CHAPITRE XXXII
Anmônet envoyées à la Lorraine. — Seconrs aux réfagiés lorrains et
anglaii.
Pour juger sainement la guerre, il ne sufBt pas d'assister en idée à la marche triomphale des troupes , ni de s'enflammer d'enthousiasme à la lecture d'un bulletin qui enlumine la victoire et jette les ravages dans l'ombre ; il faut visiter le lieu de la scène , voir les moi;»sons foulées sous les pieds des chevaux , les forts éventrës par les bombes, les villages réduits en cendres et les populations pâles , hâves , exténuées , mangeant l'herbe de la terre, les racines sauvages et le gland du chêne^ faute de pain; c'est dans cet état désespéré que se trouvaient alors deux petits pays que leur position géographique donnait pour frontières à la France, la Lorraine et le duché de Bar.
Ces pravinces, naguère peuplée^ et fertiles, obéiâsaîent, pour leur malheur, à un prince vaillant de sa personne , mais inconsidéré , avide de gloire et d'une foi douteuse , qui était toujours prêt à faire des accommodemens et plus prêt encore à les rompre. Un héros de cette trempe avait tout ce qui était nécessaire pour ruiner ses petits États , quand même leur position ne les eût pas rendus un lieu de passage pour tout le monde. Aussi , tandis que le duc Charles , à la tète d'une poignée de braves soldats , jouait un rôle distingué parmi les impériaux, ses amis de cœur et ses frères d'armes, avec lesquels il dévastait les bords du Rhin; les Français, les Espagnols, les Suédois, les Allemands, les Lorrains eux-mêmes, quoique enfans du sol, ravageaient la Lorraine tour à tour, et quelquefois tous ensemble. Le duc de Weimar, à la tête des Suédois, que leur qualité d'hérétiques rendait moins scrupuleux encore que les autres , fut celui qui la maltraita davantage. U portait sur ses étendards la Lorraine sous la figure d'une femme hachée en deux et environnée de soldats qui tenaient d'une main un glaive et de l'autre une torche ardente. Jamais emblème ne fut mieux rempli.
Dans Tannée 1639, surtout, les Suédois avaient réduit ce malheureux duché à une telle extrémité de misère, qu'on ne peut rien lui comparer si ce n'est les horreurs du siège de Jérusalem, ta moitié des ville» , des boyrgades et des hameaux
était totalement déserte ; Vautre n était plus qu'un amas de décombres et mi monceau de cendres.
Les paysans, que le fer des soldats n avait pu atteindre , s'étaient réfugiés dans les bois où ils yi* vaient à la manière des bétes sauvages. La haute bourgeoisie des villes était réduite à manger du gland , et ne réussissait pas toujours à se procu* rer à prix d'or cette misérable pâture. Les filles nobles n'avaient plus qu'à choisir entre Fignominie et la mort. Les religieuses des ordres les plus austères étaient à la veille de rompre leur clôture pour aller chercher du pain au péril de leur honneur et au scandale de l'Église. On vit des mères, en proie à une rage causée par la faim, dé^ vorer leurs propres enfans, et, chose inouïe jusque-là, des enfans dévorer leurs mères. Autour des villes fortes , erraient , comme des spectres , des armées de pauvres qui tombaient et mouraient d'inanition, sans qu'on y prit garde; enfin, pour combler la mesure de tant d'infortunes, les loups affamés, eux aussi, pénétraient en troupes, pendant les nuits sombres , au cœur même des villes fortes, par les brèches que le canon avait faites aux murailles, et enlevaient les habitans que décimait déjà la peste.
Des missionnaires lazaristes, qui revenaient de la frontière, dirent ces lamentables choses à Vincent-de-Paul, dont les entrailles s'émurent de pitié pour cette terre désolée. Us ne sont pas Français, dit -il , et leur duc combat contre nous; mais
t]u'importe ! ils sont hommes, ils sont catholiques, et ils soutfrent : c'est plus de titres qu'il n'en faut pour avoir droit aux sympathies de tout bon chrétien. Mais où prendre les sommes immenses qu'il faudra pour les secourir?.... Notre Seigneur y mettra la main, ainsi qu'il le fait toujours quand il nous engage dans des entreprises qui excédent nos forces. 11 est vrai que nous n'avons guère d'or et d'argent, et qu'il faudra des millions peut* être... Eh bien! Dieu y suppléera. Les trésors de la divine Providence sont inépuisables , et notre défiance la déshonorerait.
