‹ Histoire de S. Vincent-de-PaulChapitre 34 sur 51 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Saint Vinoent-dcoPanl ta conicU de régence.

Louis XIO avait laissé en mourant la régence du royaume à la reine Anne d'Autriche. Cette pieuse princesse jugea d'abord qu'entre toutes les af» faires qui accompagnaient sa régence , celles qui concernaient la religion de l'État n'étaient pas les moins dignes de ses soins; aussi établit-elle, pour les af&ires ecclésiastiques, un conseil composé de quatre personnes , savoir : le cardinal Mazarin qui occupait alors la grande place de Richelieu, le chancelier Ségtiier, M. Charton, pénitencier de Notre-Dame , et Vincent-de-Paul. Ce ne fat pas sans alarme et sans répugnance que saint Vincent , quoique disposé de Cœur à contribuer autant qu il était en lui au bien de FÉtat, se vit élevé à ce poste; il fit toutes les instances imagina-

bles pour se dérober aux honneurs qu'on lui destinuit et n^en parut, par celaméme, quaplua diga^. La régente, qui connaissait sa vertu, sa droiture et sa capacité, exigea qu'il acceptât cette charge, et le saint se soumit par pure déférence, en demandant chaque jour à Dieu qu il le délivrât de ce lourd fardeau. Ses vœux à cet égard étaient si sincères, que s' étant une fois retiré de Paris pendant quelques jours , et le bruit s*ét^qt répandu qu'il était disgraeié , comme un de ses amis, accouru des premiers lors de son retour, lui présentait ses félicitations sur ce que oe bruit s'était trouvé faux , le saint lui répondit en levant les yeux au ciel et en se frappant la poitrine : m Ah ! misérable que je suis , je ne suis pas digne de cette grâce ! »

Qiçu vQulut qu il demeurât d^^^ ^^s^ dau^ cet emploi qui }ui était très pénible , pfqn^e qu Q![| lui reuYQyait la plupart des affaires qiVoi^ çl^Wl traiter ensuite dans le CQftçeil, ^.^ yeinp Vf^Y^t particulièrement chargé d(s recevoir le^ plfl^ts qu qn présentait au roi ppur ohteuir 4qs feépér Qcçs ; il devait prendre cqnn^is^an(^^ des raisons fqt d^s qualités dç ceux qui le^ sQUiçitaipud Pt en faire ensuite son rapport, c C'était une cho^e admirable, ditAbeUy, de voir ce grand serviteur 4# Dieu conserver we constante égaUté 4*e§pri| au milieu d'un flux et reflux de per^opue^ , et posséder son âme d^ns une profonde p^iic p^n^i les distnictipus et les in^portunités» continuelles. II recevait avec la même ^ff^bilité les pe|;it^ et les

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g}!$inc|s, les pauvres e^ les riches; ^t, f^n^ sqitir de SQJ'^^éme , il se cloquait ^ chacun et se faisait fout à tous pour les gagner tous à Jésus-Çhrist* t XjP cardinal Alaz^rii), qui avail; çl§ }'ha})ilet(P san^ grandeur et qui aimait le tortu^)ix dai^s ]a politique , s'fiperçui; bientôt qu'il n'aurait ppis pp saint Vincent une créature ^veugl^ipçnt dévpii^a. Richelieu av^it estiipé 1^ saipt prêtre pour sa justice, son intégrité, sa droiture d'iptentioi) , parce que Ipi-piépie avait Tàme noble \ mais JhUp Maz^arini) parvenir de basse naissance, qui faisait de 1^ corruption un mqyen gouvQrn§)ne|i(aI, qui pi'enait dp |:QU|:es main^ pour ^ei^plir ses' cpfr fres(i), qui sepioqù^itde Topi^iqu pt qui érigeait lastuce et le n^e^songe en yertus politiques , piivisageait les bon^n^es et le^ Pbp^eç ^ un poiiit dp yue différent. Aussi prit-il Viapept-de-P^ul ep ^Utip^^bie , et quoiqu'il gardât ce sentiuiçnt c^chp dans ^Qu cœur dpublp et faui^ , cpuunp UQ feu couvert , il pu étincelait de fois k Wffe quelqup chose. Tantôt sp lupquant de VaTUpur du s^iut pour la pauvreté, il faisait remarquer en riaut^ ^[ux autres membres du coqsei] , quP l'babi| dp Ipur confrère dp Ss^int-Lazare était rapiécé pu que s% ceiuture était (lécbirée; tçintôt il l'appelait avpp bun^pur un homme toi^t ci' une pièce et qu'ou np pouy^it manier î quelquefois il obtenait de \d^ reine un bénéfice pour quelque protégé de distinction,

