‹ Histoire de Saint AmbroiseChapitre 85 sur 137 · LES LETTRES D AMBR01SE. SES AMITIES · texte numérisé non relu

LES LETTRES D AMBR01SE. SES AMITIES

Douleur d'Ambroise à la mort des prêtres ses amis. — Lettre d'Ambroise à Jérôme retiré à Bethléhem. — Correspondance d'Ambroise avec Simplicien, son maître. — Lettres d'Ambroise à ses disciples : à Clémentien, à Chromatius, à Romulus. — Conseils à Horontien sur la sainteté sacerdotale, à Irénée sur la perfection du prêtre.

Lettres aux évêques : Juste de Lyon, Sabaudius d'Agen, Dolphin de Bordeaux, Sévère de Naples. — Lettre au clergé deVerceil. — Lettres aux évêques de l'Emilie sur la fixation du jour de Pâques. — Lettres intimes à Sabin, évêque de Plaisance, et à Bassien de Lodi. — Leurs réunions pieuses. — Lettre à l'évêque missionnaire Vigile de Trente. — Son martyre. — L'amour de Jésus- Christ dans les lettres d'Ambroise.

Ambr<5ise avait formé , avant son épiscopal et depuis qu'il était évêque, de saintes amitiés dont plusieurs avaient été déjà brisées par la mort. Il avait vu Satyre succomber dans ses bras, Basile n'était plus, Aschole était parti vers ce bienheureux séjour dont son ami disait: « Il habite aujourd'hui les hauteurs des cieux ; il est en possession de la céleste Jérusalem ; il contemple avec joie l'immense cité de Dieu, brillante d'or et de pierreries, et son impérissable lumière sans soleil l. »

Ces vues de foi et d'espérance n'empêchaient pas Ambroise de verser une grande abondance de larmes à chaque fois qu'il perdait un de ceux qu'il aimait. « Quand on lui

1 Ambros. Epist. xv, n. 2, p. 819.

annonçait la mort de quelque saint prêtre, raconte son secrétaire, il se mettait à pleurer avec tant d'amertume que nous désespérions de le consoler. Nous ne pouvions nous rendre raison de ce tendre sentiment et de ces larmes amères. Mais lui nous répondait : « Ce qui me fait pleurer u ainsi , c'est bien moins le regret de le voir parti loin « de nous que de le voir parti sans nous. Puis il est si « difficile de trouver un prêtre vraiment digne de ce « nom ' ! »

Une sainte amitié est un lien plus nécessaire aux prêtres qu'aux fidèles; car, dans leur condition, nulle autre affection terrestre n'y supplée ni ne la remplace. C'est en même temps chez eux un sentiment d'un ordre plus haut et plus sacré ; car Dieu en est le centre , et rien ne s'interpose entre son cœur et les cœurs qui vivent et aiment en lui.

Entre les prêtres dont Ambroise cultivait l'amitié , le plus illustre, sans contredit, était Jérôme, l'ancien compagnon de ses études , maintenant retiré dans la solitude de Bethléhem , auprès du berceau du Sauveur des hommes. C'est de là qu'il entretenait avec l'évêque de Milan une correspondance , dont le seul débris éciiappé au naufrage des siècles est un fragment récemment découvert et publié par le cardinal Mai. La lettre est justement attribuée à Ambroise. Le docteur y rend compte de sa croyance en la divinité du Verbe éternel, et, parlant de la naissance du Fils de Dieu dans le temps, il écrit à Jérôme :

& Mais votre science me dispense de vous en dire davantage. N'êtes-vous pas à Bethléhem, aux lieux témoins de l'enfantement glorieux de la Vierge, là même où, re-

l Flebat amarissime quotiescumque forte nuntiatum illi fuerat de cujuscumque sancti obilu sacerdotis, etc. (Paulin, in Ambros. Vila. n. 40.)

poussée de l'hôtellerie, Marie enveloppa de langes son fils premier-né? C'est près de vous que fut annoncée par les anges sa naissance divine. Près de vous son enfance fut adorée par les Mages, et persécutée par Ilérode meurtrier des Innocents. La terre où vous êtes vit croître l'Enfant- Dieu; elle le vit successivement, adolescent et homme fait, passer ses jours dans la faim, les larmes et les pleurs. Enfant merveilleux, Dieu et homme tout ensemble, dont la puissance éclate par des prodiges surhumains ' !

« Très-excellent Jérôme, disait-il en finissant, c'est à vous plus qu'à moi de confondre les hérétiques en portant la lumière dans les mystères de la foi. Je vous demande seulement de vous souvenir plus fréquemment de moi, ô vous, invincible soldat de Jésus-Christ 2 ! »

Jérôme répondait par son admiration à l'affection de celui qu'il appelait « notre Ambroise » ; et si le jugement qu'il porte sur certaines œuvres de son ami se ressent de la rude franchise de sa nature, le plus souvent ses lettres portent aux nues Ambroise , le docteur de la vérité et le saint précepteur de la virginité 3 !

