‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 15 sur 172 · lVKi: PREMIER. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

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l'éclat des fêtes, poussés même par leurs intérêts matériels, sont touches au cœur par une vertu céleste, qui semble s'échapper à travers les murs de cette sainte demeure. Ils ne partent qu'après avoir déploré leurs é^^^arements aux pieds d'un prêtre dans des sentiments de la plus vive contrition. Pendant huit jours de solennités, durant lesquelles on multiplie les chants et les prédications, les Pères de la Compagnie, aidés des prêtres du voisinage, ne suffisent pas à entendre les confessions des pèlerins. Les communions s'élèvent, tous les ans, à quinze mille environ. \'oilà comment la piété universelle honore aujourd'hui le berceau de saint Ignace. Les démonstrations extérieures de la joie commune ne sont pas moindres. I/)u reste, jusque dans le culte qu'elle rend à ses saints, l'Espagne a conservé son caractère guerrier. Pour bien honorer un patron il faut dans ces contrées des exercices militaires. Ainsi pendant toute l'octave de la fête de saint Ignace, des soldats, en costume mauresque, une dague courte à la main, simulent, devant le palais, des combats corps à corps ; ils se battent d'abord à deux, ensuite groupe contre groupe, puis la mêlée devient générale ; on se presse, on s'entrelace avec un art et une dextérité inexplicables. Ce sont ensuite des combats de taureaux, selon la coutume du pays, des récits dramatiques de certaines parties de la vie du Saint, et enfin, toutes les nuits, des décharges d'artillerie, des feux de joie et de brillantes illuminations.

Ces témoignages éclatants de respect et d'affection ne furent rendus au Saint, que lorsque son nom eut reçu de l'Eglise des honneurs publics. Mais, même avant sa mort, le château où il était né, fut visité avec attendrissement et vénération par saint François de Borgia et par le P. Jérôme Natal. Dès lors, ces deux grands serviteurs de Dieu le jugeaient bien digne des honneurs que la dévotion des peuples lui a décernés dans la suite ('^).

D'ailleurs, la chambre où saint Ignace avait pleuré ses anciennes fautes, obtenu les premières faveurs du ciel et le don d'une inviolable chasteté, demeura en quelque sorte sanctifiée. On raconte que certaines personnes logées dans cet appartement, avant que la vénération ne l'eût transformé en chapelle, se sentirent, pendant la nuit, merveilleusement pénétrées de pensées toutes célestes, d'une sainte horreur de leurs péchés

et d'ineffables douceurs, inconnues jusque-là à leurs âmes.

Cependant Ignace renvoya de Navarette ses deux serviteurs, prit congé du Duc et de sa sœur; puis, désormais seul, et tout à Dieu, il se dirij^ea vers Montserrat.

Tout en marchant, il repassait pieusement les grâces que lui avait accordées la sainte Vierge et cherchait dans sa conscience les actes qui avaient pu lui mériter une faveur si spéciale. Cet examen le conduisit à se consacrer, par un vœu de perpétuelle chasteté, à la Mère du Sauveur, en reconnaissance du don précieux qu'elle lui avait elle-même apporté {'^). Mais bientôt survint un incident où notre novice inexpérimenté faillit se laisser tromper par une fausse apparence de piété.

Un voyageur, Maure de naissance et mahométan de religion, (on sait que les Maures étaient nombreux à cette époque dans les royaumes de Valence et d'Aragon,) rencontra Ignace et fit route avec lui. Ayant appris qu'il allait en pèlerinage à Montserrat, le Maure entama sur la très sainte Vierge, une conversation qui dégénéra bientôt en dispute; il niait, avec une audacieuse impiété que Marie fût restée Vierge après la naissance de son divin Fils. Le Saint s'efforça de lui démontrer son erreur. La tendre dévotion qu'il avait déjà pour Marie, excitant son zèle, lui fournissait des arguments en grand nombre ; mais le musulman les tournait en dérision, et accusait notre sainte foi de puérile crédulité. Enfin, fatigué, sans doute, des instances d'Ignace et voulant y couper court, il mit brusquement sa mule au galop et s'éloigna rapidement.

Cette grossièreté méprisante, non moins que l'impiété du Maure, émut Ignace. Le zèle et la colère se confondaient dans son cœur ; ne pouvait-il, ne devait-il pas venger par la mort du Sarrasin, l'injure faite à Notre-Dame ? Eh ! quoi ? lui, voué au service du Christ, n'était-il pas obligé d'employer son épée à soutenir l'honneur de la Mère du Christ ? D'un autre côté, le châtiment des coupables n'appartenait-il pas à la justice ? Les vengeances particulières convenaient-elles au chrétien .'* Etrange perplexité dont Ignace sortit par un trait caractéristique de son siècle ; il s'en remit au hasard, ou plutôt, dans sa pensée, à Dieu même. Arrivé en un point de bifurcation d'où partait un sentier pierreux et escarpé conduisant à la montagne, tandis que le

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