(0 La fortune de H^z^rin «'élevait k sa ynort ^ plus df So i||îl|i«m.

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et écrivait à saint Vincent une lettre, équivalente à un ordre , pour qu il eût à trouver les qualités requises dans le futur bénéficiaire ; mais tout cela ne faisait que glisser sur Tàme ferme de Vincentde-Paul, et le ministre eut plus d'une fois' la mortification d^échouer dans ses tentatives. Un jour, il lui écrivit la lettre suivante :

• Monsieur, ces lignes sont pour vous dire que M. N. ayant dépêché ici pour demander à la reine Tévéché de N. qui est venu à vaquer depuis quelques jours , pour monsieur son fils , elle lui a accordé d'autant plus volontiers qu^il a fes qualités requises pour en être pourvu, et que S. M. a été bien aise de rencontrer une occasion si favorable de reconnaître les services du père en la personne de son fils. La reine m'a promis de vous en écrire elle*méme , et je l'ai voulu faire par avance , afin que vous preniez la peine de le' voir, et que vous lui donniez les instructions et les lumières que vous jugerez lui être nécessaires pour se bien acquitter de ses fonctions. >

Cette lettre jeta saint Vincent dans un étrange embarras. D'une part , il voyait que la reine avait donné les mains à cette promotion par un motif noble et beau, puisqu'il était puisé dans la reconnaissance , et qile Mazarin l'appuyait de tout son crédit ; de l'autre, il avait la conviction intime que la personne dont on lui imposait le choix n'était ni digne, ni capable' d'être promue aux

fonctions sacrées de Fépiscopat. Que faire alors ? Transiger avec sa conscience pour plaire à la reine et à son ministre ou résister à la volonté de la régente et du cardinal, se mettre mal dans leur esprit et s'ôter le pouvoir d'être utile à l'Église ? Vincent-de-Paul , après avoir mûrement réfléchi, prit un moyen terme, il alla trouver le père du jeune homme qui avait sollicité Tévéché. c N'exposez pas votre fils aux tristes conséquences d'une indigne promotion, luidit-U. > Le père hésita quelque temps ; mais enfin, comme c'était un homme de conscience, il se désista d'une demande presque accordée , à la grande surprise de la reine et du cardinal.

Cette fermeté d'àme valait quelquefois au saint supérieur des missionnaires des scènes orageuses suivies d'inimitiés puissantes, et il pouvait se vanter, conune l'Apôtre, de souffrir souvent per» sécution pour la justice.

Un jour, un des plus grands seigneurs du royaume ayant demandé au roi un bénéfice pour une personne qui n'en était pas capable, ne le put obtenir, parce que saint Vincent s'y opposa énergiquement dans le conseil.* Quelque temps après,comme il entrait au Louvre, ce seigneur, qui le guettait au passage,le traita publiquement avec une insolence, un ressentiment et une hauteur, qui révoltèrent toutes les personnes présentes. Cet incident étant arrivé aux oreilles de la reine, l'insolent gentilhomme reçut Tordre formel de

UiSTOIME

quitter ]a cour. Vincent-do-Paul l'ayant appn^. courut aussitôt chez la reine et la supplia de la manière la plus humble et la plus pressante de revenir sur sa décision. Anne d'Autriche refusa . d'ahord ; mais le saint ayant protesté qu'il ne mettrait plus le pied au conseil que ce seigneur lie fut gracié, la reine céda en admirant sa vertu.