De plus près que Jérôme , Simplicien prodiguait à Ambroise les témoignages d'une amitié que le temps ne fai-

1 Apud te est Belhlehem in qua salutifer virginis partus illuxit , quem involutum pannis, inter angustias diversorii , praesepe suscepit. (Angel. Maii Scriptorum veterum nova Collectio , t. VII, in— 4°. Romse, 1833. — Beati Ambrosii Epistola de fide ad B. Hicromjmum Presbyt., p. 159. — « Quod genuinum esse Ambrosii scriptum vix dubilo, » dit le savant cardinal.

2 Enucleatius autem declarare fidei sacramentum et confundere hserelicam pravitatem tuum est, pater oplime Hieronyme. Hoc unum oro et deprecor, mei ut rnemor sis frequentius, invictissime miles Ghristi. Amen. {Ibid., p. 161.)

3 V. Epist. xxn, ad Eustochium cap. x ; epist. lvii, ad Damasum: episl. cli, ad Algas; ex Apolog. I adv. Rufin. cap. i; etc. — V. ces témoignages en tête des œuvres d'Ambroise, édit. bénédict.

sait que cimenter. Ce savant maître n'avait pas eu de peine à reconnaître dans son illustre disciple une supériorité qu'il subissait avec joie. A l'ancienne affection s'ajoutait cette admiration religieuse qui fait partie de tout amour élevé, et qui lui est nécessaire pour qu'il devienne un culte. Aussi bientôt les rôles furent- ils intervertis, et ce fut Simplicien qui consulta Ambroise. Celui-ci ne pouvait se faire à cette nouveauté , dont sa modestie s'offensait. « Que me demandez-vous, écrivait -il au saint prêtre, et quepouvez-vous ignorer, vous qui, pour éclairer et fortifier votre foi , avez parcouru tout le monde ? vous qui étudiez et le jour et la nuit, ne voulant rien ignorer de ce qu'on peut apprendre? N'êtes -vous pas encore notre maître? n'est-ce pas vous qui, chaque jour nous démontrant l'erreur des philosophes, nous faites voir qu'il n'y a pas moins de vanité dans leurs livres que de faiblesses dans leur vie * ? »

Quand il était forcé d'user de ses droits de maître, Simplicien s'en servait pour dire à Ambroise la vérité entière et sincère sur ses œuvres. Souvent retiré à Rome, le vieillard continuait de loin à son disciple , dans un échange de lettres , ses leçons respectueuses. Il inspire, il conseille, il corrige l'évêque. Un jour il le presse de prendre pour sujet de ses homélies les épîtres de saint Paul. Ambroise refuse d'abord : la sublimité de l'Apôtre l'épouvante. Il se rend enfin , et il s'en félicite. Les homélies étant faites, le docteur les envoie docilement à son maître, qui ne lui épargne pas les remarques, même sévères. « Savez-vous, disait Ambroise en le remerciant, qu'il est plus difficile de ne pas vous déplaire que de plaire aux

* Quid est quod ipse dubites et a nobis requiras, cum fidei et acquirendœ cognilionis divinœ gratia totum orbem peragraveris , et quotidianae lectioni nocturnis ac diurnis vicibus omne vitse hujus lempus deputaveris, acri ingénie- eliaminlelligibilia compleclens. (Epist. lxv, n. 1,p. 1052.)

autres? Mais c'est une affection si bonne qui a dicté votre jugement sur moi, que la sévérité en est bien adoucie, et je ne puis qu'en être content '. »

Simplicien, à son tour, demandait à son ami l'interprétation littérale ou mystique des passages les plus difficiles de l'Écriture. Ambroise répondait : « Vous en savez plus que moi ; mais l'échange des idées est un commerce dans lequel on profite toujours, et voilà pourquoi j'essaierai de répondre 2. » Alors on discutait par lettres certaines questions d'exégèse ou de morale, présentées très-souvent sous forme de paradoxe. On se demandait, par exemple, si la vraie liberté n'est pas dans l'humilité qui s'affranchit de ses fautes en en faisant l'aveu, ou encore si la richesse n'est pas dans la pauvreté3. Peut-être aimerions-nous mieux que cette correspondance eût roulé sur des sujets d'un intérêt plus vif, tels que les événements actuels. Mais, au surplus, n'est-ce pas l'oubli des choses présentes que recherche de préférence le commerce de l'amitié? Son charme n'est-il pas de se placer plus haut que les dissensions du temps, et de faire vivre les cœurs dans les régions supérieures où l'on ne veut plus entendre que la parole de Dieu, dans la voix fraternelle qui nous en envoie l'écho ?

