‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 174 sur 359 · LIVRE VIL — CHAPITRE IV. 3it · texte numérisé non relu

LIVRE VIL — CHAPITRE IV. 3it

de croire cpie le ciel n'était point fait ponr eux , mais seulement pour leurs princes et leurs boyards ; pour ces grands que cependant l'on fiistigeait publiquement pour vol^ sans les dégrader^ sans croire leur rang ayili^ ni par la bonté du délit, ni par celle du cbâtiment !

C'était enfin ce même peuple, dont les Iwan avaient transplanté , d'un seul geste , des milliers de propriétaires du sud au nord, et du nord au sud dé leur empire; qui avait souffert, sans murmurer, que, daiis'les rues même de la capitale, on lâchât des ours sur lui pour se divertir; dont les grands remerciaient le prince , lorsqu'au milieu d'un festin , il les battait ou les mutilait par forme de passetemps. Pays barbare', où, dans les nombreuses boucheries de prétendus criminels d'état, le Grandprince et ses courtisans devaient eux-mêmes être les bourreaux des principaux conjurés; administration si grossière , que les fonctions civiles et militaires étaient confondues dans les mêmes mains; corps de nation si difforme , si malsain , qu'il était à peine en état de repousser un reste de Tatars; et qu'enfin, dans l'état où Pierre trouva sa masse informe, Charles XII l'eût peutnêtre conquise , presqu'aussi facilement qu'elle-même avait conqms la Sibérie, et l'Europe, l'Amérique.

Et cependant, nobles, prêtres, peuple, tous jusqu'à la première femme et le fils du réformatem*, se retiennent à ces grossières moeurs et a ces ténè-

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hre^i décidés à répéter abstinément la vie de leurs pères, recommençant sans cesse au lieu de continuer.

Les nobles, mécontens depuis Iwan lY, et depuis la destruction par Fœdor, de leurs titres exclusifs aux rangs et places occupés par leurs ancêtres, se refusent à obéir; ils abhorrent cette nouvelle discipline que Pierre veut introduire, où il fallait commencer par obéir, où tout était à apprendre, où le mérite seul distribuait les rangs «

Les prêtres superstitieux par état, fanatiques par ignorance, par intérêt, par l'orgueil de leur puissance sur l'esprit d'un peuple plus ignorant qu'eux; ces prêtres , dont le trône patriarchal s'élève près du trône depuis l'avènement de la seconde race , maudissent d'avance toute innovation , venant surtout des pays où règne une secte redoutée. Ce sont eux qui ont brûlé la première imprimerie qu'Alexis avait essayé d'établir. Voilà comme ils repoussent toutes les améliorations comme d'abominables sacrilèges, soit fanatisme, soit instinct d'immutabilité, indispensable, en effet, à l'existence de tout pouvoir fondé sur l'erreur et la superstition.

Quant au peuple , l'exemple des deux autres classes et leur influence sur lui, suffisait pour l'endurcir dans ses moeurs barbares , comme pour tous, l'habitude, qui d'ordinaire est d'autant plus forte, qu'elle porte sur de mauvaises coutumes.

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