CHAPITRE XXÏV
Fondation des exercices des Ordioans.'
Vincénc-de-Paul dans le cours des missions qu'il fBÛsait à la campagne , avait souyent le cœur navré de voir que Tindolence ou Fimpéritie des ^bénéficiaires ecclésiastiques menaçaient de tout laisser tomber en ruine, après son d^art; car; ainsi que nous Tavons déjà dit, le clergé découragé par l'invasion de Thérésie vivait au jour le jour et suivait le torrent, comme si sa mission sur la terre eût été de s'occuper beaucoup de soi et peu des autres. Ceci était non seulement un grave sujet de peine pour les bons évéques , mais encore une source de perplexités. L'état ecclésiastique était fort déchu de sa splendeur; l'ignorance était née de la pauvreté , et les vocations véritables se faisaient rares. Il fallait des prêtres
HISTOIRE DE SAlKt tlNCENT-DE-PAUL, l7fe
pourtant, et il en fellait beaucoup pour desservir lès cures des campagnes et les églises paroissiales de chaque éTêché. Ceux qui se présentaient sortaient en grande partie des dernières classes du peuple ; une famille de paysans mettait un des siens dans les ordres par lé même motif qui poussait tant d'aventuriers vers les côtes de l'Angleterre y au temps de la conquête normande , savoif* pour gagner. Ceux-là n'avaient qu'une teinture grossière' de religion et presque point d'études , car les études étaient trop longues et trop chères pour des hommes de cette étoffe ; il en résultait qiie bon nombre ne savaient pas même les premières vérités de la religion. Les autres , seconds ou troisièmes fils d'une famille noble, avaient étudié dans les universités avec une foule d'écoliers laïques désœuvrés, fainéans, buveurs, pis que cela , dont l'exemple n'était guère propre à inspirer le goût de la religion et de la vertu aux jeunes clercs qui se destinaient à une profession redoutable et sainte. C'était parmi de tels ordinans, à quelques heureuses exceptions près , que les évéques avaient à choisir, s'ils n'aimaient mieux fermer les églises et en boucher les portes avec des épines, comme au temps de l'invasioti des barbares.
Messire Augustin Potier, évêque de Beauvais^ prélat vigilant et zélé, avait bien reconnu le mal ; mais voyant qu'il usait vainement sa pensée à trouver le temède, il résolut d'en conférer avec
Vincent-de-Paul I qu'il appela plusieurs fois à Beauvais dans cette intention. Le sage et ezpé* rimentë missionnaire lui dit nettement qu'il était inutile de songer à réformer ceux qui avaient vieilli dans des habitudes d'indolence, parce qu'ils avaient pris leur pli , et que quant au défaut d'instruction , on ne pouvait renvoyer des vieillards à l'école. Gomment faire alors ? demanda tristement le prélat ; est-ce que le mal est incurable? Non 9 monseigneur, répondit le saint; mais il faut appliquer le remède à sa source en prenant un soin particulier de former à l'avenir de bons prêtres. Pour cela , il ne faudrait admettre personne aux ordres qui n'eût la science requise d'abord , puis la vocation ; ensuite il faudrait rendre les ordinans capables de remplir leurs obligations, et tâcher de leur faire prendre l'esprit ecclésiastique avant de les mettre dans les paroisses.
L'évéque de Beauvais , fermant les yeux pour se recueillir plus profondément , réfléchit longtemps en silence ; puis , tout-à-coup , comme si un rayon d'en haut eut illuminé son esprit : le moyen le plus court et le plus assuré pour bien préparer ceux qui prétendent aux saints ordres, dit-il , c'est de les faire venir à l'évéché et de les y retenir quelques jours pour les y instruire des choses de la religion, de leurs devoirs et des vertus qu'ils doivent pratiquer.
« O monseigneur ! s'écria Vincent-de-Paul avec
joie , voilà une pensée qui est de Dieu , voilà un excellent moyen pour remettre peu à peu le clergé de votre diocèse en bon ordre. » « Je vais disposer toutes choses pour mettre à exécution ce dessein, dit Tévéque ; mais comme je ne veux rien entreprendre sans votre concours , je vous prie de vouloir bien revenir à Beauvais quinze ou vingt jours avant Tordination prochaine, qui doit avoir lieu ce mois de septembre , afin de régler l'ordre qui doit être observé pendant cette retraite ecclésiastique , et les matières qu'il conviendra d'y traiter. »
Vincent-de-Paul plia les épaules sous cette nouvelle charge , étant plus assuré , dit son premier historien , que Dieu demandait ce service de lui que si un ange le lui eut révélé. Il arriva donc à Beauvais au temps marqué, et après que le digne évéque eut fait l'ouverture des exercices, il les continua, assisté de MM. Messier et Duchesne, docteurs de la faculté de Paris. Il expliqua, entre autres choses , le Décalogue aux ordinans , ce qu'il fit d'une manière si nette et si efficace , que ses auditeurs en conçurent le désir de lui faire des confessions générales; M. Duchesne en donna lui-même l'exemple, à l'édification de tous.