Ces lettres, que j'appellerais théologiques ou doctrinales, occupent la plus grande place dans la vaste correspondance de l'évêque de Milan. Elles témoignent de l'ardeur du foyer intellectuel allumé dans son Église par le savant docteur, qui ne cessait d'entretenir ce mouvement d'idées entre lui et ses disciples répandus dans l'Italie.

i ... Difficilius est tuo judicio placere quam plurium non displicere. Sed judicii pondus affectu ablevas, eoquo mihi blandior. ( Epist. xxxvn , n. 3, p. 931.)

'- Quia collalio sermonis, ut pecunise, magno est usui..., reticere non queo. (Epist. lxv, n. 2.)

3 Epist. xxxvii , n. 4o , et Epist. xxxviii.

Au nombre de ceux-ci, nommons d'abord Clémentien, un des fils aimés d'Ambroise ; le docteur lui voulant donner une grande idée de notre religion , lui montrait que le Juif n'était qu'un enfant sous la tutelle de la loi, tandis que le chrétien est l'homme parfait dans le Christ. Tel était aussi Chromatius, plus tard évêque d'Aquilée, d'où il devait consoler le grand saint Chrysostome dans son bannissement. Pour cette heure, il recevait les instructions d'Ambroise sur l'indéfectible véracité de Dieu , et les infirmités toutes-puissantes de la croix. L'évêque lui disait à la fin : « Voici ma réponse, écrite tout simplement et familièrement, comme cela se pratiquait au temps de nos pères. Si ce genre de lettres ne vous déplaît pas, je serai encouragé à vous en écrire d'autres. Quant à moi , je préfère converser avec vous des choses d'en haut, en suivant pas à pas la divine doctrine, plutôt que de faire de grandes phrases sur des choses qui dépassent mon savoir et mes forces l. »

Romulus était aussi un de ces disciples de l'évêque; et, de la campagne où il s'était retiré, il se plaisait à interroger le docteur sur l'interprétation de différents passages de l'Ancien Testament. Ambroise ne manquait pas de mêler à ses réponses des paroles d'affection, comme pour jeter sur l'aridité du sujet quelques fleurs d'amitié. « Les lettres, disait -il, sont faites pour procurer aux absents la douceur de converser entre eux. Mais combien plus chère est cette correspondance, quand elle rapproche l'un de l'autre un père et un fils , et fait que leurs âmes se touchent en dépit de l'absence! Ce commerce épistolaire est l'aliment de l'amitié; vos lettres nourrissent la mienne, vous me dites que les miennes entretiennent la vôtre 2. »

1 Epist. iv, n. 16, p. 990.

2 Vere inter disjunclos corpore qusedam imago refertur praesenliœ : his enim adolescit officiis amor, sicut tuus ad me, aut meis ad te augetur litteris. (Epist. lxvi, n. 1, p. 1054.)

Puis, comme le rùlc do maître qui lui était attribué blessait sa simplicité : « Je vous dis ma manière de voir, ajoutait-il ; mais si vous-même connaissez sur ce point quelque réponse meilleure, faites-la-moi savoir. Nous nous viendrons ainsi en aide l'un à l'autre, et nous verrons quelle opinion est préférable. Aimez-moi comme un fils, je vous aime comme un père l. »

A l'interprétation de la sainte Écriture se mêlait fréquemment, dans la correspondance de l'évêque de Milan, quelque chose déplus intime et de plus personnel. C'étaient des conseils pour la vie spirituelle, qui en font de véritables lettres de direction. Telles sont celles adressées par Ambroise à Ilorontien et à Irénée, deux disciples choisis, que nous allons faire connaître.

Horontien avait été élevé sous lesyeux*età l'école d' Ambroise. On a pensé aussi qu'il était Juif de naissance, ou du moins d'origine, comme sembleraient le faire croire ces paroles de son-maître : « Vous, mon fils, vous avez commencé par la loi; ensuite vous avez été confirmé dans l'Évangile, et vous avez marché dans la foi , dont il est dit : Le juste vit de la foi -. » Quoi qu'il en soit, si Horontien était né dans le judaïsme, il l'avait quitté de bonne heure pour entrer dans l'Église, puis il avait marché d'un pas généreux vers le sanctuaire, pour se dévouer au service de Dieu dans les ordres sacrés. Ordonné diacre par Ambroise, il avait mérité bientôt d'être promu par lui au sacerdoce , et on présume qu'il en exerçait les fonctions dans quelque chrétienté voisine de Milan. C'est ce que lui rappelait Ambroise dans ces termes : « Mon fils, vous qui, dès la fleur de l'âge, êtes devenu l'enfant de l'Église qui vous a adopté et tenu sur son sein , persé-

1 Pro captu ilaque noslro quid sentiremus expressimus. Ipse si quid melius habes, nobisenm participâtes (Epist. lxvi, n. 11.)

