OBSÈQUES ET APPARITIONS D'AMBROISE
Des foules se pressaient , et faisaient toucher des linges aux bienheureuses reliques. Nul n'aurait pu compter cette multitude , où se confondaient tous les rangs , tous les sexes et tous les âges. Les Juifs et les païens se mêlaient aux chrétiens ; tous faisaient éclater leurs sentiments de douleur et de reconnaissance. »
La mort du grand homme était le deuil de toute l'Eglise , et aussitôt la nouvelle en fut miraculeusement portée sur plusieurs points extrêmes de la chrétienté. Il y avait peu de jours qu'Ambroise n'était plus , quand on reçut à Milan des lettres de plusieurs personnages d'Orient, le remerciant de leur être apparu dans leur prière, et de leur avoir donné sa bénédiction. Simplicien , qui reçut et qui ouvrit ces lettres, constata que le jour de ces apparitions était exactement celui de la mort d'Ambroise; et « une de ces épîtres, raconte le biographe Paulin, est encore conservée clans le monastère de Milan1 ».
A Florence il fut vu aussi à plusieurs reprises , priant devant l'autel de la basilique Ambrosienne, qu'il avait consacrée. L'évêque Zenobius attesta qu'il l'y avait reconnu parfaitement. On se souvint alors qu'il avait promis aux chrétiens de Florence de revenir les voir : il tenait sa promesse. Plus tard la mère de l'enfant que le Saint avait ressuscité en cette même ville racontait que pendant le siège soutenu contre Radagaise , Ambroise s'étant montré dans son ancienne chambre , avait prophétisé l'arrivée de Stilicon et sa victoire2. On avait besoin de croire que celui qui, durant sa vie, avait tant aimé et servi son pays, s'intéressait encore à sa prospérité et à ses infortunes.
Ainsi le Maure Mascezel, commandant pour les Romains, racontait que se trouvant enveloppé en Afrique par les troupes de Gildon, deux fois plus fortes que les siennes ,
i Quœ nunc usque Mediolani habetur in monasterio. (Paulin, in Vila Ambros., n. 49.) 2 Ibid., n. 50.
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une nuit qu'il était sous sa tente il roulait des pensées de désespoir, quand Ambroise, lui apparaissant lout à coup, lui désigna le lieu où il devait livrer bataille, frappant la terre de son bâton, et disant : « C'est ici! » Ce fut là , en effel . que, trois jours après, le chef de l'armée romaine remporta la victoire. « J'ai recueilli ce récit de la bouche du général, témoigne le biographe, et d'ailleurs Mascezel l'a raconté de même à plusieurs prêtres d'Afrique, où je suis aujourd'hui l. »
Celui qui écrivait ces choses était donc alors allé rejoindre en Afrique le plus grand et le plus cher disciple de saint Ambroise. Quand Augustin apprit la mort de son illustre père , il en ressentit une désolation profonde. Il s'en fit raconter toutes les circonstances par le diacre Paulin , qu'il attacha dès lors à son Église d'Hippone. Désireux d'en conserver un souvenir durable, il demanda à ce témoin des dernières années de l'évêque de Milan d'en écrire le récit. Paulin le fit dans quelques pages trop courtes, mais sincères, qui ont été le meilleur trésor de notre histoire. Il les dédia en ces termes à l'évêque d'Hippone :
« Vénérable père Augustin, vous m'avez exhorté à écrire la vie d' Ambroise le bienheureux évêque , à l'exemple d' Athanase et de Jérôme , qui nous ont raconté celle d'Antoine et de Paul l'Ermite; à l'exemple de Sulpice Sévère, qui a composé celle de Martin, le vénérable évêque de Tours. Je me sens bien au-dessous de cette tâche et de ces modèles ; mais il ne m'est pas permis de vous rien refuser. Moyennant vos prières et l'assistance d'Ambroise, je raconterai donc ce que m'ont dit de lui des hommes parfaitement sûrs qui l'ont connu avant moi , et particulièrement la vénérable vierge Marcelline sa sœur. Je rapporterai aussi ce que j'ai vu moi-même quand je vécus
l Paulin, in Vila Ambros., n. 51.