‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 247 sur 359 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

joindre au sacrifice que le prêtre y célébrait en cet instant.

D^à, la nouYclle de cet attentat^ qn'enTehiment l'envie et la servilité, a volé aux oreilles du Tzar; il accourt au sénat > il j mande sur-le-champ Dolgorouky. Mais celui-ci , sans détourner la tête, sans quitter le ciel pour la terre , répond au messager : Teniends, et continue sa prière. Un second ordre encore plus impérieux ne Fébranle pas davantage : Je rends à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à Dieu y répond-il sans s'émouvoir; et ce n'est qu'après le saint sacrifice qu'il obéit enfin , et s'achemine vers le Tzar.

Déjà, celui-ci accourait; dès qu'il l'aperçoit, il s'élance furieux , le saisit , tire son épée , et tout à la fois : Tu va^s périr ï lui crie-t-il d'une voix menaçante. Mais Dolgorouky demeure impassible; et, présentant son coeur : Frappe y rëpond-il ferm^ement, je ne crains pas de mourir pour une cause juste 1 A ces mots, la main du prince s'est abaissée, sa voix s'est adoucie, il a reculé; et, surpris, il s'est écrié : Maisy enfin y qui donc a pu ^inspirer tant de hardiesse? Toi-même^ reprend le ministre; na^-tu pa^s ordonné quon te dise la vérité y dans Viniérét de tes peuples ? Alors , il s'explique; et Pierre, convaincu, le remercie de sa courageuse sincérité, en lui demandant pardon de son eniportement.

Toutefois, il y retombe sans cesse; souvent e»-

oore^ a» ont yu Vépée 'du despote menacer la brusqae et inébranlable franchise de son ministre ; mais sa main a toujours fléchi sous l'ascendant y pour lui irrésistible 9 de la mson soutenue par une vertu mâle et patriotique.

C'est ainsi que^ dans ime autre etrocmstanee , de* mandant compte à l'audacieux sénateur d'un ukase de recrutasaent qu'il avait encore eu la témérité de supprimer^ sa colère fit plaoe aux larmes d'attendrissement et de doulair que lui arracha ce vei^ tueux ministre 9 en lui peignant « l'épuisement de « la génération présente ^ qu'il sacrifiait ^ comme (( lui-même et sans pitié ^ auxgén^ations à venir. »

Enfin y à l'occasion de corvées nouvelles et exorbitantes ^ imposées pour les travaux du canal Ladoga y Dolgoroidcy^ indigné de cet abiis de pouvoir^ ose déchirer au milieu du sénat l'ordre que son maître lui-même a dicté. A ce coup inouï ^ les sénateurs^ épouvantés^ se levait de leurs sièges; ils s'écartent y ils s'éloignent de ce sacrilège^ sur qui la foudre va tomber, car le terrible Tzar vient de paraître. Mais Dolgorouky demeure; et, sans s'étonner de sa propre audace ni de l'emportement du Tzar, il oppose, aux {»*emiers transports de son maître imté, la gloire d'un si grand règne qu'il va ternir, le bien de ses sujets, qu'il ne veut sans doute pas ruiner , à l'exemple de Charles XII, Puis, il détaille les moti& de son indignation, dont lui*même Uâme la violence.

€HAl^JTRfi II. 457

On dit ifa'dorsy tous ces séiuiteurs demeurèrent saisis d'étonnément de voir les regards iEorieux de leorxedotitable Tzar s'apaiser ; ses tiraits^d^à gonfles de colère 9 se détendre; sa bouche , qui éeumaitde meos^ces^ convenir de son erreur^ révoquer ses ordres; et sa fierté^ si jalouse 9 loin de punir h brutale franchise de son eonsdller^ se contanter des r^ets qu'il venait de lui témoigner.

Et ce n'est point envers ce seul grand person«^ nage que Pierre a montré tant de modération et d'amour pour la justice; on peut en appeler ^ entre autres , à Basse^tz , à Rmtz , à Brevem , et même à un isvK>schid(.

Ce demiw n'était qu'un loueur de ces chevaux dont le Tzar^ dans la simplicité de ses moeurs , se servait habitueliement comme son peuple; mais un ■ jour, irrité de leur lenteur, il les a pressés outre mesure, et l'un d'eux ayant succombé, leur possesseur en a réclamé le prix; Pierre le refuse; l'iswoschick ose en appeler à la justice; et son souverain ayant consenti à s'en rapporter à la décision du tribunal, comparaît, se défend, penl sa cause, et se soumet sans muimurer à l'^rrèt qui l'a condamné.

Krdtz était un amiral ; il venait de perdre , en désob^ssant, deux de ces vaisseaux de haut bord auxquek le Tzar attachait tant de jwrix, et que peut-être il avait construits de ses propres mains! Amsi , le conseil 4e guerre avait-il condamné le coupable à passer par les armes.

Maift KteStÉ en à appelé auit amîratrt;és étrangères ^ et non sealemént Pijerre s'est soumis d'ayance à leur décision , mais quand elles ont approuvé l'arrêt fatal^ lui 9 le révoque. U commue la peine ducondaminé; bien plus, Tingt-^[uatre heures après, il lui fait encore grâce de cette grâce, et donne à cet officier, plus malheureux que coupable, l'administration d'une marine doqt il ne veut plus lui confier les vaisseaux.

Quant à Bassewitz , c'est un ministre de ce jeune duc de Holstein , à la fois neveu de Charles XII et protégé de Pierre , depuis qu'à Pultawa il est devenu son prisonnier. Cet envoyé lui-même a confirmé le récit des compagnons du grand honune. On était en 1721 ; la paix de Nystadt venait de se conclure; Pierre, pressé par ce ministre étrangler, lui avoue que, dans ce traité encore secret, les intérêts du duc avaient été né^igés. Pénétré de douleur, le ministre se récrie, et Pierre pronsiet de saisir une première occasion- de le satisfaire.

Mais Bassewitz, en branlant la tête , a répondu : Je souhaite que cette nouvelle promesse soit plus stable que tant d'autres, sur la foi desquelles mon maître est venu baiser la main quon lui tendait : pour moi j Je vais mourir de douleur^ cPaçoireuy à mon âge, la simplicité de croire quil existait des mortels dont la parole ne fût pas fragile, et d'awir amené ici le rejeton des V osa, pour y 4tre le jouet d'une politique étrangère.

Page 1