2 Recte, ergo, fili, a lege ccepisli, in Evangelio confirmatus es. (Epist. lxxvii, n. il -15, p. 1092 et la note.)

vérez fidèlement dans votre résolution, souvenez-vous de la grâce de Dieu, et de la dignité que vous avez reçue par l'imposition des mains. Dans ce haut degré d'honneur qui vous est conféré, faites éclater votre foi, comme vous l'avez fait dans un rang inférieur de la hiérarchie. Déployez votre zèle, et attendez avec confiance le prix que vous destine le Seigneur Jésus-Christ '. »

Une fois consacré prêtre, Horontien doit être l'homme de la prière et du sacrifice. Ambroise le lui rappelle; il lui recommande de prier, de se rattacher à Dieu par cette chaîne d'or, de s'unir à l'Esprit-Saint : « C'est l'Esprit, écrit-il, qui forme en nous les gémissements inénarrables, c'est lui qui soulève l'infirmité de notre prière. L'Esprit- Saint est le plus grand maître de l'oraison ; c'est lui qui, nous élevant au-dessus des bassesses de la terre, nous fait monter aux plus sublimes vertus. Mais ces choses sont de celles que vous ne pouvez comprendre encore 2. »

Puis , comme le prêtre doit être victime avec Jésus , le vaillant évêque exhorte son disciple à souffrir. Alors Ambroise lui fait une confidence personnelle qui trahit son grand cœur. Se laissant aller à un épanchement intime , il révèle le plus grand regret de sa vie : le regret de n'être pas né un demi-siècle plus tôt pour y mourir martyr, le regret du soldat arrivé trop tard sur le champ de bataille, où il n'a pu verser son sang : « Pour moi, dit-il, je souhaite de souffrir le martyre. Tel est en moi le mouvement deTesprit qui est prompt. Mais l'Esprit-Saint, voyant la faiblesse de ma chair , m'avertit que ce bonheur ne sera pas le mien. Il sait, lui, le bon médecin , ce qu'il faut à ma faiblesse, et ce qui peut servir à mon avancement. Il est donc vrai que nous ne savons ni connaître ni deman-

i Tu autem, fili, qui a primo flore puerilise es heeres Ecclesiœ, etc. (Epist. lxx, n. 25.)

2 Epist. xxxvi. n. 2-4.

der ce qui nous convient, et c'est pourquoi il faut que l'Esprit de Jésus-Christ prie en nous par d'ineffables gémissements '. »

Irénée était un autre disciple de la nombreuse école sacerdotale dont Ambroise était le maître. Les louanges que l'évcquo lui donne pour sa fermeté dans la persécution , font penser qu'il faisait partie du clergé de Milan , durant le siège des basiliques par la faction arienne. Irénée était prêtre, très-adonné à l'étude, zélé pour son salut, mais encore dans cet âge où la direction d'un homme de bien est le plus grand des bienfaits.

Les lettres qu'Ambroise lui écrit sont une magnifique esquisse de la vie sacerdotale. Celte vie doit être d'abord une vie crucifiée, et l'évêque disait : « Allons, mon fils, apprenons à souffrir, apprenons à combattre, apprenons la patience, mère de la constance , de la douceur , de la joie , car après la souffrance vient la consolation. Ne rougissons pas delà croix, de peur que le Dieu de la croix ne rougisse de nous. Mon fils , ne craignez pas d'interroger votre père , ô vous qui vous faites un honneur des souffrances endurées pour Jésus-Christ -. »

Enfin la vie du prêtre doit être une vie distinguée, dans le sens supérieur et chrétien de ce mot , et Ambroise indiquait à son disciple ces voies hautes où le prêtre doit marcher loin des convoitises serviles du vulgaire. « Fuyons les chemins battus, ne mettons pas le pied dans l'ornière où s'engage la foule ; n'imitons pas les ambitieux qui ne pensent qu'à s'enrichir comme des mercenaires qui supputent d'avance le prix de leur journée ; n'imitons pas les rêveurs toujours enivrés de leurs projets, comme les cigales qui, dit-on, ne se repaissent que d'air. Entrons

i Peto mihi passionem martyrii. Quales occasiones habui ! et de ipso fine revocatus sum. (Epist. xxxvi, n. 4, p. 929.)

2 Vale, fili, et non erubescas patrem interrogare, qui non erubescis in passionibus Cbrisli gloriari. (Epist. xxvn, n. 17, p. 901.)

par la porte étroite, montons sur les hauteurs : il faut monter toujours l. »