Saint Vincent n'entreprenait rien sans réflexion, mais une fois qu'il croyait avoir Dieu pour lui, il s'engageait , sans hésiter, dans les entreprises les plus difficiles , et il s'y portait même avec d'autant plus d'ardeur, qu'il les voyait environnées de plus puissans obstacles et exposées à de plus grands travaux. Le fondement de sa confiance était cette belle maxime qu'il avait souvent à la bouche et encore plus au cœur : Que la divine Providence ne manque jamais pour les choses qu'on entreprend par ses ordres. Il espéra donc de la bonté de Dieu le succès presque inespérable de la sainte œuvre qu'il méditait , et s'occupa de la mener à bien.
A cet effet, il eut recours à la reine, Anne d'Autriche, à la duchesse d'Aiguillon, et aux dames de son assemblée. Il réchauffa par ses dis-
oours brâlans , par ses adjurations énergiques, et
même par ses lannes , une charité qui s'était d^a* bord montrée tiède pour les Lorrains; car la France qui avait alors cinq armées sur pied , subissait aussi les malheurs de Tétat de guerre, et il semblait assez naturel de songer aux siens de préférence aux étrangers. Mais qui pouvait résister à rhomme évangélique qui plairlait la cause des Lorrains ? La pieuse Anne d'Autriche fit la première aumône , et la fit en reine; la duchesse d'Aiguillon ne fit pas attendre non plus ses sacs d'or; les dames de l'assemblée se piquèrent d'une émulation généreuse , et Vincent-de-Paul ne se borna pas à exhorter les autres : il ramassa pour cette bonne œuvre tout l'argent qui se trouvait alors disponible dans sa maison, retrancha quelques plats de sa propre table, et se mit au pain noir avec sa communauté afin de faire face à la dépense extraordinaire qu'il prévoyait devoir être longue , et qui dura en effet dix ans.
A notre époque où tout s'amoindrit, on trouvera presque fabuleuses les charités de la cour de Louis XIII, et de Vincent-de-Paul; ces charités s'élevèrent, pour la Lorraine seule, à plus de seize cent mille livres. Un seul frère de la Mission fit, pour ce sujet, cinquante-trois voyages en Lorraine, et il porta chaque fois, tant en espèces qu'en lettres de change , vingt , vingt-cinq et trente mille livres. Et ce qui fait clairement connaître que la main de Dieu dirigeait cette œuvre, c'est qu ayant fait la plupart de ces voyages au
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milieu des années amies et ennemies , il ne fut jamais arrêté ni pillé par les troupes , et qu'il ar* riva toujours heiu^usement aux lieux où il allait. Certes f si la Lorraine doit des autels et des statues à un saint habitant du ciel, c*est bien à saint Vincent*de-Paul.
Dès ce temps-là, les magistrats de ce peuple infortuné ne faillirent point à la reconnaissance; ils offrirent à leur protecteur de publiques actions de grâces, et le duc Charles lui-même, lorsque le Saint-Siège s'occupait de la béatification du saint, écrivit au pape que dans le temps où ses États étaient dévastés par la guerre, la peste et la famine, ce grand serviteur de Dieu en avait été le sauveur et le père.