Une autre fois ayant indisposé , pour le même motif 9 une famille puissante, elle s'en vengea en forgeaut contre lui une calomnie des plus noires « qu'on eut le soin perfide d'entourer de ciroonstan-! ces fort piquantes et fort singulières, afin qu'elle se débitât mieux à la cour. Ces propos odieux arrivèrent jusqu'à la reine , qui avait trop de ju^ gement pour adopter cette fausse maxime : Qu'il liy a pas de feu sans fumée y chose que l'expé? rience démeut tous les jours. Elle ne crut dono pus un inot de ces mauvais bruits, et, dès qu'dle vit Vincent-de-Paul , elle lui demanda en râani s'il savait bien ce qu'on disait dejui. Moi, non. Madame, répondit le saint; de quoi m'accuse?

t*on? Mais d'une chose énorme, reprit Anne d'Autriche en riant toujours. Tenes, M. Vincent^ Yoici le fait, qu'avez-vous à répondre? — Que je suis un grand pécheur , Madame , voilà tout. -^^ Mais il faut vous justifier, afin de confondre ces prêchantes gens qui vous veulent tant de mail -T-Ou en a dit bien d'autres contre Notre-Sei-i gneur, et il ne s'est pas justifié. Madame !

De louies ces scènes , la plus désagréable fut

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^lle que lui fit M. Adriien le Bon, encieti prieur de Saint-Lazare , à propos d'une abbesse de très baut • rang , qui avait été enfermée , hou sanè cause, par ordre de la reine et sur Tavis de saint Vincent. M. le Bon ^ qui se voyait traité à Saint-^ Laeare avec beaucoup de respect et de défénàhcé par Vincent-de-Paul ^ se fit fort d'obtenir de lui le prompt élargissement de cette dame^ à la-^ quelle il avait des obligations. Il fut folt ëtOUkié^ lorsque celui-ci résista d'une manière douce et polie, mais très ferme. Le prieur, irrité d'un ré-^ fus qu'il trouva blessant , passa des soUicitâtioné aut reproches , et s'écria d'un ton fort aigre i « Est-ce ainsi que vous me récompensez de Voué avoir donné ma maison à vous et aux vôtres? ti ft 11 est vrai , monsieur, répondit humblement le saint , que vous nous avez comblés de biens ël d'honneurs , et que vous aveé été pour nous conune un père ; mais ayez pour agréable de ré^ prendre tout ce que vous nous avez donné, puis^ que vous ne nous en ju^ez plus dignes. » M. lé Bon se retira fort mécontent pour deux raisons : le. refus d'abord, qu'il ne savait comment rapporter à l'abbesse après avoir garanti le succès , et ensuite le silence rigoureux que s'était imposé saint Vincent-de-Paul sur lés motifs d'une punition méritée; car il était trop homme de vertu pour déshonorer ceux-là mêmes qu'il se croyait oMigé de punir, et jamais on ne l'entendit mé^ dire de personne. Peu de jours après > le prieur

mieux instruit sur le compte de sa protégée , fit ses excuses à saint Vincent-de^Paul en lui donnant toute raison.

Il faisait un juste mélange de la force et de la douceur, et jamais homme ne céda moins aux sollicitations injustes, tout en gardant les bienséances les plus exactes , même avec les fâcheux les plus obstinés. Une personne de condition rimportuna pendant quatre ans , avec toutes les instances imaginables , pour obtenir de lui une chose qu'il ne croyait pas pouvoir équitablement accorder, et chaque fois que cette personne vint le voir pour ce sujet , il la reçut avec douceur et politesse, sans pourtant rien relâcher du refus qu'il avait fait dés le commencement.