Ambroise, en effet, faisait monter son disciple delà contemplation des choses terrestres à la contemplation de la beauté des âmes, puis de là à celle de Dieu révélé en Jésus. Il nous raconte comment cette beauté de Jésus -Christ l'avait impressionné très-vivement un jour qu'étant à vêpres il avait entendu ces paroles du psaume : Le Christ est beau par- dessus tous les enfants des hommes. Ravi de cette beauté surnaturelle de son Roi, il en écrivit aussitôt à son cher Irénée une page admirable. On la dirait traduite du Phédon de Platon, et vraisemblablement elle s'est inspirée de lui 2 ; mais au lieu du Dieu vague de la philosophie antique, c'est le Dieu fait homme qui est ici le terme idéal de tout amour et de toute perfection. L'amour n'a de repos qu'en lui, et la plénitude de l'âme, c'est de le voir, de le contempler, de l'embrasser sans cesse , de s'enivrer de lui , et de marcher sur ses traces à l'odeur de ses parfums 3. Le sommet de la perfection, pour le prêtre, c'est de lui ressembler, c'est de porter en soi ce qu'Ambroise nomme « le Verbe virginal », c'està-dire la vie divine de Jésus-Christ reproduite dans une sainteté sans tache. « Que la virginité reluise en tout votre être ; qu'elle vive en vous , et vous en elle ; qu'elle soit votre compagne, votre richesse, votre mère... Qu'elle vous prenne et vous porte dans le secret de sa demeure bienheureuse *'. » Et dans une autre lettre : « Courage, mon fils ,

i Sit gressus ad superiora, quia melius est ascendere. (Epist. xxxiii, n. 5, 6, 7, 8, p. 903.)

2 V. surtout n. 17. Et ideo terras fugito alarum remigiis, etc., p. 908.

3 Hoc verum etsuum bonum anima duabus hauriat affectionibus... Osculata verbum Dei modum non capit, non expletur, cupit videre fréquenter, semper intendere, cupit adlrahi ut sequi possit. Adtrahe nos, etc. (Ibid., n. 10.)

4 Ambros. Epist xxxi, n. 12, etc.

soyez l'âme parfaite à qui Dieu dit dans le livre des Cantiques : « Place-moi sur ton bras comme un sceau béni. » Que la paix soit dans votre cœur, que le Christ règne dans vos œuvres ; qu'à vous soient la sagesse, la justice et le salut. Adieu ' ! »

On comprend quelle puissance de séduction devait donner à Ambroise tant d'élévation d'âme unie à tant de bonté. Cette puissance s'exerçait bien au delà des limites de la Métropole de Milan. Il y avait peu d'évêques des Églises principales d'Orient et d'Occident avec lesquels Ambroise ne fût en relation d'affaires ou d'amitié. Il adressait des lettres fraternelles à Théophile, patriarche d'Alexandrie, et des conseils à l'évêque de Thessalonique Anysius, le digne successeur d'Ascole 2. Il était en communion de cœur avec Martin, le grand évêque de Tours. Il envoyait des reliques des martyrs de son Église à saint Victricc de Rouen. Il écrivait à Juste, le pieux évêque de Lyon, à Sabaudius d'Agen, dont Sulpice Sévère et Jérôme ont loué les vertus et les écrits contre l'arianisme 3. Il était lié aussi avec Delphin de Bordeaux, et nous avons une lettre par laquelle il lui recommande chaleureusement un magistrat de ses amis 4.

A l'extrémité de l'Italie méridionale, il avait un ami dans saint Sévère de Naples, dont Symmaque lui-même a exalté les vertus s ; il lui écrivit un jour une lettre fort remarquable pour lui recommander un prêtre de haute sainteté , Jacques l'anachorète, qui, venu du golfe Persique, voulait aller se faire une solitude de son choix dans

1 Ambros. Epist. xxx, n. 16, p. 914.

2 Epist. xvi, p. 822.

3 On le nomme dans cette lettre Segatius. Saint Jérôme l'appelle Sœpadius. (De Seriptor. eccles. lib. II, cap. exix.) — Sulpice Sévère en parle sous le nom de Ssequadius. (Hist. lib. II. J

4 Epist. lxxxvii, p. 1106.

5 Vid.Bolland. «JOapril. VitaS. Scvcri. — Symmach. lib. VI, epist. jli.

49i LETTRES ET AMITIÉS D'AMBROISE

la Campanie. Ambroise décrivait ainsi le rivage napolitain : « Notre frère le prêtre Jacques a choisi pour lieu de son repos vos charmantes contrées. C'est non- seulement une plage plus paisible que la nôtre , mais aucune autre rive ne semble verser dans les sens une tranquillité plus parfaite. Elle transporte l'âme des agitations de la terre, dans la sérénité où se plaît l'âme du juste, et aucune terre ne mérite plus que la vôtre qu'on dise d'elle d'après le Psalmiste : « Le Seigneur l'a assise sur la rive des mers, il l'a disposée sur le bord des eaux ; » nulle part l'esprit n'est mieux abrité contre le tumulte des invasions barbares et des horreurs de la guerre ; nulle part il n'est plus libre pour prier, servir Dieu , méditer sa sainte loi , et s'entretenir avec lui dans une paix inaltérable '. »

L'Italie septentrionale, dont Milan est le centre, subissait de plus près l'empire de la sagesse etdes vertus d'Ambroise. Là il était reconnu unanimement comme l'arbitre et l'oracle des Églises. Dans le cours de l'année 386, les évêques de l'Emilie, divisés sur le jour auquel on devait célébrer la Pâque des chrétiens, l'avaient pris pour juge, et il avait été décidé, pour de bonnes raisons, qu'elle devait être solennisée le dimanche qui suivait le quatorzième jour de la lune de l'équinoxe du printemps , comme l'avait fixé le concile de Nicée *. Dix ans plus tard, l'évêque de Verceil étant mort , le clergé de cette église ne pouvant s'accorder sur le choix de son successeur, appelait encore Ambroise pour rétablir l'union et la paix 3.