Ces premiers exercices ayant réussi au-delà de toute espérance , Tévéque de Beauvais résolut de les continuer; et quelque temps après, ayant eu occasion de venir à Paris , il entretint larchevéque des fruits que ces exercices avaient, déjà
produits dans son diocèse, lui démonti;^ la nécessité de cette mesure, et s'étendit beaucoup sur le talent particulier que Vincent-de-Paul avait pour cet emploi. François de Gondi ne fut jamais lent , que sa mémoire en soit bénie ! à réparer une injustice ou à fonder une œuvre utile à l'Église ; il résolut donc de mettre ces exercices en usage dans son diocèse, et d'y employer Vinceiitdé-Paul en qualité de directeur. Il ordonna poUr cet effet , vers le commencement de l'année 1 63 1 , que tous les ordinans de son diocèse se retirassent, dix jours avant cbaque ordination, danslamaisoii des prêtres de la Mission, afin d'y apprendre les qualités requises pour les ordres, et se disposer à les obtenir de Dieu. Vincent-de-Paul obéit avec joie à ce mandement et reçut les ordinans, dés là première ordination du carême , dans sa maison dé la rue Saint-Victor.
Dieu répandit aussi abondanunent ses grâces sur les ordinans de Paris que sur ceux de Beauvais ; on en peut savoir quelque chose par ce fragment d'une lettre de Vincent-de-Paul à un de ses prêtres :
« Monseigneur l'archevêque , conformément à a la pratique ancienne de l'Église, a ordonné que le dorénavant ceux de son diocèse qui désire- * rbnt être promus aux ordres , se retireront dii « jours avant chaque ordination chez les prêtres « dé la Mission , pour s'exercer à la méditation , « faire une confession générale, apprendre là
« théologie morale, Tusage des sacremens, les « cérémonies et les fonctions des ordres ; en un « mot , toutes Ibs choses nécessaires aux eccléa siastiques. Ils sont logés et nourris pendant ce « temps-là; et, par la grâce de Dieu, il résulte « un tel fruit de ces exercices , que tous ceux qui « les ont feits mènent ensuite une vip vraiment « ecclésiastique, et même la plupart d'entre eux « s'appliquent d'une manière toute particulière « aux œuvres de piété ; ce qui commence à être « manifesté au public. »
Et dans une autre lettre qu il écrivit encore sur le même sujet vers ce temps-là, il ajoute: a Entre ceux qui ont fait les exercices de Fordi- « nation, il y en a plusieurs de considérables par « leur naissance ou par d'autres qualités, qui « vivent aussi réglés en leur maison que nous vite vous chez nous. Ils font Toraison mentale , cé- « lèbrent la sainte messe , et pratiquent les exaa mens de conscience tous les jours comme nous. « Ils s'appliquent à la visite des hôpitaux et des a prisons, où ils catéchisent, prêchent et cona fessent , ce qu'ils font aussi dans les collèges ; « d'où Ton voit, par la grâce de Dieu, réussir de « grands fruits. »
Cet exercice , qui fut d'abord restreint aux seuls ecclésiastiques du diocèse de Paris , devint bientôt commun à ceux des autres diocèses qui y étaient promus aux ordres. Dès Tannée i638, quelques pieuses dames de haut rang ayant pro-
posé à saint Vincent de les recevoir tous à Saint- Lazare , il y acquiesça de bon cœur^ après en avoir obtenu la permission de monseigneiu* FArcbevéque. La présidente de Herse, qui n'était pas moins zélée pour le perfectionnement de Tétat ecclésiastique que pour Fassistance des pauvres , défraya cette dépense extraordinaire pen* dant les cinq premières années; la reine donna ensuite quelques aumônes pour le même objet pendant deux ou trois ans ; madame de Maignelay, sœur de monseigneur François de Gondî , aida aussi de son côté. Mais ces secours s'étant enfin épuisés , toute la dépense retomba sur la maison de Saint-Lazare, qui faillit succomber sous cette lourde charge, mais qui ne s*en dé-> barrassa pas, grâce à la persistance de son généreux supérieur. Ce fut en vain qu'on représenta à saint Vincent-de-Paul que cette œuvre des ordinans, qui ne lui rapportait rien du tout, et celle des retraites spirituelles , qui était presque aussi onéreuse , épuisaient la maison de telle sorte qu'elle en était déjà fort endettée. « 11 est vrai c que la dépense est grande , répondit le saint ,
< mais elle ne peut être mieux employée, et ce c seraiit un grand honneur à la maison de Saint-
< Lazare d'être anéantie pour une pareille cause. € J'espère que la Providence nous aidera; mais, t s'il en arrive autrement, quand nous aurons € tout dépensé pour Notre-Seigneur et qu'il ne c nous restera plus rien , nous mettrons la clef
c sdus la porte , et nous nous en irons. »
Le zèle de Vineent-de-Paul ne se renferma pas dans les murs de la capitale du royaume , il s'étendit sur la plupart des diocèses de France, où notre saint envoya exprès, suivant le désir des prélats, dés missionnaires pour y introduire cet usage, qui passa bientôt les frontières et qu on vit fleurir avec un grand éclat à Gènes et à Rome; la Congrégation continua long-temps à procurer, par cet excellent moyen , de fidèles ministres à rÉglise.