Comme il marchait droit devant Dieu , et ne prétendait autre chose que de lui plaire , il ne faut pas s'étonner s'il allait droit avec les hommes, et s'il évitait soigneusement les détours et les ar-* tifices dont le cardinal Mazarin , président du conseil des affaires ecclésiastiques , ne se faisait pas faute , lui. La seule ombre du mensonge lui faisait peur, et quoique devenu homme d'état , et même en quelque sorte homme de cour, il méprisait les paroles à double sens , les équivo* ques, et tout ce qui compose la fausse monnaie de la diplomatie. Il parlait nettement, rondement, et n'employait, dans ses discours ni déguisement, ni flatterie, ni artifice ; aussi jamais ne le surprit* on à payer de belles paroles ceux cfu'il ne pou-

vait contenter en effet. Il parlait dans le conseil avec la même franchise : ni crainte, ni respect ne pouvaient lui faire taire ce qu'il se croyait en conscience obligé de dire. Il savait bien quelquefois que ses avis et ses remontrances n'empêcheraient pas de passer outre , et qu'il n'en remporterait autre chose que la haine de ceux auxquels il s'opposait ; mais il s'en inquiétait peu, pourvu qu'il eût la conviction de s'être acquitté de son devoir en fonctionnaire intégre , et en bon chrétien.

Quand les brigues étaient fortes et que mes« sieurs du conseil se trouvaient embarrassés par les intrigues des solliciteurs ou de ceux qui les appuyaient, il opposait à ces sourdes machinations la simplicité toute nue , sans vouloir employer, contre ces artifices, d'autres armes que la franchise et la vérité. Dieu bénissait tellement ce procédé, que bien souvent ir empêchait le succès d'affaires fâcheuses qu'on tenait déjà pour faites, tant elles étaient avancé.es; et quand elles étaient rompues , il ne refusait point la commission très peu enviée, de déclarer aux prétendans la résolution du conseil , sans rejeter la faute sur ses collègues, pour s'excuser et pour se soustraire au, ressentiment des solliciteurs éconduits.

S'il acceptait les haines que sa justice avait soulevées , il ne voulait point des éloges qui ne lui appartenaient pas. Il se trouvait quelquefois des personnes qui venaient le remercier de quel-

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^ue feTeul* de la reine , qu'elles trô^iétit ûvomir obtenue par son crédit , quoiqu'en effet il se fft^ opposé à leurs prétention». Sa sincérité lié lîii permettait pas de les laisser dans cette térireù^ ift^ nocente ; il les détrompait et leur disait fralàdié-^ ment toute la vérité.

Depuis François V\ 1^^ évéchés « les àbbayt§ê , les prieurés, étaient souvent donnés à des geiH tilshommes laïques, à des militaires^ et ménàe A des femmes de la cour(t)) et ce n'était pas chose extraordinaire que de voir un religieux de province mettre naïvement , sur l'adresse de sa tettre : A Monsieur mon abbé , le capitaine , bU 1« colonel N., ce qui faisait beaucoup rire les eoor^ tisansu Ces seigneurs patrons des églises , qui jouissaient des revenus ecclésiastiques, et qui

! plaçaient , pour desservir les cures o\x gouvernée es abbayes, de malheureux prêtres, appelés tofi^ fideht^es ou chstodinôs, étaient de ceuîc qu'A«belly désigne plaisamment sous le titre A'écufHisHH de biens d'Égtùey et que le satirique Goinrval côkn*pàrait à des pirates auxquels les paut^s prét!^ mercenaires servaient de forçats (2). Ces àbUs, qui s'étaient continués sous Louis XIII, qûoiqu^ft ce religieux monarque en gémtt , appelèrent d'abord l'attention de Vincent-de-Pàul, et une dés

(i) Louis XHI donna à la veuve du duc de Loitaine l'abba^ et Saim-Geitnain-des-Prés. (Gallia Chrisiiana» t. VU.)

