Histoire de Royaumont
Fin du goiivorncnncnl abbatial do Gilles de Cupè. — Trace de la domination anglaise à Beaumont-sur-(»ise. — Comté de Deaumont et seigneurie d'Asnîërefl et de Ltuardies, donnés par Henri TI & Robert, seigneur de liVillugby. — Pardon «eeordé par Henri VI ans habitants de Beaumont.
— Chute de la puissance anglaise en France.— Intervention officieuse de Royaumont dans les affaires de l'abbaye de Cbaalis, située dans la forêt d'Ëi nieuonville. — Jean de Montircl succède à Gilles de Cupè, comme abbé de Royaumont. — Kpitaphe de Jean de Nontirel dans l'église abbatiale. — Gilles n, de Roye, succède à Jean de Moniirel. — L'id)b(^ de Royaumont écrit le Chrontcon Behikim. — A quelle époque se purifîe le sentiment de la nationalité française V — Jean III de Collé parvient à la tête de Tabbaye. — Requête présentée au roi Louis XI par l'abbé de Royaumont. — Améliorations dans Tabbaye royale. — Réforme générale demandée par l'opinion publique pour tout l'ordre cistercien. — Difficultés créées par la misère r-'suUant des guerres. — Démarche de llymbert, abbé de Citeaux, a ilome, en 1475. — Grandeur croissante de Chantilly, sous les Montmorency. — Affaires de Uoyaumont, pour leur seigneurie de Montataire et la justice patibulaire. — Requête au roi Charles Mil. — Question de In réforme cistercienne, reprise sous Jean de Nerré, nouvel abbé de Royaumont. — Assemblée de Paris, de l'an 1493.
HISTOIRE DE ROYAOMONT.
— Ce qu'on appela les Arlicle» de Paris. — Réparations faites à Royaumont, en 1S00. — Guillaume Sallé, de Bruyères, nouvel abbé de Rojau* mont. — Desci iption de la cérémonie de la bénédiction abbatiale, célébrée en 1507. — Renaissance de Royaumont sous dom Guillaume de Rruyérrs. — Un des beaux types d'abbés do Royaumont. — Diverses ucquisilions tet liiorialcs. — Cepcudanl l'ère des donations et des largesses envers Royaumont se ferme dans les premières années du scilième siècle. — Le cycle des épîtaphes sur les tombes Onit aussi à Royaumont avec dom Guillaume de BruyèreSi dernier des abbés réguUert»
Gilles de Cupè^ qui avait assisté à rhumiliation de la France par la conquête anglaise, vit ensuite l'œuvre de Texpulsion des Anglais marcher sans interruptioni grâce à Pénergîc et à Thabileté des nouveaux capitaines
que la France sut enfanter. Lorsque Jean II de Monlirol devint abbé de Royaumont, l'évacuation du territoire liançais par les Anglais était achevée; il n^y avait plus sur la poitrine nationale ce poids si lourd. On pourrait suivre, sur toute la zone territoriale de Royaumont, ce travail continu et progressif par lequel on échappait peu à peu à rétreiiUo de l'étranger pour rentrer sous la ducetion française. Mais, en même temps, l'abbaye se relève de ses ruines, les religieux se remettent du trouble causé par l'invasion^ et un sérieux mouvement de restauration se prolonge depuis 1450 jusqu'en 1557.
