CHAPITRE XV
Vincent'dc-Paul détruit la meudicité dans la ville de Màcon.
Dans le cours de cette même année lôaS, Vincent-de-Paul qui passait par la ville de Mâcon, la trouva rongée d^une plaie aussi incommode et beaucoup plus hideuse que celle des sauterelles d'Egypte : c'était un nombre effroyable de mendians , qui , pour les mœurs , la probité , la religion , la sobriété et les habitudes errantes, étaient cent fois pires que des bohémiens. Vincent-de- Paul eut une telle compassion de ces misérables, qu'il ne put se résoudre à passer outre, quoiqu'en arrivant dans la ville il n'eût aucun dessein de s'y arrêter. « Il considéra, dit Abelly, ces pauvres ft abandonnés comme autant de voyageurs qui (c avaient été dépouillés et dangereusement na- « vrés par les ennemis de leur salut ; et , imi«
(c tant la charité du bon Samaritain, il interrompit A son voyage afin de bander leurs plaies et de it pourvoir tout ensemble au salut de leur àme et « au soulagement de leur corps. »
En effet , il vint heureusement à bout de Fun et de Fautre par Fétablissement d'une confrérie de charité où les hommes assistaient les pauvres , tandis que les femmes soignaient les malades. Voici ce que le P. Desmoulins , qui était alors supérieur de FOratoire de Mâcon , a témoigné par écrit de cette charitable entreprise :
« Je n ai appris de personne , dit-il , Fétat de « ces pauvres, je Fai reconnu moi-même; car lors « de Finstitution de cette charité, comme il fut « ordonné que tous les pauvres qui recevaient « Faumône se confesseraient les premiers jours « de chaque mois , les autres confesseurs et moi « trouvions des vieillards âgés de soixante ans m et plus, qui nous avouaient franchement qu'ils n ne s'étaient jamais confessés; et lorsqu'on leur « parlait de la très sainte Trinité, de la Nativité, de « la Passion et de la mort de Jésus-Çhrist, et des « autres mystères, c'était un langage qu'ils n'en* « tendaient point. Or, par le moyen de cette « confrérie , on pourvut à ces désordres , et les « pauvres furent en peu de temps délivrés de « leurs misères de corps et d'esprit. M. Févéque « de Màcon,qui était alors messire Louis Dinet, « approuva ce dessein de M. Vincent; Mes-
« sieurs du chapitre de la cathédrale et Mes*
Dfi SAIHT VINCENT-DE-PAUl. 119
c sieurs du chapitre de'Saint-Pierre , qui sont des
n chanoines nobles de quatre races , Tappuyèrent
a aussi; M. Chamdony doyen de la cathédrale , et
a M. de Relets , prévôt de Saint-Pierre , furent
n priés d'être les directeurs, avec M. Fallart,
« lieutenant général, lis suivirent le règlement
u que donna M. Vincent ; c'est à savoir : qu'on
ferait un catalogue de tous les pauvres de la
« ville qui s'y voudraient arrêter; qu'à ceux-là
« on donnerait Faumône à certains jours , et que
ti si on les prenait à mendier dans les églises ou
« par les maisons , ils seraient punis de quelque
M peine, avec défense aux habitans de leur rien
a donner; que les passans seraient logés pour
« une nuit et renvoyés le lendemain avec deux
« sols; que les pauvres honteux de la ville se-
« raient assistés en leurs maladies, et pourvus
« d'alimens et de remèdes convenables, comme
« dans les autres lieux où la Charité était établie.
a Cet ordre commença à être exécuté sans qu'il y
« eût aucuns deniers communs ; mais M. Vincent
« sut si bien ménager les grands et les petits ,. qu'un
a chacun contribua volontiers à une si bonne
a œuvre , les uns en argent et les autres en blé
« ou en d'autres denrées selon leur pouvoir; de
« sorte que près de trois cents pauvres étaient
« logés , nourris et entretenus fort raisonnable-
« ment. M. Vincent donna la première aumône et
« ensuite se retira. »
Mais comment seretira-t-il? Il se retira au milieu
des bénédictions des gens de bien , des larmes des pauvres et des félicitations des autorités. Il avoue lui-même dans une lettre écrite à mademoiselle le Gras , que les échevins de Màcon lui rendirent tant d'actions de grâces et de témoignages d'honneur que , ne les pouvant supporter , il fut contraint de se dérober par la fuite à cet applaudissement général qui le menaçait d'un triomphe.
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