CHAPITRE XLV
Mort et canonitatîoo de saint Yincent-de-Paal.
Un des désavantages de la longue vie , c'est de laisser Tbomme isolé au bout de sa carrière , et de ne lui offrir dans le passé qu'une longue voie pleine de brume et de tombeaux. Saint Vincent-de-Paul, qui vécut fort long-temps, eut à pleurer beaucoup d'amis, et l'année même de sa mort , il en perdit deux qui lui étaient cbers à différens titres : M. Portail qui avait été pendant cinquante ans le compagnon inséparable de ses travaux, et mademoiselle le Gras, cette noble et bumble dame qui s'était associée à toutes ses bonnes œuvres depuis quarante. Celle-ci avait toujours appréhendé d'être privée de l'assistance qu elle désirait recevoir de son charitable directeur, et Dieu permit que la chose arrivât commç
elle Pavait long-temps redouté; car saint Vincent était si faible lorsqu'il apprit quelle s^ mourait, qu'il lui fut imposible de se faire transporter près d'elle. Ne pouvant recevoir de vive voix ses consolations, elle le fit prier de lui envoyer du moins, pour l'encourager dans son agonie, quelques lignes écrites de sa main. Il ne le voulut pas ; mais il lui envoya un saint prêtre de sa congrégation pour lui dire de sa part qu'elle s'en allait devant , mais qu'il la suivrait de près et qu'il espérait la revoir dans le ciel.
La mort que saint Vincent voyait approcher sans terreur, était pour lui une chose presque désirable , attendu les longues souffrances qu il subissait depuis plusieurs années. Quoique d'une constitution robuste, il était éujet à une petite fièvre qu'il garda la moitié de sa vie , et à cause de laquelle il ne daignait pas même interrompre ses affaires ni ses sévères habitudes de mortification et de piété. Il la guérissait par un moyen très court, très violent et très douloureux. Pendant les plus grandes chaleurs de l'été , il faisait charger son lit de couvertures , mettait à ses côtés deux gros flacons d'étain remplis d'eau bouillante et passait la nuit en cet état dans des douleurs affreuses; le lendemain, il sortait du lit comme d'un bain, et la fièvre vaincue par une chaleur plus intense l'abandonnait pour un peu de temps.
L'an 1644 9 îl fut atteint d'une dangereuse maladie , pendant laquelle il arriva une chose qui
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prouve à quel point ce saint supérieur était aÎHié de ceux qu'il dirigeait. Nous laisserons raconter cette anecdote à Abelly, qui la rapporte avec une foi naïve qui y fait croire , quoiqu'elle ait quelque chose de merveilleux.
c II arriva pendsfTit cette maladie une chose m digne de remarque. Un très vertueux missionc naire nommé M. Dufour , du diocèse d'Amiens, « se trouva pour lors malade dans la même mai- « son ; et ayant appris que M. Vincent était en « danger de mort, il offrit à Dieu sa propre vie, « pour la conservation de celle de son cher père c spirituel. Cette oblation aussi héroïque que c désintéressée fut reçue de Dieu , ainsi que l'évé- « nement le fit voir depuis; car M. Vincent com- « mença dés lors à se mieux porter, et recouvra « ensuite la santé , au lieu que la maladie de ce a bon prêtre s'augmenta tellement , qu'il en mou- « rut peu de temps après. Il trépassa vers mia nuit, et cçux qui veillaient M. Vincent, ena tendirent à l'heure même frapper trois coups à « la porte de sa chambre , de quoi ils furent assez « surpris , n'y ayant trouvé personne , bien qu'ils « l'eussent ouverte aussitôt. Mais ils ne furent « pas moins étonnés de ce que M. Vincent ap- « pelant en même temps un d'entre eux, lui fît • prendre le bréviaire et réciter quelque partie f de l'office des morts, avant que personne lui eût < annoncé le décès de ce bon missionnaire. Cela « leur donna sujet de croire que Dieu le lui avai(
« fait connaître par une voie extraordinaire , entf core que son humilité ne lui permît pas d'en « parler. »
En l'année i636, il fut attaqué d'une fièvre continue qui se termina par une fluxion très douloureuse sur une jambe; il fut obligé de garder fa chambre près de deux mois sans qu'il pût se Soutenir en aucune façon , de sorte qu'il fallait le porter du lit près du feu et de là au lit ; ce fut seulement à l'occasion de cette grave infirmité qu'on put lui persuader de coucher dans une chambre où il y eût une cheminée , et de quitter sa pauvre cellule habituelle qui n'en avait point, et dont la porte joignait si mal que le vent glacé de l'hiver y pénétrait comme dans la rue (i).
