‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 114 sur 359 · CHAPITRE VII. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 2o

Enfin, quand, selon l'expression de l'historien russe, ce lâche prince^ dont Vâme est dégradée par la tyrannie, a réuni trois cent mille hommes , il n'ose les commander ; s'il marche , c'est audevant du jésuite Possevin, envoyé de Rome, à qui il dérobe frauduleusement son intervention près de Battori, en le leurrant de la conversion des Russes au catholicisme.

Toutefois , ce long eflfort contre les chevaliers porte -glaives est remarquable; son but, alors avoué ', était de donner à la Russie des débouchés sur la Baltique et des moyens de communication avec l'Europe. Son résultat fut de faire tomber ces provinces maritimes entre des mains plus redoutables; mais, quoique cette grande pensée appartienne au ministre d'Iwan , et sa déplorable fin à Iwan lui-même, on doit surtout attribuer à cet effort^ l'admiration, tant reprochée depuis, au plus grand prince des iR.usses pour leur plus grand monstre.

Enfin , le germe de cette terreur, dont les premières années de ce tyran furent imprégnées , se développant de plus en plus , tantôt il se crée des fantômes de voiévodes révoltés, prêts à le livrer aux Tatars, et il fuit loin de ses armées, qu'il redoute; tantôt il se figure encore ses boyards prêts à soulever tout l'empire, pour le renverser

' Karamsin, vol. IX, page 4^9.

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sur lui et l'écraser de tout son poids. Alors y ce ne sont plus, â ses yeux> des citadelles, des couvens fortifiés, qui pourront le sauver, c'est une île audelà des mers qui , seule, lui semMe être un refiige assuré; et c'est à Elisabeth d'Angleterre qu'il n'a pas honte de demander cet asile !

Mais n'est-ce donc point assez? était-il même nécessaire que l'esprit de l'histoire enregistrât cette longue suite de dégoûtans symptômes d'une si déplorable monomanie? aberration trop commmie dans ces États despotiques , où la tête tourne aux homtmes exposés à des transitions trop fortes, trop subites, et à des élévations sans mesiu'e. Faudra-t-il encore ensanglanter ces pages, en décrivant les horribles redoublemens d'une frénésie si évidente ?

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