CHAPITRE I
et la pkiralité des voix le condamne à perdre la tête.
Mais Pierre n'y peat consentir : il s'adresse aux juge» 9 il leor dit qu'il est juste de peser les fautes ^ mais aussi les senrices; que^ si les services l'emportent^ l'indulgence doit aussi l'emporter. Âlors^ leur retraçant ceux de Mentzikof , il montre à quel prix on peut être le favori d'un grand homme.
Il leur rappelle que celui-ci fut soldat^ sergent, officier : que sa valeur intelligente a contribue à la prise d'Azoph, de Schlusselbourg^ de Nientschantz et de la flotte suédoise; à celle de Derpt, de Narva et de Diwan; qu'en 1704, il a vaincu dix mille ennemis et sauvé Pëtersbourg; qu'en 1706, il a battu en Pologne l'armée de Mardefeldt; qu'en 1708 et 1709^ il a sauvé l'État en s'emparant de Batoti-^ rin et des vivres destinés à l'armée suédoise^ en ravitaillant Pultawa , et en prenant une grande part aux défaites décisives de Lewenhaupt et de Charles XII.
Que depuis il a pris Riga, fait capituler Steînbock, dernier espoir de la Suède, et s'est emparé de Stettin ; qu'au milieu de tant de travaux , il s'est fait charpentier avec son maître^ ^^'îl ^ partagé toutes ses autres fatigues , et l'a sans cesse représenté dans les cérémonies, et même dans le gouvernement de l'empire. Enfin, il termine en recommandant l'indulgenceà des juges qui n'ignorent point qu'au temps des conspirations, leur maître
45o LIVRE Xï.
dut la yie à ce même coupable auquel ils la veulent
ôter. "
C'est ainsi que les contemporains de ces événemens redisent comment ce prince^ avec d'autres si inexorable, sut défendre le compagnon de ses travaux , et lui conserver sa vie et son rang ! Bien plus , ils ajoutent que les remords ayant jeté ce coupable sur un lit de douleur, et mis ses jours en danger, la constante et reconnaissante amitié de leur Tzar, sut encore par de tendres soins, l'arracher à cette justice du ciel comme à celle de la terre.
Ils ont encore remarqué que tout cela s'est fait sans faiblesse; qu'en lui, l'homme est resté monarque, sachant à la fois satisfaire à l'amitié et à la justice; sauvant d'une main le compagnon d'armes, et de l'autre frappant le cupide orgueil du favori, par les coups dont il l'humilie publiquement y et par l'énorme amende qu'il persiste à lui imiposer, malgré ses sordides supplications.
Quant aux autres déprédateurs , il en a fait justice par l'exil et la confiscation; quelquefois par la mort, mais à regret. Car c'est lui , ce maître assez soupçonneux pour interroger jusque sur l'échafaud l'agonie de sa victime , dans le cruel espoir de découvrir encore quelques partisans de l'ignorance et de la superstition ; c'est lui, que ses sujets ont vu
' V. la note (4) à la fm du volume.
CttAPÏTRE i. 45i
presqu'au même motnetit^ dans les hobfés ti*ànsports d'tinejote toute contraîre, célébrer dans un festin et par des salves d'artillerie, rinriocence reconnue de deux de ses généraux, amis des lumières nouvelles et faussement accusés de péculat.
Aussi, est-oe moins par une férocité naturelle quepiàr sa passion de civilisation, que ses contemporains expliquent son inflexibilité pour son fils, quand en même temps , à la nouvelle de la mort de Charles XII *, ils virent tomber des jeux de leur Tzar, des larmes généreuses qu'il chercha vainement à leur cacher; lorsqu'ils se rappellent ses sanglots, quand Scheremetef , et surtout Lefort , lui fiu'ent enlevés, le premier par le temps, le second par une maladie, et comme, alors, il consacra ses regrets par des honneurs fiinèbres, «'efforçant d'entourer leur mort d'immortalité.
Ces témoins n'ont même point oublié l'emportement de douleur dont il accabla ses vieux bojards , lorsque, soit fatigue , ou orgueil national blessé de tant d'honneurs rendus à un étranger, ils crurent , vers la fin du convoi de Lefort , pouvoir enfin se retirer. V^ous êtes impatiens ^ leur a-t-ildit', d'aller chez vous y vous réjouir de la mort de V amiral; vous craignez que, dans la longueur du festin funéraire y Voir de tristesse que vous feignez ne vous abandonne y et que votre joie, éclatant, ne
' F, Bassville et Korb.
45a LIVRE XI. ^ GBAPITRI^ I.
VOUS trahisse. Misérables l vous triomphez ùué* rieurmnerU d^ cette mort, comme si vous cubiez remporté une grande victoire! Et ils citent wtie touchante exclamation de leur Tzar, quand , àsoq ans après , dans le transport de bonbeur que lui donne une défaite des Suédois ^ il dit à Golowiiie : f^oilà, depuis la perte de Lefori, ma premiers joie sans mélange d^am&iumel