L'humble bonté d'Ambroise débordait particulièrement dans sa correspondance avec ceux de ses prêtres qui , après avoir été ses disciples, étaient devenus ses collègues

1 Campaniee sibi ad requiescendum littora, et vestras elegit amœnitates. Remotaenim vestri ora littoris ... tranquillitatem infundit sensibus, et traducit animos a terreslribus, etc. (Epist. lix, n. et 2.)

2 Epist. xxiii, p. 880.

3 Epist. lxii, ad Vercellenses.

LETTRES ET AMITIÉS D'AMBKOISE i95

dans l'épiscôpat. Milan fournissait alors un grand nombre d'évêques à toute l'Italie. De l'école d'Ambroise on verra sortir Théodule, qui sera évoque de Modène'; Félix, qui occupera le siège de Bologne ; Vénère , qui montera sur celui de Milan, après Simplicien ; peut-être aussi faut-il mettre de ce nombre Provin, successeur de Félix sur le siège de Corne 2. Félix de Corne lui-même était un disciple d'Ambroise , et il formait alors avec Sabin de Plaisance , et Bassien de Lodi , la société familière de cet homme grand et bon. Milan, Côme , Lodi, Plaisance, villes épiscopales échelonnées à peu de distance les unes des autres dans les vallées de l'Adda, de la Trébie et du Pô, étaient comme reliées entre elles par les lettres fréquentes de ces aimables saints. Faire connaître leur amitié, c'est révéler une partie de la vie intime d'Ambroise.

Sabin, autrefois diacre d'Ambroise à Milan, maintenant son collègue et toujours son ami, était, comme Simplicien, le censeur officieux des œuvres du docteur. Celui-ci ne composait rien de considérable qu'il ne le soumît à la révision de Sabin. « Je vous envoie un manuscrit plus net et plus soigné que le premier, lui écrivait-il un jour; afin que le lisant plus facilement, vous puissiez mieux le juger 3. » Ailleurs il le presse vivement d'être pour ses écrits un juge impitoyable. Toutefois il prétend bien que la correspondance épistolaire soit entre eux le lien qui unisse les âmes, plutôt que le mutuel échange de leurs idées. Il déclare à Sabin qu'en lui proposant certaines questions sur l'Écriture, il a souhaité surtout combler, par ces entretiens spirituels, le vide de l'absence4. « Cette correspondance, dit-il, augmentera l'amour qui nous unit

1 V. Tillemont, Mémoires, t. X, p. 279.

2 Ughelli , Italia sacra, t. "V, p. 237.

3 Epist. xlvii, n. 1 , p. 988.

^ Epist. xlvii, n. Set 4.

en Dieu. A mon âge , on se plaît à un commerce épistolaire facile et familier; et si, dans le courant de la rédaction , se présente à mon esprit quelque passage de l'Écriture, je le rattache sans contrainte au texte de mon épître, pour que Dieu ait sa place dans ces relations d'amitié. Adieu, mon frère, aimez-moi, car je vous aime plus que tout ' .

L'affection d'Ambroise pour Félix de Côme avait un caractère peut-être plus tendre encore. Heureux de tout ce qui le rapprochait de son ami, Ambroise prétendait que les lettres de Félix avaient la vertu de le guérir : « J'étais un peu souffrant, quand j'ai reçu votre épître, lui écrivait-il un jour ; mais, à mesure que je lisais ces effusions d'un cœur si sympathique au mien, je sentais couler en moi une joie qui, pareille à une bienfaisante potion, me rendait à la vie. Je suis heureux surtout que vous me rappeliez le prochain anniversaire de notre sacerdoce 2. Je prierai pour vous dans ce jour d'une seconde naissance, comme vous-même vous prierez pour moi. Mon cœur ne vous quittera pas , faites de même ; quand vous entrerez dans le sanctuaire, présentez-moi à Jésus-Christ; car là où est Jésus, tout se trouve. 0 mon fils, gardez le saint dépôt , faites fructifier en vous la grâce sacerdotale. Ainsi je n'aurai qu'âme féliciter d'avoir été bon juge en vous faisant évêque. Ainsi serai-je justifié de vous avoir imposé les mains et de vous avoir conféré la grande bénédiction de notre Seigneur Jésus... Puissions -nous mériter ainsi d'aller un jour nous reposer ensemble, vous en moi, moi en vous 3 ! »

1 Epist. xlviii, n. 7, p. 991.

2 Etsi habitu corporis minus valebam, tamen ubi sermonem unanimi mihi pectoris tui legi, non mediocrem sumpsi ad convalescendum gratiam, quasi quodam tui alloquii pullio refotus. (Epist. iv, n. 1 , p. 933.