Et ce ne fut pas seulement dans leur malheureux pays que les Lorrains éprouvèrent la charité de Vincent-de-Paul. La main de Dieu continuant de s'appesantir sur cette terre afQigée, et la guerre s'y rallumant avec une nouvelle fureur, on vit une grande partie de la population du duché se glisser par bandes à travers les armées ennemies et se diriger vers le même point : femmes, enfans, vieillards, prolétaires et gentilshommes, tous couverts de haillons et hâves de faim, traversaient en hâte la frontière et se dirigeaient vers Paris, où, une fois arrivés, ils ne savaient plus qu'un mot : Saint-Lazare! Cette désertion fut si nombreuse, qu'au dire de don Calmet , historien de la Lorraine , un siècle entier ne suffit pas pour
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til réparer la perte. Tout autre que VineentHftc- Pttul èôt été effrayé dé voir tbùt un peuple se ré* fiigiër âidsi dans son sein; lui^ sané s'épouTUBtér du nomlnre de ces ëmighins^ les fit loger dans soi) voisinage ^ leiir procura du pain^ du traTail, des vétemens , de sorte que ces malheureux purent attendre avec quelque pAtieaee.la fin des misères de leur patrie;
Parmi ces i^éfugiés lorrains il se trouvait dés gentilshommes et des femftnes dobleii qui ste soutihrent quelque temps, sans rien demander, à Taide des misérables débris de leur ancienne opulence: lorsque cette ressource fut épuisée^ ils s'enveloppèrent fièrement dans leur pauvreté , comme le mendiant espagnol dans les haillons de son manteau , et résolurent de mourir plutôt que de tendre la main. Un seigneur français ayant eu connaissance de ce besoin pressant ^ en vint parler au supérieur de Saint-Lazare et lui communiqua la pensée qu il avait d'y porter remède. « Oh ! monsieur, s'écria Vincent-de-Paul, oubliant Tépuisementde ses finances dans son désir de soulager une infortune si bien supportée , oh ! monsieur, que vous me faites de plaisir! Oui, il est juste de soulager cette pauvre noblesse pour honorer Notre-Seigncur qui était, lui aussi, très noble et très pauvre. »
Ensuite, apnt recommandé cette affaire à Dieu, comme d'habitude , il prit trois résolutions : la première, de ne pas toucher aux aumônes qai
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df naiaRt élre incessamment portées en Lorraine) 0{\ çUe^ étaient indispensables à des milliers de malheureux ; la seconde , de ne point mettre cette liQuyelle charge sur le compte des dames de san a§semblée, qui avaient déjà besoin de toute leur y^nxx pour continuer ce qu elles avaient si gêné*reusemepi commencé; la troisième, de former upe iissQçj^tion de gentilshoi^mes lançais , qui fen^issput k des; ^omm^9 de l^ur caste , les f ervU ce§ qa'iU eiis$ént voulu recevoir d^eux en pareille re^Goptrp.
l\ s'Qvivri^ de ce dessein à quelqiies seigneurs ^p sa copnaissanc(3 , et il ei| t^Quva sept ou huit tpiit di^ppsés ^ sefsQpder $on ;^èle. Le b^on de Befiti , p|Qf*t en pdeur d^ s^iptelé , fut un des plus afdens ^ se mettre h Tcpuvre et s^ chargea de découvrir ces nqbl^s misères , qui se dérobaient à ]% pHié 4is bpipiD^^. Sur son rapport, lesmem*l^fe^ do 1^ npuyellp c^sisociafion se cotisèrent, et fournirent pe qu'il fallait pour faire subsister, paftr dant i^fi ¥ppis, l@s réfugié^ de la pauvre noblesse Ip^raine. 4vi bçi^l iP ee t^er^i^ , ils se réunirent à Sm\4^^f9i W \k tfo^ioRt leurs §éj»|ices, et pçillïf Hr§pt auj ?iéce§sitf § dw mm wiTWtt S^int Yinpent sm Sii bien ménager leurs esprit^ et entrer tenir l^i|f? ^deur pour Cjette bopne cpqvr^ que , de n^pi§ §^ mQi§ , iflle ^e continu^ taçit que les gentil§]^op)p)e^ réfugias demeurèreiit an France , et plus long-temps eijcpre.
Cette ^uvrf de charité env^ri» la noblesse lor*
