‹ Histoire de S. Vincent-de-PaulChapitre 25 sur 50 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Fondation de« retraites spirituelles.

La terre est dans la désolation, disait un prophète , parce qu'il n’y a personne qui s’applique* à penser dans son cœur aux choses du salut. 11 est triste, en effet, de voir des créatures de Dieu destinées au magnifique héritage ^du ciel, trouver du temps pour les poursuites du plaisir, des affaires , de l’ambition ; pour tout ce qui est une occasion prochaine de chute enfin , et n’en avoir pas pour travailler à guérir les maladies du cœur et les plaies de la conscience! Se vaincre soimême et vaincre le monde, tracer profondément dans son âme les sillons du devoir, y jeter les semences de la vertu , faire germer et verdir ces semences par les irrigations salutaires de la foi , source divine qui reflète dans ses eaux l’image

même du Dieu très saint; voilà l’occupation la plus noble et la plus nécessaire d’un être destiné à des joies sans fin ou à des maux sans terme pendant toute l’éternité. Mais ce travail intellectuel y qui soumet les sens à l’espiit et rapproche l’homme de l’ange, demande du calme, du loisir, des réflexions solitaires, et peut-être même cette louable émulation qui naît du bon exemple. Le cœur des gens du monde est comme le sable humide des grèves ; la religion y écrit ses grands préceptes de temps en temp^, et on peut les y lire ; mais , hélas ! le flot des affaires revient en grondant avec une double furie , et c’en est fait des salutaires impressions de la piété ! Pour que ces impressions demeurent , il faut s’en occuper loin du bruit et des distractions du siècle , dans un asile entièrement consacré à la religion.

Tandis que Vincent-de-Paul habitait encore le collège des Bons-Enfans, il vint à quelques pieux laïques de sa connaissance , la bonne idée d’aller retremper leur ferveur dans l’asile paisible et saint des missionnaires des campagnes. Tout autre supérieur eût hésité à introduire des gens du monde dans son couvent; Vincent-de-Paul, qui était ennemi des idées étroites qui restreignent la charité , les accueillit avec plaisir, les admit à sa table , leur enseigna la pratique de l’oraison , leur fit faire des lectures spirituelles, et enfin les disposa à faire une bonne confession générale qui devait clore leur retraite. Cette pratique de

piété àyant produit les plus beaux fruits , saint Vincent jugea que l’arbre était bon et qu’il fallait en propager l’espèce. Le peu de local qu’il avait au petit collège des Bons-Enfans, le força d’abord à limiter le nombre de ses botes de passage ; mais une fois installé à Saint-Lazare, il en ouvrit les larges portes à tous ceux qui voulaient s’éloigner, pendant quelque temps, du fracas du monde pour travailler à mériter les biens éternels. La foule des arrivans fut grande et mêlée; car la noblesse , le clergé , la bourgeoisie , l’armée et les corporations des métiers, fournirent, à l’envi les uns des autres , leur contingent. Vers la fin du carême surtout , une petite armée de huit ou neuf cents hommes de divers pays et de toutes les conditions , s’acheminait vers l’ancienne léproserie, afin de s’y guérir du péché, qui est une lèpre bien pire que l’autre. Ils étaient reçus avec la plus généreuse hospitalité, et l’on ne plaignait ni les services , ni là dépense , quoique celle-ci fut considérable , pour assurer le salut de cette colonie voyageuse , qui venait dresser ses tentes passagères parmi les pavillons sacrés d’Israël.

Vincent-de-Paul qui voyait avec un indicible bonheur combien ces saints exercices étaient propres à ranimer les dévotions défaillantes, et à rétablir, parmi les populations catholiques, le véritable esprit chrétien, bénissait hautement le Seigneur de ce qu’il avait daigné choisir sa maison

pour en faire le lieu de la scène de tant de conversions consolantes.

c Remercions Dieu mille et mille fois , disait-il c aux siens, de ce qu il lui a plu choisir la maison c de Saint-Lazare pour être le théâtre de ses mi-

< séricordes ! C'est une grande grâce que Dieu € fait à cette maison d’y appeler tant de perc sonnes aux saints exercices , et de se servir dé € cette famille pour opérer leur conversion. Plu- • sieurs y viennent de dix , de vingt et de cin- € quante lieues loin exprès , non seulement pour c se recueillir et faire une confession générale , c mais aussi pour se déterminer sur le choix c d'un état de vie, et pour prendre les moyens de € s'y sauver. D'autres y viennent pour connaître € la volonté de Dieu dans le mouvement qu'ils € ont eu de quitter le monde ; d’autres nouvellec ment convertis de l’hérésie, viennent s'y dis- € poser à leur première communion et s’instruire € des exercices de la religion catholique. Il y c vient encore beaucoup de gens de guerre pour € mettre ordre à leur conscience avant d'aller s’ex-

< poser au péril des combats (i) , et des vieiUards

(i) léettre <tun officier à saint Vincent, sur les retraites spirituelles,

' Juin 1643.

« Les fruits que remportent ceux qui ont fait chex vous les exercices de la retraite spirituelle, répandent un tel brait dans U chré-

c même s’y retirent pour se préparer à la mort, c Nous voyons aussi tant de curés et d’autres c ecclésiastiques qui y viennent de tous côtés, pour € s’avancer dans la vie spirituelle. Oh ! Messieurs , c quels grands biens peuvent produire les retraic tes, si nous y travaillons fidèlement, et quel c sujet de consolation de savoir qu’il y a un lieu € dans Paris , toujours prêt à recevoir ceux qui c s’y présentent avec un véritable dessein de se f mettre bien avec Dieu. Servons-les donc , Mesc sieurs , non comme de simples hommes , mais f comme des hommes envoyés de Dieu. N’ayons € aucune acception de personnes ; que le pauvre € nous soit aussi cher que le riche , et même en- € core davantage , comme étant plus conforme à € l’état de la vie que Jésus-Christ a menée sur la € terre. Çette maison servait autrefois à la retraite f des lépreux , et pas un n’y guérissait ; elle sert c maintenant à la retraite des pécheurs qui sont f des malades couverts de lèpre spirituelle , et par € la grâce de Dieu on voit qu’ils y guérissent. € Disons plus, ce sont des morts qui ressus- € citent. O quel bonheur, que la maison de Saintc Lazare soit un lieu de résurrection 1 >

lientë, qu’ils font naître en l’esprit de plusieurs le désir d’en aller cueillir comme sur l’arbre. Voyant donc un de mes pareiis dans celte bonne volonté , je veux l’accompagner moi-méme et retremper par la pénitepçe pne vie passée dans la dissipation et le plaisir. »

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