(1) VoyeisraDti-Jérosilie, on contre les sacrilèges de la Âobleste USxfkt^ tâtyi« laiitur Goiirvà)-6«feÉi«$ i6nt.

preinièrea choses quil fit, en entrant sm conseil, ce fut de porter la reine, ainsi que ses collègues, à les faire cesser tout-à-fait, et à prendre! quelques résolutions touchant les qualités requise en ceux qui seraient nommés au:^ bénéÇces, ftfin de s'en servir, comme de règles certaines, cb^qq^ fois que loccasion se présenterait de les appli-* quçr. Majs comme c est peu de prendre de boiH n^s résolutions si on ne les observe , il mit Xq\ï% ses soins à ce que celles qui avaient été prises * fussent exactement gardées. Lorsqu'il voyait qu'oii s'en écartait , il se plaignait , avec une liberté rest pectueuse, de cç que }es considérations puremem humaines remportaient sur le bien du service de Dieu, et, quelquefois, après ces protestations, il tenait , avec la reine , un conseil secret , où l'Qfi défaillait, en quelques minutes^ un tissu d'intrigue^ quç }ç c«(rdinal avait ourdies de ses propres niains.» ce qui ne diminuait p$|s son antipathie ppur Vinççntrde-Paul-

C^tte justice que Mazarin lui refusait, d'smt¥#$ surent la lui rendre. Le Tellier, qui était ^n PP^ sitipu dç j^gei* scieinn^ent }es choses, djsf^it de lui : (c Que jamais homme n'avait eu le coup d'œil plu3 sur pqur discerner le vrai mérite, ni plus de oaurage pour exclure l'incapacité. » Fénelon écrir vait«à Clément XI f que si les conseils de Yiur cent-de-Paul arment été toujours suivis , on n'aur rait pas vu, dans Tépiscopat, certaines gens qui ne l'ont pas beaucoup édifîé, » Enfin , c'était eh

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comparant la prélature de cette époque à celle d'une époque bien différente, que le duc de Saint-Simon traitait si cavalièrement les évéques de la création de Dubois.

Ayant reconnu qu'entre les ecclésiastiques de la maison du roi et de la reine , il s*en trouvait plusieurs qui étaient déjà pourvus de bons bénéfices 9 et qui ne laissaient pas pour cela d'en demander et d'en poursuivre d'autres, en sorte * qu'il n'arrivait que trop fréquemment que les plus incapables avaient abondance de pensions et pluralité de bénéfices, tandis que ceux qui les méritaient davantage en étaient privés; pour remédier à ce désordre , il fit une liste de tous les aumôniers, confesseurs, chapelains, et autres officiers ecclésiastiques de la cour, marqua ceux qui étaient suffisamment pourvus, ceux qui ne l'étaient pas, et veilla soigneusement à ce que ceux qui avaient déjà des greniers trop pleins , ne vinssent pas glaner les quelques épis qu'on avait oubliés sous les pas des autres (i).

« n ressentait un extrême déplaisir, dit AbaUji

(i) Uant nn écrit qui panit loat le règne de Louis JUll» Fanietf pasiaot en rerne la plupart des professions, parle de ces coelénsstiqnes qui étaient comblés de bénéfices Undis qu'une multitude àe bons prêtres éuient presque réduitt k l'aumône. Il ajoute que lorsqu'on se plaignait li ces riches prêtres de la surabondance de leurs bénéfices et de ce qu'ils frustraient cens qui deraient en. posséder, iU rf pondaicot : C'est pour mon neveu; de là sans doute le mot nipotùme'

{La promenade du Pré mux Clercs , i69i>)

eti voyant Tardeur avec laquelle plusieurs désiraient aveuglément Tépiscopat , et taisaient tous leurs efforts pour se charger d'un fardeau qui, bien loin d'être à désirer, serait redoutable aux èsjNrits angéliqucs. Il ne pouvait pas même approuver qu'on fit la moindre avance pour entrer dans aucun bénéfice , mais surtout dans les pré-^ latureSydontTélévation est environnée de précipices, oiji Ton ne peut faire que des chutes déplorables , si Ton n'est appelé à cette dignité par une vocation divine. »

