‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 201 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« ce {»i’and homme donne à ses maîtres d’Europe, nu exemple dont ils avaient besoin, et pins grand, sans doute , que tous ceux cpi’il en avait reçus.

Cependant, Tangarock, Azoph, la mer Noire, ses flottes, ses ports, ses chantiers de construction, sont ou abandonnës, ou livrés au Turc victorieux. Mais, comme aux temps de Nai-va, ce terrible événement et les sacrifices énormes qu’il entraîne, n’ébranlent pas le génie de Eieri'e. Ce fpji reste de lui marche au même but. C’est encor»; , c’est toujours pour assurer à ses sujets un débouché sur une mer civilisée, qu’il achève de terrasser le parti suédois • dans la Pologne *, dont il ne réclame pas même une indemnité ; qu’il chasse Steinbock de l’empire geiTuanique ’, fait prisonnier ce général avec son ^ . armée, rançonne Uantzick’, s’empare de Stettin, concpiiert la Finlande, et fait franchir à ses galères ^ un isthme de onze cent cintpiante toises ! L’amii'al ^ suédois, Erenschild, maître de la mer, voit naîti’C subitement une flotte ennemie au milieu de la sienne; lui et ses vaisseaux de haut bord, sont pris. , à l’abordage par les galères russes, dans un combat acharné où Pierre se montre à la fois, le pins intré- • pide soldat de son ai-rnée , le pilote le plus »;xpérimenté de son escadre, et son plus habile amiral.

Enfin , lorscpi’ensuite im orage est près d’en- ^ gloutir les vainqueurs et les vaincus , il sc dévoue^

' Vl

se jeltc dans une barque sur une mer furieuse , au , travers d’une obscjxrité profonde et de mille rescifs ; il lutte ainsi pendant deux lieues marines, gagne un port, allume un fanal, et sauve toute sa victoire. Pétersbourg vit alors un nouveau triomphe. Pierre n’y voulut paraître qu’à son rang de contre-amiral , comme il avait combattu ; ou le vit passer, dans la foule, devant Romodanowsky, se soumettant à lui présenter publiquement le rapport du comlxat et à rapondre à ses questions. Ce fut de même , et avec toutes les fonnes du respect , xpi’il en reçut le gi’ade de vice-amiral , sur la demande d’Apraxin ; puis il remercia ce général , dans mie lettre rcmarcpiable , en ce qu’elle était évidemment ’ donnée pour modèle à ses sujets.

Alors, redevenant czar : Mes frères, dit-il aux Russes (pii l’entouraient , qui de vous, iljr a trente ans , eût pensé que vous construiriez un jour ai>ec moi des vaisseaux sur la Baltique ; que nous éle- Oerions une ville dans cette contrée , conquise par nos travaux et notre valeur, et qu’il naîtrait du son" russe, tant de combattons victorieux et d'habiles navigateurs? duriez-vous prévu que tant f d’hommes instruits, douvriers industrieux, d'ar-

• ” listes distingués, viendraient des différentes parties de V Europe , faire fleurir les arts dans notre patrie; que nous imjjoserions tant de respect aux * puissances étrangères; que tant de gloire, enfin, nous était réservée ?

Diqilized by Coojxle,

Page 1