêt qui s'attache aux corporations industrielles du moyenâge; et, sans descendre aux détails techniques de chaque métier, tels que nous les présentent les statuts <les corporations , nous devrons en indiquer le caractère général et les principaux développemens.

Chaque métier avait alors son quartier, ou du moins sa rue , ses gardes ou chefs de la corporation , sa bannière avec son saint patron, son costume particulier, sa chapelle , son trésor pour secourir les membres de la corporation que la vieillesse ou la maladie réduisaient à la misère, ses privilèges qui lui garantissaient le monopole de l'industrie, et, aussi, les lois qui imposaient au maître un soin scrupuleux et à l'aspirant un long apprentissage. Dans les cérémonies publiques, tous ces corps de métier se réunissaient aux Halles ou sur la place du Marché, et présentaient un spectacle pittoresque. La variété des costumes, les bannières flottant au vent, devaient donner à la multitude un aspect tout différent de celui qui résulte de l'uniformité des mœurs et des costumes modernes.

Mais si , au point de vue pittoresque , on peut préférer les formes de l'industrie au moyen-âge, il faut avouer que le monopole qui excluait toute concurrence , la tyrannie odieuse des corporations à l'égard des étrangers, et l'esprit de routine entravant tous les progrès , étaient de tristes compensations pour quelques avantages purement extérieurs. Le maire avait la principale autorité en matière commerciale; cependant, elle lui fut plus d'une fois contestée par les magistrats royaux. Ainsi, vers la fin du règne précédent, les chandeliers avaient obtenu une charte royale qui les dispensait presque de toute soumission envers l'autorité municipale. La Commune de Rouen réclama avec énergie contre cette ordonnance. L'affaire fut portée devant le Parlement de Paris, et le maire y obtint gain de cause. L'arrêt est assez important pour que nous le traduisions en entier ' : « Charles,

1 « Karolus, Dei gratiâ, Francorum rex, baillivo Rothomagensi aut ejus locumtenenti , salutem : Curiae nostre Majores, Pares et Communitas villa? nostrae Rothomageusis exponi fecerunt cum querelâ , quôd , cùm ad ipsum Majorem solum et in solidum, ratione sui officii, spectet et pertineat ministerium , ordinacio et disposicio ministeriorumet operariorum dicUe villae et de his , neenon habendi cognitionem , punitionem et correctionena super ipso s, casibus eraergentibus , sit in possessione et saisinâ, et ejus praedecessores dictae villa? Majores (fuerunt ) à tali et tanto te m pore quod sufûcit ad bonam possessionem et saisinam acquirendam et retinendam, cùmque per ordinacionem diù in eâdem villa super facto et ordinacione dictorum mi-

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