‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 18 sur 359 · LIVRE I. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VI

autres Normands, nWait été qu'une espèce de féodalité, ou plutôt un gouyemement militaire, celui d'une armée barbare, grossièrement disciplinée , établie au milieu de ses conquêtes : aussi , chefs et soldats voulaient-ils toujours conquérir.

Quand Igor vieilli voulut se reposer, ses compagnons ou Fidèles, sa garde enfin selon les annalistes, le forcèrent à la guerre. Leur luxe grosner tie les retenait pas ; les chefs avaient des gouvememens ou plutôt des cantonnemens à acquérir ' , et tous ces aventuriers, un butin et des tributs dont ik enrichissaient le magasin du prince, ou celui des chefs secondaires aux fVais desquels ils vivaient.

D'après les plaintes des guerriers de cet Igor, il parait que les princes russes, comme les princes germains, entretenaient d'habits , d'armes , de <;he^ vaux et de vivres, leurs Fidèles. Nous sommes nus^ disaient au prince Igor ses compagnons et ses gardes, tandis que les compagnons de Sweneld ont de belles armes et de beaux habits. Viens açec nous lei^er des impôts^ afin que nous soyons a^ec toi dans V abondance. '

' La chroniqae dit du prince de Polotsk : H vint d'au-delà les mers avec Rurick, et eut Polotsk sous sa domination! Rurick soumet Novgorod, et distribue les villes qui dépendaient de cette république à ses chefs de guerre. Rurick donne la ville d'Ischora à sa femme Efanda, que quelques uns disent être soeur d'Oleg : les Ouglitch et leurs tributs furent donnés à leur conquérant le voiévode Sweneld.

' V. Karamsin, vol. I, page igS.

Chaque année ^ le Grand-prince partait ainsi de Kief en novembre, avec une armée, pour ne revenir qu'en avril, après avoir visité ses villes et perçu leurs impôts. Lorsque le magasin du prince était épuisé, et quand le tribut annuel ne suffisait pas, il fallait nécessairement trouver d'autres ennemis pour imposer d'autres tributs * , ou bien traiter en ennemies les peuplades soumises; ce qui arriva à Igor avec les Drewliens qui poussés à bout^ le massacrèrent, ainsi que toute sa garde. Ce barbare n'avait appelé à son aide aucun de ses voiévodes ou lieutenans , pour ne pas être forcé de partager avec eux le fruit de ses extorsions.

Cette vassalité ^sans fiefs, semblable à celle des anciens Germains, forçait donc. sans cesse à de nouvelles conquêtes. Comme l'empire s'agrandissait, le prince déléguait à tel chef telle circonscription, avec charge d'entretenir les guerriers qui s'attachaient à lui.

Ces corps d'armées cantonnés dans ce pays conquis ne vivaient que de tributs, ne quittaient point leurs armes, et contenaient par leur présence, ou par des apparitions périodiques , les provinces conquises. C'est ce qui fit que le tribut de Byzance , sous Igor, fiit réparti dans des villes où étaient des ducs. Voyez Constantin Porphyrogénète pro-

' C'est pourquoi les Fidèles d'Igor, ou sa garde , le forcèrent deux fois de marcher contre Byzance, et deux fois contre les Drewliens.

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