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raine réfogîée^ sdi>sista enTÛron huit ans. On Tac* compagna de tous les ^[ards que des hommes bien nés ont le droit d'attendre les uns des autres» lors même que la détresse abaisse les rangs et fait cacher les vieux blasons. Pénéarésde respect pour leurs malheureux protégés, les seigneurs de l'association ne se contentèrent pas de fournir régulièrement chaque mois, à ces pauvres gentilshommes, de quoi subsister, ils leur firent de temps en temps des visites d'amitié , leur porterait des paroles d'espérance , d'encouragement ,. de consolation ; s'employèrent de bonne grâce dans leurs af&ires, et leur rendirent enfin tous les services qui dépendaient d'eux. De son côté , Yincent-de- Paul n'échauffait pas moins le cœur de ces messieurs par ses exemples que par ses discours; car il n'était pas de ces hommes qui n ont que la théorie de la charité , et qui laissent [pratiquer aux autres les vertus qu'ils prêchent. Un des membres les plus distingués de cette association en a rendu un témoignage conçu en ces termes:
« M. Vincent était toujours le premier à donner, « il ouvtait son cœur et sa bourse, de sorte que « quand il manquait quelque chose , il contribuait m tout du sien, et se privait des choses qui lui « étaient nécessaires, afin d'achever l'œuvre corna mencée. Une fois même que pour parfaire une n somme considérable, il était besoin de trois « cents livres, il les donna aussitôt; et l'on sut ff que c'était des deniers qu'une personne chari-
« table lui avait donnés, pour avoir un autre « cheval meilleur que le sien, qui était diverses « fois tombé sous lui de faiblesse, étant 'extrême* « ment vieux. Mais il aima mieux se mettre en « péril d'être blessé, que de laisser des person- « nés qu'il croyait dans le besoin, sans les as* « sister. »
U arriva une autre fois, qu'après qi^e toute rassemblée se fut cotisée , il s'en fallut d'environ deux cents livres que la somme nécessaire à la subsistance des gentilshommes réfugiés fût complète; saint Vincent fit appeler le prêtre qui était procureur de la maison de Saint-Lazare , et l'ayant tiré à l'écart , il lui demanda tout bas avec anxiété , combien d'argent il avait entre les mains. Tout juste ce qu'il faut pour foire vivre demain notre nombreuse communauté , répondit le procureur, et pas une obole au-delà. Mais enfin, dit le supérieur en insistant, combien y a-t-il?... — Cinquante écus , répondit l'autre. — Cinquante écus ! répéta Vincentnde-Paul avec tristesse... Est-ce qu'il n'y a réellement dans notre maison que cinquante écus? — D n'y a pas autre chose , je vous l'assure , répondit le prêtre. — Eh bien, ajouta très bas le supérieur-général, allez les chercher. Le pauvre procureur leva siu* saint Vincent un regard étonné, joignit les mains et obéit en. silence. La petite somme fut ajoutée à la contribution volontaire des seigneurs ; mais l'un d'eux , qui avait entendu quelque chose de Y aparté, et deviné le reste.
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ayant commuBiqué aux autres ce trait cluaritabl«, ils ^n furent si touchés , €fai\s euvoyè^eiat le leudeiu^U ma^iu, spus le voile de Taupayiae, uue aumpne de mille francs à la maison d^ Saint* (««are. Enfin les troubles de la liorvaine s'apais^en( » et la plupart des réfugia nobles s'en retournèrent dans leur patrie. Vincent-de-Paul ne ]^ laissa pas partir les mains yides ; non seulement il les défraya pendant leur voyage , mais il leur ^umit encore de quoi subsister pendant quelque t^n^ps , après leur retour au pays natal* A Tégiurdl de ceux que la perte totale de leurs biens, Q^i l<3urs affe^res domestiques retpnai^nl k Paris , il cpnûnua toujours de les assister.
Qe^ secours à h pauvre npbl^$se Iprrain^ duraient encore 9 lorsque 4 Wrps gen|ilsboinme|S ^traRS^^i 9Vii ft« l^ cédaient au:| )Lioq!ain§ ni Qp liaUsanc^ , ni pn infpf tune , vinrent dçmapd^ii ^ î§ Fr^RPP , dont VhpspiîaJité générffusf! ^\ J^mm §té funeste à pfiy^onne , \l^ ^bp contre }^s t^ç^pétes pplitiqu<B§ qui inçn^çaient Ipurs yiçs, Ipur croyaupç et J^pr libpft^ î c'étfti^nt dP^ Iqrds ?nr glais , d^n^eurés fidèles ^ la religion de leurs pères» des lairds d'Époçse et des pbi^ftains dp la yfsrte {rlandpj qiû préféraient Fexil à Ffipqstasie, et ^Q^t quelques uns fuyaient de devant la fape de Gromwell qui vendait, après ses yiclpifes, ]^9 pwpnfiiers dçla haute aristocratie anglaise ^uii^ plaptevifs d'4iuériqvie ponime des nègre^, donnant à meilleur marché les catholiques que les autres. Onré$o}i)t,