Quelques vertueux ecclésiastiques , qui avaient fait les exercices de Fordination et reçu par ce moyen quelques grâces particulières , furent touchés du désir de conserver toujours les saintes dispositions où ils se trouvaient alors, et de mener une vie digne du sacré caractère dont ils avaient été honorés. Ils s'adressèrent, pour ce sujet, à Vincent-de-Paul et le prièrent de les aider de ses avis. Le supérieur de Saint-Lazare demanda quelques jours de réflexion, car il ne faisait jamais rien à la hâte , et leur proposa ensuite de sVnir ensemble par la pratique des conférences spirituelles et par un règlement de vie convenable à leur profession, mais qui ne les obligerait pas à quitter leurs demeures particulières. Il trouva ces vertueux ecclésiastiques entièrement disposés à isuîvre son conseil , et , pour les fortifier dans cette bonne pensée, il leur en déve-
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loppa tous les avantages dans une réunion préparatoire où il leur expliqua Tordre qu^ils devaient garder et les pratiques de dévotion qu'il leur se* rait bon de suivre.
Les conférences spirituelles remontent beaucoup plus haut queTépoque de Vincent-de-Paul ^ puisqu'on les trouve établies dès les premiers siècles de rÉglise, parmi les Pères du désert; mais notre saint les appropria absolument au clergé et en fit des cours de vertus sacerdotales et de religion pratique. Ceux qui se présentaient pour se faire agréger à la conférence subissaient des conditions avant d'être admis : on leur demandait un entier détachement de tout intérêt propre et une intention droite et pure de se donner parfaitement à Dieu , accompagnée de la ferme résolution de le servir dans la personne des malades , des prisonniers et des pauvres. Ces promesses n'étaient point des paroles vaines , et i'on veillait à ce qu'elles fussent accomplies; car, avec un homme du caractère de Vincent-de-PauI, Ja vertu ne restait jamais à l'état d'eau dormante, il fallait quelle courut toujours; aussi avait-il pris pour, devise ces mots qui résument tout i'Éyapgile : agir et enseigner.
Les conférences s'ouvrirent le i *' juillet 1 633 , et , depuis lors , elles eurent lieu le mardi de chaque semaine. La vraie vertu est comme l'ambre, elle a quelque chose de magnétique qui auire :
la petite assemblée qui se réunissait , sous la présidence de Vincent-de-Paul , dans les cloîtres de Saint-Iidzare , pour y apprendre à remplir dignement les devoirs du saint ministère, et pour y entendre traiter les plus hautes questions du dogme et de la morale , se grossit bientôt de tout ce que Paris renfermait de prêtres distingués par leur mérite , leur naissance ou leur piété. Ce fut là que se fit connaître d'abord Fabbé Olier (i), ecclésiastique d'une vertu rare , qui eut l'honneur de doter le monde chrétien d'un des plus beaux séminaires quon y ait admirés jusqu'ici , le séminaire de Saint-Sulpice , où Fénelon se plaisait tant , et d'où sont sortis un si grand nombre de prélats modèles.