Depuis cette année-là jusqu'à la fin de sa vie, il eut de fréquentes attaques de fièvre, et diverses infirmités ; mais la plus fâcheuse , la plus longue et celle qui a enfin terminé ses jours, c'est l'enflure de ses pieds et de ses jambes qu'il a soufferte l'espace de quarante-cinq ans. Cette incommodité l'obligea dès le commencement de sa congrégation à se servir d'un cheval en allant par la ville , et elle s'accrut à tel point avec le temps, qu'étant montée jusqu'aux genoux , il ne
(I) TJa (les frères chargés du soin du mënage voulut remëdier un jour h cet inconyénient en clouant contre la porte un lambeau de ta-' l^isscrie; mais Vinccnt>de-Paul le fit enlever le lendemain malin comme un objet de hue qu'il ne devait pas se permettre. tempom! & mores f
pouTait plus les ployer, ni même se leyer qu'avec des douleurs affreuses. Ensuite une de ses jambes s'étant ouverte à la cheville du pied droit, il s*y fit de nouveaux ulcères en Tannée 1658, et les douleurs des genoux augmentant tous les jours , il ne fut plus en son pouvoir, au commencement de Tannée 1 659 , de sortir de la maison. Il continua cependant pendant quelque temps de descendre à Téglise pour y célébrer la messe, et pour assister aux conférences spirituelles. Mais sur la fin de la même année , il fut obligé de célébrer dans la chapelle de Tinfirmerie, et les jambes lui ayant manc]ué tout-à-fait en Tannée 1660, qui fut la dernière de sa vie , il lui devint impossible de dire la messe qu'il continua cependant d'entendre à la chapelle presque jusqu'au jour de son décès, quoiqu'il eût une peine incroyable à s'y transporter sur des béquilles. On l'avait prié instamment de consentir à ce qu'on fît une chapelle de la chambre contiguë à la sienne , afin que sans sortir il pût entendre la messe ; ce qu'il refusa absolument, en motivant son refus sur ce que les chapelles domestiques ne se doivent permettre qu'à la dernière extrémité.
Cependant la mort approchait lentement comme si elle eût voulu que Tétincelle vitale qui animait Thomme de Dieu, s'éteignît d'elle-même et qu'elle n'eût osé la souffler. Il se consumait par degrés sans que son esprit baissât par la prostration de ses forces physiques ; au contraire la flamme en
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brillait avec une double énergie , et il parlait à sa congrégation affligée avec tant de vigueur, d'onction, de sagesse, que chacun ne pouvait en cacher sa surprise; et ses prêtres ont dit depuis qu'ils ne lavaient jamais entendu parler avec tant d'ordre et de chaleur ; la flamme se reployait sur elle-même avant de monter vers le ciel !
Quelque temps avant son décès , il fut averti de sa position de la manière la plus étrange. Un jeune ecclésiastique de Saint-Lazare ayant écrit à un de ses collègues, lui manda entre autres choses, que, selon toute apparence , le supérieur-général nWait plus guère de temps à vivre; puis, sans songer à ce qu'il avait écrit, il porta étourdiment la lettre à saint Vincent lui-même pour qu il en prtt lecture , selon Tusage établi dans la congrégation de la Mission. Saint Vincent-de-Paul en arrivant à la phrase où le missionnaire parlait si ouvertement de sa fin prochaine, ne put d'abord s^expliquer le motif qui l'avait porté à la faire passer sous ses yeux , et il crut que ce jeune homme avait découvert dans sa conduite quelque chose qui lui avait donné l'idée de risquer cet avis.