D£ SAINT VlINC^fiT-D£-PAUL. ^5g
d^n^ 1^ F^uniop des seigneurs assçmblé^ soiis |f pfîésidence de Vipcent-de-Paul, de fair^ pour 1$| noblesse apgjaise ce qu pp avait fait pour la 119bl^sse Iqrrainf . f^e pieux b^on de Renti se ç^r gf|a d^ |a dist|?ibu|;iop des ^^moi^es. il les perliiît tpus lesffloisàpj^4, s^vil pourlVdm^e, elftlff quartiers les plqs ié)oignés. La fnprt qui g^I^vt ce djgqe seigneur à 1^ fleur de sqn âge, p^vg l'association de ses largesses et de ses sqi^f §|i mpinent où ils lui étaient le plus nécessaires; i^^r il niQurut ]^ mêipe îinnée que Char|e§ I", §tj à cette éPQqvie , la teq'jble persé^iiop qvii éçlf^ ^p Irlsipdç pontre }^s prêtres çatbpliques , 49i|( If ^ t^te$. étaipTit ipises à prix çoninie çi^l|e§ 4s^ Içups , pn fit f eflluer ^n fv^^cç un gran4 QOfijhr^ , qi|j se virent s^ns ressource e|: saqs p^in i 4^M§ \iï\ pays 4p^^ il^ igRPr^i^i^t cpmpMte||)pi|t 1^ la^gu^. S^int Viïjp^i^t se chargea 4p ppufvpir fsggQjîf ^Vl^ ll^soips de ce^ nov^vppux r^fugjé^ , qg^\ ^6r taiçnt pa^ moii^s k P^mivf^ gWP Tes §fi|tr^§, f)t 4puï quelques ui^s ^vaie^^t iQflg^t^mps err# ip payern^ eq p^y^rne et d^ parais en m^r^is , gva^f d'abandonner {purs piiaiUes pppfimées, (afî4ilF que les ^ica||*es de Crpmwell, al{éches p^r l'pf qvie chaque çapt^^e leur valait, le^ ^raqu^iieiOft comme 4^s bé^ps feqvps. Ces prêtres exilé§ yior irent s'abriter sous Taile. protectrice dç cpl^i ^p^ était le père des pauvres et le fecours des piajr beufeux; et ce secpurs qu'ils iiTiplqr^ient ue }^i|f fij pas faute. I^e supçfieur de SaiRt-J^n^fc çs^Uf
toutes les personnes de sa connaissance à les assister, et lui-même leur fit une large part des aumônes de sa maison. Enfin il en envoya bon nombre , bien recommandés ^ dans diverses provinces de France, où il les adressait à des pe^ sonnes charitables , qui les faisaient entrer dans les séminaires, et il leur donnait, en partant, une somme suffisante pour les défirayer pendant leur voyage.
Comme ceux qui avaient voulu demeurer à Paris, passaient leur temps à ne rien faire , saint Vincent redoutant pour eux les suites, toujours à craindre, de Toisiveté, pria un prêtre de sa congrégation, qui était leur compatriote, de les porter à se réunir certains jours de la semaine, afin qu'ils pussent traiter ensemble des choses qu'ils devaient savoir et pratiquer, pour vivre ecclésiastiquement. « Nous pourrons , dit-il, trouver un moyen plus efficace encore de les assister quand ils s'assembleront de la sorte ,'parce qu'on les verra en disposition de se rendre utiles et de se montrer exemplaires. — Monsieur , répondit le Lazariste irlandais en secouantla tète, j'ai grand'peur d'échouer ; vous savez que , par votre ordre, ces assemblées ont été commencées et même continuées pendant quelque temps , mais que ces esprits difficiles et divisés entre eux , ainsi que le sont les provinces de leur pays , sont entrés en défiance et en jalousie les uns des autres; qu'ils se sont même méfiés de vous , monsieur» qui leur
avez &ît tant de bien; qu*ils s'en sont plaints , et
qu'ils ont été assez inconsid^érés pour vous dire à
vous-même et vous foire écrire de Rome, de
ne vous plus mêler , en aucune façon , de leurs
personnes, ni de leurs affoires. Or il semble,
monsieur, que leur ingratitude mérite que vous
ne leur fassiez plus aucun bien. O monsieur , que
dites-vous, répondit saint Viùcent-de-Paul, c'est
justement pour cela qu'il le faut faire ! » Il passa
des paroles aux effets, et continua, tant que dura
sa vie, à les assister de tout son pouvoir.
