‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 20 sur 172 · LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — CHAPITRE III

goûtées auparavant. D'ailleurs, le Saint, destiné à devenir un

jour un des plus grands maîtres de la vie spirituelle, devait

apprendre par expérience ce que plus tard il aurait à enseij^ner.

Pas une de ces oscillations terribles, entre la joie et la douleur,

entre la sécheresse et la ferveur, ne lui fut épargnée. Aussi

écrivait-il i)lus tard de Venise à une religieuse de Barcelone :

« Dieu a deu.\ manières de nous instruire ; il emploie lui-même

<,< la première et permet la seconde. Celle qui vient de lui, est la

« consolation intérieure qui dissipe le trouble et remplit le cœur

«de son amour: la lumière, qu'elle porte avec elle, éclaire

« l'esprit et le fortifie, en lui révélant de merveilleux secrets, en

« lui découvrant les voies à suivre ou à éviter dans la vie spiri-

« tuelle. La ferveur qu'elle répand dans l'âme est telle que les

« plus pénibles travaux se changent en douceur, les plus grandes

« fatigues en repos ; que tous les fardeaux deviennent légers,

« toutes les austérités ont de l'attrait : mais ces consolations ne

« sont pas permanentes dans nos âmes ; elles ont leur temps et

« leurs moments, suivant qu'il plaît à Dieu de les accorder ou

\< de les retirer, toujours pour notre plus grand bien.

« Quand la lumière céleste disparait, le démon glisse dans « nos cœurs le trouble et la désolation pour nous détacher du « service de Dieu. Souvent une noire mélancolie nous accable, € et nous n'en connaissons pas la cause; l'oraison n'est plus que € sécheresse, la contemplation qu'ennui : parler et entendre « parler des choses de Dieu, devient une fatigue. \/iennent i ensuite les désolantes pensées sur nous-mêmes. Nous nous « voyons comme rebutés et abandonnés de Dieu, séparés de € lui ; et il nous semble que rien de ce que nous avons fait « jusqu'ici ne lui a plu : rien de ce que nous ferons à l'avenir ne € nous sera utile. De là les découragements, les défiances, le i désespoir qui nous représentent toutes nos fautes comme « mortelles, toutes nos misères comme incurables. Mais ce triste ^ état ne dure pas non plus, et nous devons nous servir de l'un « pour nous aider à supporter l'autre : ainsi dans la consolation, « il faut nous humilier et nous souvenir de ce que nous sommes « au temps des désolations intérieures ; au contraire, lorsque « celles-ci nous accablent, nous devons nous rappeler qu'aux « premiers rayons de la divine lumière, toutes ces ténèbres

\< s'évanouiront et la paix ancienne nous sera rendue (^*). »

Les épreuves d'Ignace lui devinrent utiles pour les autres, on le voit ; il posséda l'art de guérir les scrupules, au point que celui (ju'il n'axait pu guérir était réinité inguérissable. Peut-être nous saura-t-on gré de placer ici quelques règles qu'il rédigea plus tard sur ce sujet.

« Règles utiles pour la connaissance et le discernement des « scrupules et des insinuations trompeuses de notre ennemi.

« 1. — On nomme assez communément scrupule, un juge- « ment libre et volontaire, par lecjuel nous prononçons qu'une « action est péché lorsqu'elle ne l'est pas ; par exemple, lorsqu'il « arrive à quelqu'un de juger qu'il a péché en mettant le pied « par hasard sur deux brins de paille en forme de croix. Or « ceci est plutôt, à proprement parler, un jugement erroné « qu'un scrupule.

« 2. — Mais, après avoir marché sur cette croix, ou après « avoir fait, dit, ou pensé une chose quelconque, il me vient « du dehors la pensée que j'ai péché; d'un autre côté, -il me « semble intérieurement que je n'ai pas péché. J'éprouve en « cela du trouble, en tant que je doute et ne doute pas : or c'est « là proprement un scrupule et une tentation que l'ennemi fait « naître en moi.

« 3. — Il faut abhorrer la première sorte de scrupule, dont il « est question dans la première règle, parce qu'elle n'est qu'er- « reur. Quant au second genre de scrupules indiqué dans la « deuxième règle, il est très utile à l'âme, durant quelque temps, « car il sert grandement à la rendre plus nette et plus pure, en « la séparant entièrement de toute apparence de péché, selon « cette parole de saint Grégoire : C'est le propre des bonnes « âmes de reconnaître une faute là où il n'y a pas de faute. « Boîiarum nientium est, ibi culpam agnoscere, tibi culpa nulla est.

« 4. — L'ennemi considère attentivement si une âme est peu « scrupuleuse, ou si elle est timorée. Si elle est timorée, il tâche « de la rendre délicate à l'extrême, pour la jeter plus facilement « dans le trouble et l'abattre. Il voit, par exemple, qu'elle ne « consent ni au péché mortel, ni au péché véniel, ni à rien de ce « qui a l'ombre de péché délibéré ; il tâchera, puisqu'il ne peut « la faire tomber dans l'apparence même d'une faute, de lui faire

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