3 Ordinatio non reprehendelur quam accepisli per impositionem ma-

Le jour où.Ambroisc recevait de Félix la lellre dont il vient de faire mention, Bassien était auprès de lui. 11 •Hait venu demander à l'évêque de Milan de se rendre à Lodi , afin d'y consacrer la nouvelle basilique de sa ville épiscopale ; Ambroise non - seulement le promit pour lui-même, mais il sollicita Félix de Cùme de venir se joindre à eux pour cette fête. « C'est chose convenue, écrivait Ambroise à celui-ci, j'ai donné ma parole pour vous : n'allez pas y manquer, car ce serait faire tort et à vous et à moi : à vous dont l'absence serait impardonnable ; àmoi, que vous feriez soupçonner de témérité dans mes engagements '. »

Ces saints désiraient donc se voir et s'entretenir souvent. Mais leurs saintes réunions étaient difficilement conciliables avec leurs devoirs. Félix de Côme accusait ses fonctions pastorales de l'enchaîner à son Église : « La moisson du Christ est grande, mais il y a peu d'ouvriers , disait-il à Ambroise. — Le Seigneur en enverra, répondait celui-ci; il vous a déjà donné de nombreux fidèles, il est bien juste qu'il vous donne des auxiliaires. Alors vous serez absolument inexcusable de ne pas venir nous voir, et vous ne pourrez plus nous refuser le fréquent bonheur de votre présence 2. »

Un jour qu'en dépit de ces amicales instances il n'avait pu se rendre à certaine de ces réunions , Félix imagina d'envoyer à Ambroise , en même temps que ses excuses, une corbeille de truffes prodigieusement grosses.

num mearum et benedictionem in nomine Domini Jesu. Vere ergo bonum opus, ut in illo die mercedem invenias, et ego in te, et tu in me requiescamus. (Epist. îv, n. 0.)

i Tui conscius fratri spopondi : veni igitur, ne duos sacerdotes redarguas : te qui non adfueris, et nie qui tam facile promiserim. (Ibid., n. 2.)

2 Qui dédit credentes, et adjutores dabit; quo et tibi excusandi auferatur nécessitas quid serius nos inviseris, et mihi erebriortuœ prœsentiee refundatur gratia. (Ibid., n. 7.)

« Les truffes sont si belles que j'en suis é/nerveillé, lui répondit Ambroise. Je n'ai pas voulu en profiter en égoïste, et je les ai partagées entre moi et mes amis... Mais ce n'est pas à ce prix que vous vous ferez pardonner de n'être pas venu nous voir, nous qui vous aimons tant... Faites-en pénitence, en étant moins généreux, s'il se peut, mais plus fidèle... En vérité c'est avoir belle opinion de moi que de croire qu'un présent soit capable de compenser l'absence de mon ami, et d'espérer m'acheter par de pareils moyens! Adieu, je vous aime encore; vous aussi aimez-moi l. »

Cet aimable enjouement n'a que de rares éclairs dans les lettres d'Ambroise. La gravité y domine, avec ce tempérament de douceur et de force qui est son caractère. Aussi bien fallait- il de graves et fortes instructions pour soutenir les prêtres qu'il avait envoyés dans les postes périlleux de l'apostolat, et que ses leçons avaient préparés au martyre.

Tel était entre autres Vigile, sacré par lui évêque de la ville de Trente sur l'Adriatique 2. C'était une région à peu près "infidèle; car on se tromperait complètement en pensant que la conversion des Césars avait entraîné subitement celle de l'univers romain. Si, dans les villes, l'idolâtrie disparaissait ou se transformait plus rapidement, elle avait conservé toute sa vitalité et sa grossièreté chez lès populations rurales. Ces campagnes riveraines de l'Adriatique étaient peuplées d'idolâtres aveugles et fana-

1 Misisti mihi tubera , et quidem mirae magnitudinis... Suave munus nonlamen ita prsepollens ut comprimeret querelam meam jure excilatam quod nos tamdiu amantes tui nequaquam revisas... Effice, si potes, ut minus gratus sis... Maie de me judicas si aut tuam absentiam muneribus compensandam , aut me muneribus redimendum putes. (Epist. m, n. 1-3, p. 7G2.)

2 Ce fut vers l'an 385 qu'il commença son épiscopat, lequel dura vingt ans selon ses actes, et douze suivant Mabillon.

tiques. Ambroise le savait, et, en leur envoyant son disciple Vigile, il n'avait pas manqué d'écrire au nouvel évêquo une lettre directive pour lui mettre l'état des choses sous les yeux et lui rappeler les grands devoirs qui en découlaient pour lui.