Mais au milieu de cette foule docte et recueillie , que Vincent-de-Paul nourrissait de la parole de Dieu, nourriture plus douce, dit saint Jeah- Chrysostome, que les rayons de miel dont saint Jean-Baptiste vivait au désert, un jeune homme de la province , arrivé des derniers , et lorsque la vie du saint fondateur penchait déjà vers son couc]iant , dépassait les autres de toute la tète. Cet auditeur adolescent qui se glorifiait d'avoir pris dans ces conférences, où VincenUde-Paul ré* pondait à la fois V onction et la lumière , le goût de la science ecclésiastique et de la solide piété (2) ,
(x) Curé de la paroisse de Saint-Sulpice; il jeta les proaiert Ion** démens de la belle église qu'oa voit aujourd'hui, (s) Lettre de Bossaet à Clément XI , du 2 août 170s.
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c'était le plus grand génie qu'ait produit TÉg^ise de France , le bouclier de la religion , l'homme que son immense savoir, son éloquence et la. dignité de sa vie rendaient majestueux au point d'impressionner Louis XIV (i), Bossuet.
Le cardinal de Richelieu qui avait aussi à cœur de relever la religion catholique que de terrassa rhérésie , entendit parler si avantageusement des conférences spirituelles de Saint-Lazare, que, voulant savoir, de première source, ce qui s'y passait , il manda près de lui le supérieur des .missionnaires et l'entretint long-temps sur ces conférences ecclésiastiques et sur le succès des missions des campagnes. Fort satisfait de ce qu'il apprit à cet égard de Vincent-de-Paul, il conçut pour lui la plus haute estime, l'exhorta à continuer les bonnes œuvres qu'il avait si heureusement commencées , et Tàssura de son concours et de sa protection. C'était déjà beaucoup; le cardinal fit davantage. Après s'être fait nommer tous les ecclésiastiques qui s'assemblaient chaque semaine à Saint-Lazare pour la conférence, il dit un jour à saint Vincent : Je désire vivement, monsieur , que l'Eglise de France soit pourvue de bons évéques, car je sais combien il importe
(i) Tel éiait 1 éclat de la renommée de ce grand homme, et la gravité de kes mœurs, que, lorsque Louis XIV l'apercevait de loin dans le ^rc de Versailles , il ne pouvait se défendre d'une sorte de crainte respectueuse. « Je ne sais pourquoi cette grande ctrlotte m*im» pose, disait*il à ses courtisans. »
à la religion que le sacerdoce soit en honneur ; ce que tous me dites des conférences , me les fait considérer comme une pépinière sacrée d'où je puis tirer de vertueux et savans prélats ; nommez-moi ceux qui vous semblent dignes d'être promus à l'épiscopat, je les proposerai au roi, afin qu'ils soient nommés par lui aux évéchés qui Tiendront à vaquer. Vinc^ent-de-Paul lui en cita sur-le-champ plusieurs, dont le cardinal écrivit les noms de sa propre main , et qu il éleva successivement selon leur mérite. Ces choix se trouvèrent si bons , que Louis XllI , après la mort du cardinal de Richelieu, voulut continuer de recruter des évéques dans une assemblée d'où Ton avait tiré déjà une foule dé haut dignitaires ecclésiastiques qui unissaient à la pureté de vie^ un zèle modéré par la prudence et la charité. Il envoya souvent son confesseur à Saint-Lazare, pour demander au saint supérieur la liste de ceux qu'il jugeait propres à l'épiscopat ; mais ceci se passa si secrètement, qu'aucun des ecclésiastiques de la conférence ne s'en douta , tant que vécut Vincent-de-Paul.
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GHJLPITRË XXV
FoadAiSim de Stfoiiiiaires.
Vincent-de^Paul avait établi les retraites des ordiiians et les conférences ecclésiastiques dans le but de ramener les prêtres au véritable esprit de leur état, il avait rallumé, de ses mains pieuses et actives^ la lampe ardente de la ferveur parmi le clergé de la capitale, et il en nourrissait la flamme de manière à lui faire jeteir le plus vif éclat ; c'était beaucoup , mais cela ne suffisait pas encore pour compléter l'œuvre de régénération cléricale qu il méditait.