Il n'approuvait pas davantage qu'un prélat répudiât un évêché médiocre pour un meilleur, trouvant malséant qu'un évéque poursuivit un archevêché. C'est ce qu'il témoigna, d'une manière fort ingénieuse, à un évéque de ses amis, dont il était question, dans le conseil, pour une dignité plus haute. L'ayant rencontré dans la rue , il l'aborda d'un air enjoué , et lui dit avec intention : « Monseigneur, veuillez vous souvenir de la bague ! » A quoi le prélat , rougissant un peu de la recommandation, lui répondit en riant : «c Ah! M. Vincent, vous m'y prenez! » Un ecclésiastique, qui accompagnait Vincent-de-Paul, lui ayant demandé ce que signifiaient ces paroles , le supérieur de Saint-Lazare lui répondit : « Que ce prélat , qui lui témoignait beaucoup d'amitié , lui avait protesté vingt fois qu'il ne répudierait jamais son épouse , c'est-à-dire son église, pour une autre si belle et si riche quelle pût être,

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lui montrant en même temps Tanneau épiscopal qui brillait à sa main, et ajouij^nt les paroles du psalmiste : Oblivioni detur dextera mea, si tuui m^rninero tui. » Ah! j'y suis maintenant, dit le prêtre lazariste , qui se souvint alors qu'on parlait de nommer ce même prélat à un des plus riches archevêchés du royaume.

Pendant tout le temps que saint Vincent fit partie du conseil du roi , il rendit les plus grands services aux évéques et aux ordres religieux. Il n'attendait pas même qu on Fen priât , il préve» nait leurs démarches et recommandait de luimême leurs intérêts à la régente et au conseil. Il signala particulièrement son zèle lorsqu'ils eureat besoin de la protection du chancelier contre les hérétiques , et fit défendre les prêches dans les lieux où les protestans navaient pas la permission de les tenir; il arrêtait les envahissemens continuels des calvinistes, et fit renouveler les défenses contre les duels.

Quand on est à la source même des grâces , et qu'on distribue les faveurs , il se rencontre pre^ que toujours qu'on songe un peu plus à soi et aux siens qu'il n'est exactement équitable, et que, d'une manière ou d'une autre , on fait ses adirés en faisant celles de l'État. Vincent-de-Pau| , qui était la probité même, l'entendait d'une autre façon. « En ma qualité de secrétaire d'État, a écrit M- Le Tellier, j'ai été à portée d'avoir un grand commerce avec M. Vincent. 11 a plus fait

4e i^eiipes œ^vreQ en France , pour la reUgion et PQur VJÉlgUsç , que personne que j'aie connu ; mais j'ai particulièrement remarqua qu'au conseil de conscience , où il était le principal agent , il ne fut jamais question ni de ses intérêts, ni de ceux de sa congrégation, ni de ceux des maisons ecclésiastiques qu'il avait établies. Il employait son crédit en faveur de tous ceux qu'il en croyait dignes ; pour lui , il s'était retranché du catalogue de ceux qui pouvaient espérer des grâces. Ses parens les plus proches n'eurent rien de lui. On l'a souvent sollicité en faveur de ses neveux , il répondit toujours qu'il aimait mieux les voir bêcher la terre, que de les voir bénéficiers. »

On juge bien qu'un homme de cette trempe était inaccessible à la séduction. Souvent on fit briller des tas d'or à ses yeux, et l'on vit avec confusion qu'il n'en faisait pas plus de cas que de la boue. Un des principaux magistrats du royaume lui ayant fait faire un jour les offres les plus séduisantes pour qu'il fît donner à son fils une abbaye qu'il convoitait, et ayant ajouté, en forme de conseil, qu'il ne devait pas laisser échapper l'occasion d'avantager sa congrégation pendant qu'il était en faveur, puisque l'occasion s'en présentait. « Pour tous les biens de la terre , s'écria saint Vincent , après avoir écouté ce message, pour tous les biens de la terre , je ne ferai jamais rien ni contre Dieu , ni contre ma conscience ! La

281 HISTOIfiB DE SAINT VINCBNT-DE-PAUL.

congrégation ne périra point par la pauvreté ; je crains plutôt qu'elle ne vienne à périr si la pau* vreté lui manque. •

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