Cette lettre est admirable de sagesse et de charité : « Vous m'avez demandé de vous revêtir moi-même des insignes pontificaux quand vous fûtes appelé à ce sublime honneur. Jusqu'ici vous vous êtes sanctifié vous-même; maintenant je viens vous dire que vous avez la mission de sanctifier les autres '. » Suivent de belles instructions sur la nécessité de bien connaître son Église, de ne pas transiger avec l'idolâtrie, comme serait d'admettre le mariage des chrétiens avec les idolâtres. Mais le devoir de la charité, du désintéressement, de l'hospitalité, l'emporte sur tous les autres ; et s'il faut exercer un empire sur ces peuples, ce doit être l'empire aimable de l'exemple et de la patiente vertu.

Vigile fit ainsi. Trois ministres auxiliaires étaient partis avec lui pour évangéliser les campagnes infidèles. C'était Sisinius, vénérable vieillard, originaire de la Cappadoce, et promu au diaconat ; Martyrus, ancien légionnaire, élevé à l'ordre de lecteur; et Alexandre, son frère, qui remplissait l'office de portier dans le lieu saint 2. Un jour du mois de mai 397, que tous trois prêchaient à dix lieues de la ville de Trente, dans le canton de l'Anaunie, les paysans voulurent les forcer de participer aux fêtes idolâtriques desAmbarvoMa. Les missionnaires refusèrent et furent assommés sur-le-champ. Vigile, venu à temps pour recueillir leur dernier souffle, ne voulut pas qu'on les vengeât; mais lui-même prit leur place dans cet apostolat,

i Amt}ros. Epist. xix, n. 1.

2 V. les Actes de S. Vigile. Surius, 29 mai, §3, p. 121. — Bolland, 23 mai, p. 38; 31 janvier, p. 1079; et 6 mars, p. 428. — Dans Tille mont, t. X, p. 549, et note 9.

qu'il ne tarda pas à couronner parle martyre. Il évangélisait les bords du lac de la Garde et ceux de la Sarca , quand, près de la ville de Randène, ayant abattu une statue d'idole, et s'étant fait cle son socle une chaire d'où il prêchait les peuples infidèles, ceux-ci l'en précipitèrent et l'écrasèrent à coups de pierres. Le dernier geste de l'apôtre fut de lever les yeux et les mains au ciel, afin de demander grâce pour ses bourreaux l.

Tels furent les amis et les disciples d'Ambroise : telles furent quelques-unes des lettres échangées entre lui et ces personnages vénérables. C'étaient des hommes cle Dieu: Vigile, Félix, Sabin, Irénée, Bassien, Anysius, Sévère, Simplicien, portent tous le nom de saints, et sont honorés comme tels dans l'Église. De là le caractère céleste et surnaturel de cette amitié et de cette correspondance. Dans les quatre-vingt-onze lettres d'Ambroise qui nous restent , il n'en est pas une que le nom de Jésus-Christ n'illumine et n'échauffe de sa divine flamme. Or c'est le privilège de l'amour divin de faire vivre tout ce qui le touche : les lettres académiques de Symmaque sont mortes comme les choses d'un jour dont elles parlent ; mais tant que Jésus- Christ sera aimé en ce monde, on relira les lettres de Jérôme, d'Augustin et d'Ambroise. C'est aussi la puissance de cette divine passion, d'embraser le cœur de l'homme d'un feu dont les clartés rayonnent sur l'infini, en jetant sur les amitiés d'ici-bas un premier reflet, précurseur des affections éternelles. « Si les âmes vous sont chères, vous les aimerez en Dieu, en qui tout est aimable2,» disait saint Augustin. « En effet, écrivait longtemps après lui un autre grand chré-

i II mourut, selon Usuard, le 25 de mai; sous le premier ou second consulat de Stilicon, en 400 ou 405.

2 Si placent animœ , in Deo amentur, quia et ipsae mulabiles sunl , et in illo fixae stabiliuntur. In illo ergo amemus. Râpe ad eum quas potes, et die eis : Hune amemus, requiéscitein illo, et quieli erimus.

LETTRES ET AMITIÉS D AMIiROISE 501

lien, il serait singulier que le christianisme, fondé sur l'amour de Dieu et des hommes , n'aboutît qu'à la sécheresse de l'àme à l'égard de tout ce qui n'est pas Dieu... Le détachement de soi-même, loin de diminuer l'amour, l'entretient et l'augmente. Ce qui ruine l'amour, c'est l'égoïsme, ce n'est pas l'amour de Dieu ; et il n'y eut jamais sur la terre d'ardeurs plus durables, plus pures, plus tendres , que celles auxquelles les saints livraient leur cœur, à la fois dépouillé d'eux-mêmes et rempli de Dieu '.»

1 Lacordaire, Lettres à des jeunes gens. Toulouse, 9 nov. 1852.

Page 1