« Je vous remercie de votre avertissement cha- « ritable, lui dit-il en lui rendant sa lettre. Je a vous dirai tout simplement que Dieu m'a fait « la grâce d'en éviter le sujet, et je vous le dis a afin que vous ne soyez point scandalisé de ce <c que je ne fais pas des préparations extraordinai- « res. Il y a dix-huit ans que je ne me suis couché
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« gans m^étre mis auparavant en disposition de « mourir la même nuit. >
II y avait long-temps en effet que ce fidèle serviteur de Dieu avait ceint ses reins et allumé sa lampe pour aller au devant de son Seigneur, lorsqu'il Tiendrait le prendre pour Femmener dans le royaume des élus : cette dernière heure qui délivre Fàme de sa prison lui était toujours présente , et il disait souvent aux siens quelques années auparavant : c Un de ces jours le misérable f corps de ce vieux pécheur sera mis en terre , et c vous le foulerez aux pieds. » D'autres fois parlant de son âge il leur disait : c II y a tant d^années -« que j'abuse des grâces de Dieu ! hélas! Seigneur, c je vis trop long-temps puisqu'il n'y a point d'à- < mendement à ma vie , et que mes péchés semulc tiplient avec le nombre de mes ans ! > Et lorsqu'il annonçait à sa congrégation la mort de quelque bon missionnaire, il ajoutait ordinairement ces paroles d'hiunilité : « Vous me laissez , mon Dieu, € et vous attirez à vous vos fidèles serviteurs. Je -€ suis cette ivraie qui gâte le bon grain que vous t recueillez , et voilà que j'occupe toujours inuti- € lement la terre ! Ut çutd terrant occiipo ? •
Un an avant sa mort, il fit la retraite spirituelle pour se préparer à sa séparation du monde des vivans qu'il sentait prochaine, comme il le témoigna à un des anciens de sa congrégation, auquel il écrivit en ces termes :
€ Je vous prie d'offrir à Notre- Seigneur la pe-
DE SAINT VlNCENt-DE-PAUL. èfllS
é tite retraite que je fais pour me disposer [à la € grande , en cas qu'il plaise à Dieu de m'appeler « bientôt, i
Comme on sut à Rome que sa santé était fort affaiblie , et que , malgré Faffaissement de ses forces physiques, il continuait à dire exactement son bréviaire , le pape Alexandre VII , connaissant combien la conservation de ce grand serviteut* 'de Dieu importait à FEglise , lui fit expédier, à son insu , un bref apostolique pour l'en dispenser ; et, en même temps, I<L. EE* les cardinaux Durazzo, archevêque de Gènes, Ludovisio, grand-pénitencier, et Bugny, autrefois nonce en France , qui se trouvaient alors à Rome, Texhortèrent par lettres à se ménager davantage et à user librement de cette dispense , afin de conserver pour le service de Dieu le peu de forces qui lui restaient. Mais ces précautions furent prises trop tard ; et , lorsque le bref arriva , la victime était consommée. Nous laisserons raconter à Abelly, qui habita long-temps Saint-Lazare , les détails de Theureux trépas de ce juste qui avait fait si bien valoir le talent que son Maître lui avait confié.
« Quelques jours auparavant il fut extraordi- « nairement assoupi , tant à cause de sa faiblesse « qui croissait à vue d'œil , que par le défaut dû « repos qu'il no pouvait prendre durant la nuit. « Il considérait cette somnolence comme l'image « et l'avant-courrière de sa mort; et quelqu'un lui «ayant demandé la cause de ce sommeil extraor-^
a dinalrey il lui dit en souriant : C'est que le frère « est venu en attendant la sœur ; appelant ainsi « le sommeil le frère de la mort qu'il prévoyait « être proche* Il ne laissait pas pourtant de se « faire porter tous les matins à la chapelle de Tin* c( firmerie pour y entendre la messe et commua a nier, ce qu'il feisait ordinairement chaque jour. a On l'y porta jusqu'au 26 de septembre qui fut la ft veille de sa mort; mais , quand il fut de retour <( en sa chambre , il tomba dans un assoupissea ment plus profond qu'à l'ordinaire. Le frère qui a l'assistait, voyant que cela continuait trop longa temps , l'éveilla et le fit parler ; mais s'aperce* tt vant qu'il retombait aussitôt dans le même as-* a soupissement , il en avertit celui qui avait le « soin de la maison , par l'ordre duquel on alla (( quérir le médecin. Celui-ci étant venu Taprès- « dîner, trouva le malade si faible, qu'il ne le ju^ (( gea pas en état de recevoir aucun remède ; et c( avant que de se retirer, il lui dit quelques pa* « rôles, auxquelles le malade répondit selon sa tt coutume avec un visage riant et affable; mais « il demeura court après quelques mots, n'ayant (( pas la force d'achever ce qu'il voulait dire*
« Un des principaux prêtres de sa congréga- « tion Tétant venu voir ensuite , et lui ayant de- « mandé sa bénédiction pour tous ceux de la « même congrégation , tant présens qu'absens , il « fit un effort pour lever la tête, et l'accueillit tt avec son affabilité ordinaire ; puis ayant corn-
mencë les paroles de la bénédiction , il en prononça tout haut plus de la moitié , et le reste à voix basse. Sur le soir, comme on vit qu'il s'affaiblissait de plus en plus, et qu'il semblait tendre à Tagonie, on lui donna l'extréme-onction. Il passa la nuit dans une douce, tranquille et presque continuelle application à Dieu; et, quand il s'assoupissait, on n'avait qu'à lui en parler pour l'éveiller, ce qu'à peine tout autre discours pouvait faire.