Les exercices des ordinans produisaient de beaux fruits , mais ils péchaient par la durée. On ne se défait pas , en dix ou douze jours , de son ignorance , de sa dissipation et de ses mauvaises habitudes; ce travail était un placage précieux et
habilement fait , mais il était à craindre qu41 ne finît par se détériorer à la longue. Il vaudrai^ mieux, pensait Vincent-de-Paul, labourer une terre yierge que de recommencer sans cesse c^ défrichemens hâtivement conduits, où il reste toujours des souches de péché ^ qui poussent sans cesse des rejetons. Il faudrait s^emparer de bonne heure des jeunes gens qui découvrent une voea-' tion précoce pour l'état ecclésiastique, afin de leur jeter dans l'àme les belles semences de le vertu -.accoutumés de longue main à porter le joug de la discipline , ils finiraient par le trouver léger et on pourrait les dresser à loisir, ces jeu-* nés athlètes du Seigneur, à la lutte acharnée qu'ile doivent soutenir un jour contre le monde , et contre Satan, ce cauteleux et violant adversaire qui eft est le prince.
Ce fut â la suite de semblables réflexions , <<fBe VincentHle-Paul destina le collège des Bons^Esi^ fans, qu'il avait quitté, à recevoir les jeunes <dercs qu'il voulait élever dans les b<»iiaes moeurs et TÀiâed^ des lettres, il conaxn^iça ce petit sémi^ naire Tan i636, et le transféra, dix ans après, dans une antre imaison plus rapprochée de Sain^ Lazare, à laquelle il donna le nom de Saint^Cha»les. Ce petit séminaire prospérait , et tous cas jcnmes arbansseanx, la.dooce «ecypéranoe defÉ- ^se, réJQuiesaient les «yeux de jeekii qui les «ouait fitentés dan^s ttne terre mmUR et ^ferti^ ; ivQâs oe
n étaient encore, hëlas! que des arbustes qui ne pouvaient donner des fruits et deFombrage quau bout d'un assez grand nombre d années , et FÉglise était en souffrance en attendant ce secours éloigné.
> Il faudra d'autres séminaires, se dit un jour pensivement le saint, et ceux-là seront destinés aux grands arbres en état de porter promptement des fruits ; mais ne précipitons rien et laissons fiedre à Dieu.
« Quelque temps après saint Vincent-de-PauI fut mandé au palais Cardinal, et admis, comme cela lui arrivait fréquemment, dans le cabinet particulier du ministre. Après l'avoir consulté sur le sujet pour lequel il avait désiré le voir, Richelieu lui demanda familièrement des nouvelles de Saint-Lazare, de la conférence, des ordinans, et voulut savoir si tout allait bien , et s'il restait encore quelque chose à faire dans Fintérét de la religion. Saint Vincent répondit :
. «c Qu'après les exercices des ordinans, et Fu- 4c sage des conférences spirituelles entre les eccléft siastiques , il semblait qu'il ne restait autre K chose à désirer que l'établissement des sémi- « naires dans les diocèses, non pas tant pour les «t jeunes clercs , dont les fruits étaient un peu 4c tardifs , que pour ceux qui étaient près d'en- ^ trer dans les saints ordres, ou qui les avaient Il déjà reçus ; qu'ils seraient exercés dans ces
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M écoles de vertu, à Foraison , au service divin, « aux cérémonies, au chant, à Tadministratioii m des sacremens , au catéchisme , à la prédication, « et aux autres fonctions ecclésiastiques ; qu ilâ y « apprendraient aussi les cas de conscience et les «( autres parties plus nécessaires de la théologie , « de sorte qu'ils seraient rendus capables , non- « seulement de travailler à leur perfection parti- « culière , mais encore de conduire les âmes dans » les voies de la justice et du salut; que, faute de « cela , on voyait fort peu de prêtres qui eussent « les qualités nécessaires poiu* servir et édifier 4c rÉglise , et qu'au contraire il y en avait grand « nombre de vicieux , d*ignorans , et de scandait leux, qui servaient de pierre d'achoppement « au peuple. »
Je goûte fort votre proposition , dit le cardinal en souriant de son spirituel sourire , et je veux choisir, pour l'exécuter, celui-là même qui Fa faite. Entreprenez ce séminaire , monsieur Vincent, et je vous promets de vous soutenir de mon crédit et de mes moyens. Le supérieur de Saint-Lazare s'inclina respectueusement , et prit congé du cardinal en lui promettant de se mettre incessamment à Fœuvre. Quelques jours après, le ministre lui envoya mille écus pour commencer, et saint Vincent .les employa à Fentretien des premiers ecclésiastiques qu'il reçut, au mois de février de l'année 1642 , au collège des- Bons-£nfons.
i90 HISTOIRE DE SAINT VINGENT-DE-PAUL.
Cest tunsi que Vincent-de-Paul établit le sémi«' naire des Bons-Enfans paf les bienfaits d'un des plus grands ministres que la France ait eus.
uMi inimti 4Mi nii8H!iii ^