Dès les premiers jours du règne de Charles Vlî, Senlis s'était trouvéau pouvoir des Auglais, et le duc de HiMlford y avait établi son quartier général. Quaud la viilu de Compiègne se soumit à Charles YIl en 1429, le duc de Belfort, * craignant que Senlis ne suivit cet exemple quitta la ville« LeRoideBourges,comme on appelait dèrisoirement Charles VII, y fit alors son entrée vers la fin d'août 44*29. Quant à Pontoise, après la preuiièro expulsion des Anglais, les Pontoisiens, oubliant le passé, et affectionnant toujours VIsIe-Adam comme une des plus grandes célébrités du Vexin , le rappelèrent à leur tète. Charles VU lui donna le bâton de maréchal en lui confirmant le commande* nient de Pontoise. Dans le courauL de 1 i5G, six mille
iiVUK NËUVIÈMË. 3
coinhatlaiils, avant à leur tête le connétable Artliur de Bretagne, comte de Richemont, et le comte de Dunois, ^ eoitraient mystérieusement à Pontoise dans le plus grand incognito. .Ils venaient se concerter avec le maréchal pour aller emporter Paris, las de la domination anglaise. L'Isle* Adam partît avec eux de Pontoise durant la nuit, les guida sur Saint-Denis-en-France, et le lendemain, dans la nmtinée, ils entraient victorieux dans la capitale qui courait sus aux Anglais en fuite et criait : A la queue! à la queue! tandis que le connétable répondait par ce cri de triomphe : Saint-Demi ! vive le noble roi de Frmee I
L'année suivante (1457), le fameux général anglais Talbot essaya un appel à la fortune en faveur de son jeune roi Henri VI; il enleva Pontoise par ruse. lia campagne étant couverte de neige, il fit habiller ses soldats en blanc^ avec des casaques blanches; il proûta d une nuit glaciale^ et, l'obscurité que produit la chute de la neige aidant, l'escalade des murs devint praticable et Ton soumit la garnisoii. On conipread pourquoi les Anglais tinrent à reprendre Pontoise j cette place leur frayait le chemin de Paris, et tenait comme en échec toute Plie de France. Us se hâtèrent d'en augmenter les fortifications. Mais Charles VU vint à son tour frapper un grand coup devant Pontoise • en 1441. 11 avait déjà emporté Creii-sur-Oise ; il fallait refouler les Angolais sur les côtes de la Normandie, les Parisiens ne pouvant souffrir une garnison ennemie si près • de leur ville. Le siège de Pontoise dura trois mois, et fut marqué p'ar d'émouvantes péripéties. Les deux armées rivales se trouvaient séparées par l'Oise, dont Charles Vil gardait le passage depuis Pontoise jus(|u'à Beaumont el Asniéres. Ni le duc d'York et Talbot ne cessèrent, pendant ce hlocusde trois mois, de ravitailler Pontoise, de rairaichir la garnison; ni les combats partiels entre les deux camps ne discontinuèrent jusqu'à ce qu'enfin Charles YII se décidât à une grande action. Un assaut général emporta la place
4 UISTOIRË D£ AÛYâUMONÏ.
le 16 septembre i44i. C'en était fait de Tinfluence des
Anglais : Manies, la Roche-Guyoïi, Êvreux, la plupart des villes de Normandie leur échappèrent. Pontoise et l'ensemble de la contrée eutenûn un peu de repos après trente années de chocs et, d'événements militaires qui n^avaient cessé depuis les troubles de 1411 ^
Exemple, entre mille, du caractère éphémère des établissements humains, qui paraissent quelqin l'ois reposer sur des fondements solides et éternels 1 Le Uégenl et le Roi Henri YI avaient disposédefieaumont, de Luzarches, comme ces propriétaires placides qui ne doutent aucunement de la stabilité'de leur propriété. Les révolutions emportèrent bientôt cette suzeraineté comme le vent emporte les feuilles mortes. Aux derniers temps de sa prospérité, Henri VI, roi d'Angleterre, avait donné à Robert^ seigneur de WiUugby, le comté de Beaumont<sur-Oise, avec les ternes et seigneuries d'Asniéres et de Luzarches ; c'était en 1450. Il lui céda les cens, rentes, maisons, revenus, héritages, forfaictures, fiefs^ arrière-fiefs, l)ois, forêts, forteresses, seigneuries, justices, que tenait précédemment, dans le comté de Beaumont, Jean, duc de Bedford. 11 en transporta la jouissance et Tusage à son féal chevalier le sire de WiUugby et à ses hoirs mâles, venant de lui en directe ligne et par loyal mariage; il le céda à toujours, et perpétuellement, jusqu à la valeur de 'JJ)(iO livres parisis de rente annuelle et perpétuelle. 11 entendit par là récompenser les notables services que WiUugby avait rendus pendant les guerres, soit au toÏ son pére> soit à lui-même. D réservait seulement les choses qui seraient de Fancien domaine de Henri Yl ; le sire de WiUugby,
*M. Clinzond, membré de la sociêié d'Émulation de l'AIlior, lisait à la réuniou des sociétés savantes à la Sorboime (avril 1866) una intéressante notice sur l'anoblissemenl de deux i9tiiiplei> boldats, pour taits de g^ueri'e «au siège de Pontoise, en septembre 1441 U a conqplété le récit de Nonstreiet.