« Un très-vertueux ecclésiastique de la conférence de Saint-Lazare , qui honorait beaucoup M. Vincent, et pour qui réciproquement M. Vincent avait beaucoup d'estime et de tendresse , était pour lors en retraite dans cette maison ; celui-ci ayant appris l'extrémité où était réduit ce cher malade , vint dans sa chambre un peu avant qu'il expirât, et lui demanda sa bénédiction pour tous ces messieurs de la conférence qu'il avait associés, le priant de leur laisser son esprit, et d'obtenir de Dieu que leur compagnie ne dégénérât jamais de la vertu qu'il lui avait inspirée : à quoi ce saint homme répondit avec son hu« milité ordinaire : Qui cœpit opus bonum ipse perjiciet Et bientôt après il s'endormit paisiblement au Seigneur, passant de cette vie à une meilleure sans effort ni convulsion, et avec une tranquillité si grande , qu'on eût pris sa mort pour un doux sommeil ; car il mourut sans fièvre et sans accident extraordinaire, ayant cessé de
ils HISTOIRE ^
« vivre par une pure défaillance de la natûreî « Ce fut un lundi 27 septembre de Tannée 1 66oi sur les quatre heures et demie du matin , que Dieu le retira à lui , lorsque ses enfans spirituels» assemblés à F église, commençaient leur oraisoii mentale pour attirer Dieu en eux. Ce fut â la même heure et au même moment qu^il avait accoutumé, depuis quarante ans, d'invoquer lé Saint-Esprit sur lui et sur les siens, que cet Esprit adorable enleva son âme de la terre aii ciel, comme la sainteté de sa vie , son zèle pour la gloire de Dieu , sa charité pour le prochain , son humilité, sa patience et toutes ses autres vertus, nous donnent juste sujet de le croire de rinfinie bonté de Dieu; car ayant, à limitation du saint Apôtre, généreusement combattu, ayant saintement achevé sa course, et gardé une fidélité inviolable, on peut raisonnablement présumer qu'il ne lui restait plus qu'à recevoir la couronne de justice de la main de son souve^ rain Seigneur.
< Il expira revêtu de ses habits et assis dans sa chaise , étant demeuré en cette posture les vingt-quatre heures dernières de sa vie, parce que ceux qui l'assistaient, estimèrent qu'il serait difficile de le remuer en cet état, sanè danger d'avancer sa mort et de lui faire plus de mal. Son corps demeura aussi souple et maniable après son décès qu'il était auparavant*, et son visage conserva toujours sa douceur et sa
sérénité ordinaire. Il fut ouvert, et on lui trouva les parties nobles fort saines; mais il s'était formé dans sa rate un os blanc de la largeur d'un écu, et plus long que large ; ce que les médecins et les chirurgiens trouvèrent fort extraordinaire, f II demeura exposé le lendemain 28 septembre jusqu'à midi, tant dans la salle que dans l'église Saint-Lazare, où le service divin fut célébré solennellement. M. le prince de Conti, M. Picolomlnî , nonce du pape et archevêque de Césarée , et plusieurs autres prélats s'y trouvèrent ; comme aussi quelques uns des curés de Paris , grand nombre d'ecclésiastiques , et quantité de religieux de divers ordres. Madame la duchesse d'Aiguillon et plusieurs autres seigneurs et dames voulurent aussi honorer ses funérailles de leur présence, aussi bien que le peuple qui s'y trouva en grande foule. On réserva son cœur dans un petit vaisseau d'argent que cette pieuse duchesse donna pour cet effet; et le corps ayant été mis dans une bière de plomb avec une autre de bois par dessus, fut enterré au milieu du chœur de l'église.