Cependant saint Vincent voyait de trop près les maux affreux que la guerre tratne à sa suite , pour n'en être pas afBigé jusqu'au fond du cœur ; les sacrilèges dont les hérétiques se rendaient coupables en pillant les lieux les plus saints , la désolation des provinces , et cette multitude de peuple, réduite à la plus complète indigence, qui pleurait devant Dieu contre ses ennemis et même contre ses alliés, qui souvent ne valaient pas mieux , lui inspirèrent le désir d'aller demander un peu de relâche à celui qui fidsait réellement , dans le royaume de saint Louis, la paix et la guerre. Plein de cette idée , il se rendit un jour résolument à ce Palais-Cardinal que gardait un piquet de soldats d'élite que Louis XIII avait donnés , et non sans cause, à Richeheu pour gardes du corps ( i ) , f ut admis par le gentilhomme
(i) Richelieu , qui d^diia de tes mains Tigoureiues Tarbre de l« féodalité, et qui rédnisit les seigneurs à être les sojett et non les ëgaus
qui sivait lia charge de renvoyer les importuns (i) et pénétra dans le cabinet où le cardinal , pâle et malade, travaillait, aux dépens de sa vie, à mettre la France à la tête du monde chrétien. Il eatimait fort saint Yincent-de-Paul et lui fit uq signe de tête bienveillant lorsqu'il le vit entrer. Ils étaient seuls; le saint, malgré l'invitation du inini^tre , resta debout , et après lui avoir chaleu* reus^ment, mais respectuf^usement, exposé le| SQ^ffra^çes du pauvre pei^ple, et tous les désoF^ dres causée pair la guerre , il se jeta à ses pieds ^t lui dil avec cet accent pénétrant et jus|e qui part du çcpur , et qui se ffiit toujours écouter : n^ons^igneur, ayez pitié de nous , donnez la paix à la France ! Richelieu avait l'àme noble et haute,
^1^ monarque, qm^qaa pluiieurs fois d'être assasiiné et du^t preodcf de^ précautions extraordinaires pour s'çq gari^ptif:. <{ ^e roy oui If m voit mal voulu de tous ceux qi^i aiment le désordre, dit Malherbe , « a désiré qu'il ait des soldats pour le garder. G*est chose que tout «I a^tce ^ût deipaocjée ayçc pasfion, et n^anti^oips vous qe tçaurief •I croire la neine qu'il a eue à y condescendre. Vï\ç spule raison l'y ^
• oblige ; il avait tout plein de parens qui, pour le soin qu'ils avaiept « ^e sa consentatioQ , ne le voulaient jamais abandonner. Cette as»* «, duifé nç |p\Q^Y^^ c^ntin^e^ saps ^^^^ ^eprs ^flfaiffg ^ofu^ft^qu^ «p « fussent incommodées; il (evr a paf ce moyen ost^ Iç pr^içxtç, |t N leur a fait trouver bon qu'ils se retirassent en leurs maisons. Quoy 9 que G*en soit, s'il n'a été asses hardi pour contredire en cela tout h « fait à la volppfé du rqy, il a çff^ assez gépérf^Hf poi^r n'y coosepiir
• qu'à la condition d'entretenir ces soldats à ses dépens. ■ f Lettre i8*.) (i) • Sa Majesté, au soin qu'elle a eu de le(Richeheu) délivrer des
n mi^^V» > dit eqcQve Mi^lherb^ , a s^Qnti çelpi de la délivrer des ini- « portuns, et pour cet effet a mis auprès de loy un gentilhomme « 9vee «barge «presse de indifféremment faire fisrmçr la porte ^ cf uz « qui pftur Wars affaires le viendront persécuter. » (Même lettre.)
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il fut toupbé et le. laissa yoir« « Cette paix , s'écriat-il^bl^hceraui^,j'y travaille', tiiàîs elle tteclépend pas de moi seul , il y a des factieux au dedans et des ennemis au dehors , qui ne la veulent pas. » Et puis, Armand de Richelieu, regardant le supérieur de Saint-Lazare s^vec un fin sourire, ajouta: « Ce repos que vous demandez si instamment pour les autres , quand vous Faccorderez-vous à vous-même , monsieur Vibc^tit? » Lte saint secoua doucement la tête : a Monseigneur, dit-il, le temps de se reposer ne vient jamais pour nous autres missionnaires, parée <|iie le temps de la moisson dure toujours. •
 quelque temps de là, le 4 décembre 1642, le chœur de la chapelle de Saint-Lazare était drapé de noir et Vincent*de-Paul , sincèrement affligé, priait avec les siens pour Tàme d'Armand du Plessis) cardinal et duc de Richelieu. Le grand ministre était allé au lieu âÊ repos étemel. Quatrevingts ans après, le czar Pierre de Russie^ pensive ment arrêté en face de sa tombe, s'écriait : n Ah ! Richelieu, que n es-tu encore au nombre de^ vivans ! je te donnerais la moitié de mon vaste empire pour m apprendre à gouverner l'autre. *
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