‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 116 sur 359 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

gnes, jusqu'à ce qu'elles tombent sur eux en pourriture.

Ailleurs , ce sont de^ maris , des enfans qu'on attache morts aux places qu'ils occupaient à la table domestique, et leiu's femmes, leurs mères, que l'on contraint de s'asseoir plusieurs jours de suite en face de ces restes chers et inanimés.

Les chiens et les ours , que ce fou furieux fait lâcher par plaisir sur le peuple , sont chargés du soin de nettoyer la place publique des. corps mutilés qui l'encombrent '. Chaque jour il invente de nouveaux supplices, que sa tyrannie, blasée par tant d'excès, trouve insuffisans. Bientôt il lui faut des fratricides, des parricides! Basmanof est forcé de tuer son père ; Prozorovsky , son frère ! Le monstre fait ensuite noyer huit cents femmes; et fouillant avec une atroce cupidité les demeures de ses victimes , il force , .par d'affreuses tortures , ce qui restip de leiu's parens , à lui montrer les lieux où sont cachés leurs trésors. Ces confiscations, jointes à des monopoles, à des impots, à des conquêtes , accuHiulent dans son palais les richç^ses de l'empire et des Tatars. Il y joint celles des Livoniens , qu'il pille sans les conquérir.

Dans ses longues et infructueuses guerres contre les chevaliers porte-glaives, d'horribles supplices ont marqué ses succès passagers. La courageuse;

' Selon les Annales de Pskof , il y avait eu à Novgorod seulement soixante mille victimes.

aïo LIVRE IV. — CHAPITRE VIII.

résistance que l'ennemi lui oppose lui parait une révolte , et il fait jeter dans des chaudières brûlantes^ ou embrocher à des lances et rôtir tout vivans ses prisonniers ^ sur des brasiers que luimême attise.

L'impudique se mettant au-dessus de toutes les lois^ épouse sept femmes; sa belle-fille elle-ménte est forcée de le fuir, épouvantée de sa lubricité. Pour comble d'usurpation, il prend l'air d'un ins^ pire ' , et jusqu'aux dehors que notre courte imagination prête à la Divinité ; il se fait dieu dans l'esprit de ses peuples. Tout ce qui vient de sa main, coups, blessures, jusqu'aux traitemens les plus avilissans, est reçu avec résignation, avec adoration. Dieu et le Czar ne sont plus séparés dans l'aveugle* et servile soumission de ces peuples : leurs dictons proverbiaux l'établissent ainsi , et à l'influence des choses et des hommes , se jokit celle des mots, dont la force est plus durable qu'on ne pense.

Enfin , dans une humble supplique que lui adressent ses sujets les plus fidèles, sa frénésie voit encore une conjuration de boyards , dont le premier de ses trois fils , et le $eul capable de lui succéder, serait le chef; l'insensé, transporté de rage, renverse à ses pieds , d'un coup d'épieu , cet espoir de sa race , pour expirer lui-même, bientôt après , dévoré de regrets sans remords , et en ordonnant de nouveaux supplices.

F. sa lettre à Battori.

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