€ Messieurs les ecclésiastiques de la conférence de Saint-Lazare , que M. Vincent avait unis et dirigés tant d'années, lui firent faire quelque temps après un service fort solennel en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois , où messire Henri de Maupas du Tour, évêque d'Évreux, qui avait eu une vénération et une affection toute parti-
« culière pour ce grand serviteur de Dieu , proa nonça son oraison funèbre avec beaucoup de tt zèle, d'érudition et de piété. Il fut écouté avec f( une singulière admiration et édification de tout « son auditoire, qui était composé d'un grand « nombre de. prélats, d'ecclésiastiques, de relia gieux et d'une foule incroyable de peuple. Il ne « put néanmoins dire tout ce qu'il avait projeté , tt quoiqu'il parlât plus de deux heures , la matière tt étant si ample qu'il en eût eu assez , comme il « l'avoua lui-même , pour prêcher un carême tout « entier. »
Vincent-de-Paul était allé dans une terre plus heureuse que la triste vallée de larmes qu'on nomme le monde des vivans; mais ses œuvres étaient demeurées fermes et stables comme des rochers , et les services qu'il avait rendus à l'humanité vivaient dans la mémoire des hom-» mes : ses amis prièrent et pleurèrent d'abord sur sa tombe ; les malheureux vinrent ensuite y demander des miracles et les obtinrent. Ce fut alors que le Saint-Siège , sollicité par tout ce que la France renfermait de grand en génie ou en place, s'occupa de la béatification d'un homme qui avait gagné le ciel par tant de patience , d'humilité et de labeur, et que le ciel lui-même avouait pour ami de Dieu, en opérant, à son intercession, des cures miraculeuses.
Les informations faites par l'autorité ordinaire furent présentées à Roniiç en 1709, On y porta,
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en T 7 1 3, celles qui avaient été faites par Tautorité du Saint-Siège, et ensuite des examens et des congi^égations ordinaires , le pape Benoît XIII , après avoir assisté à la congrégation tenue le i6 septembre 1727, prononça le 22 suivant, que le serviteur de Dieu avait possédé à un degré héroïque les vertus , tant théologales que cardinales, et leurs annexes; après quoi le point des miracles ayant été examiné en trois congrégations, dont la dernière fut tenue le 12 juillet 1729, Sa Sainteté, qui y avait été présente, ordonna, le i4 du même mois, d'expédier le décret de la béatification. Elle fut célébrée à Rome , pour la première fois, le 21 du mois d*août de la même année.
Dieu ayant continué de manifester la sainteté de Vincent-de-Paul par de nouveaux miracles, Clément XII jugea qu'on pouvait procéder à la canonisation du bienheureux, et en expédia la bulle le 16 juin 1 737. Les cérémonies , commencées à Rome selon l'usage , se firent successivement en Europe, en Afrique, en Amérique, et jusqu'aux extrémités de l'Asie , avec pompe et solennité. En France surtout, où sont encore debout, jusqu'à ce jour, les monumens du zèle charitable de ce grand serviteur de Dieu, toutes les provinces du royaume, à l'imitation de la capitale , firent éclater leur dévotion au nouveau saint par les fêtes les plus solennelles. Les proyincçs qu'il 9yw ss^uvées y joignirent des larmes
de reconnaissaoce ; kommage plus flatteur quç les couronnes triomphales , parce qu'il est toujours mérité , et qu'il vient du cœur.
Mais Vincent-de-Paul était réservé à un genre de triomphe bien autrement extraordinaire. La religion lavait déclaré saint et lui avait élevé des autels , la philosophie anti-religieuse du dix»hui-» tième siècle lui pardonna d'avoir été chrétien , et lui érigea une statue dans ce palais même de Louis XIII où il avait donné souvent des conseils utiles et appréciés. On lisait sur le socle cett« inscription curieuse : A Vinceni-de^Paul y phUch sophe français du dix-septième siècle ! Et ce ne fut pas tout, au fort de la persécution contre les prêtres catholiques , et quand les églises de Dieu étaient fermées sur tous les points de la terre de France , on voyait au premier rang du calendrier philosophique un prêtre canonisé^ Vincent-der Paul encore ! C'était une rare inconséquence.} mais cela démontre que les vertus du saint s'étaient manifestées par des œuvres si utiles à rhu7 manité, que tous les partis, jusqu'aux plus fu< rieux , fléchissaient le genou devant cette gloire si pure.
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