‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 67 sur 134 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

PREMIÈRES LUTTES d'aMBROISE CONTRE l'aRIANISME

La juridiction métropolitaine d'Ambroise. Ses conseils à révêquc Constance : prudence et douceur avec les ariens, bonté envers les esclaves. — Intrigues de Justine. — Intrépidité d'Ambroise au sacre d'Anemius à Sirmium.

Gratien rend une basilique aux catholiques. — Ambroise lui propose l'exemple de Théodose. — Sou traité du Saint-Esprit dédié à Gratien. — Jugement du livre par Jérôme, Rufin et Augustin.

Jalousie de la cour contre Ambroise. — L'évêque et Macedonius, le maître des offices. — La sophistique des ariens ; leurs divisions. — La dialectique et la foi. — Malheur de deux chambellans ariens qui s'opposent à Ambroise. — Les ariens d'Italie se convertissent.

Quand, sur la tombe de son frère, Ambroise accusait ses occupations de le distraire de sa douleur, ce n'était plus seulement la sollicitude de son Église de Milan , c'était celle des affaires religieuses de toute l'Italie supérieure dont le poids l'accablait. Milan était dès lors la métropole d'une vaste province ecclésiastique; mais rien n'est moins déterminé que sa circonscription. Était-elle limitée par les deux métropoles de Rome et d'Aquilée? Comprenaitelle dans son ressort jusqu'aux villes d'Imola et même de Sirmium, où nous verrons bientôt intervenir Ambroise ? On ne. saurait rien déduire de certain sur ce sujet ; car son

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influence personnelle comme docteur s'étend plus loin que sa juridiction comme métropolitain. 11 en est investi par la confiance qu'inspirent son génie et sa sainteté, et c'est souvent à ce titre que les évoques en appellent à lui ou le consultent. Alors Ambroise ne prend conseil que des besoins de l'Église. 11 sait particulièrement les périls qu'elle court dans les pays entamés par l'arianisme des Goths. C'est de ce côté que nous allons le voir exercer sa vigilance, envoyer ses instructions , et marcher en personne quand il en sera requis, (i Damase à Rome, Ambroise à Milan, protégeaient l'Italie, » a dit Cassiodore '.

Une des provinces les plus désolées de ce temps était riUyrie, dernier boulevard de l'arianisme en Occident, dernier refuge des Goths poursuivis par Théodose. Près de là se trouvait un évêque nommé Constance, qui gouvernait un diocèse voisin de celui d'Imola. Ambroise lui avait conféré les saints ordres : il l'appelait son fils , il le soutenait de ses conseils; et à peine l'eut -il envoyé à son poste de périlleux honneur, qu'il lui adressa une lettre pleine d'instruction sur les obligations du devoir pastoral en ces temps difficiles.

Il lui disait d'abord : « Vous avez reçu, mon iils, l'honneur du sacerdoce ; et maintenant, assis à la poupe, vous gouvernez le navire parmi les tlots courroucés. Tenez d'une main ferme le gouvernail de là foi, afin que les tempêtes de ce siècle mauvais ne vous renversent pas. La mer est grande, immense : cependant ne craignez rien: Dieu, en lançant la barque de son Église sur les mers, l'a faite assez forte pour braver les écueils-. »

1 V. Tabbé B. Catena. — Chlesa e Rili di MUano,[. 1, p. 105.)

2 Suscepi^li'Muinus sacerdolii, el in puppi Ecclesice sedens, navim adversus fluclus gubernas. Tene clavum lidei, ut te graves hujiis s;pculi turbare non possint procellae. Mare quidem magnum et spaliosuni , scd noli vereri. (Ambros. Epist. n, ad Constant, n. l;l. II, p. 734.

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Puis, après de sages conseils sur la prédication , sur l'irréprochable exemple et la douceur évangélique , l'évêque lui dictait des règles particulières touchant la conduite à tenir envers les hérétiques : c'est là qu'on retrouve, avec le véritable esprit de Jésus -Christ, le fond du cœur d'Ambroise.

« Je vous recommande, mon fils, l'Église d'Imola '. Visitez-la souvent, jusqu'au jour où l'on y ordonnera un évêque. Les occupations du carême dans lequel nous entrons m'empêchent de me rendre moi-même dans ce lieu éloigné.

« Là sont des Illyriens infectés de mauvaises doctrines d'Arius. Défiez -vous de leur zizanie; éloignez d'eux vos fidèles. Qu'eux-mêmes, se rappelant les maux qu'ils se sont attirés par leur apostasie, cessent de remuer et se convertissent enfin à la vraie foi. Mais n'accordez pas une trop facile confiance à ceux qui ont vieilli dans le schisme : on se guérit bien lentement du venin de l'erreur-. »

« Cependant, quand vous verrez un de ces pauvres tombés qui désire se relever, excusez-le, montrez-lui de l'indulgence. Lui refuser le pardon, ce serait aliéner son cœur. Voyez les bons médecins : dès qu'ils aperçoivent les symptômes d'une maladie, ils ne se hâtent pas d'appliquer les grands remèdes : ils attendent le moment. Cependant ils soignent, ils tranquillisent le malade, ils lui donnent de bonnes paroles et des adoucissements, pour lui inspirer de l'espoir et lui faire accepter le traitement.

• Coinmendo libi, fili, Ecclesiam quae est ad Forum Cornelii, etc. (Epist. II, n. 27.) — Varnefrid(Z)e Gestis Longobard. lib. II, cap. xviii), suivi en ceci par les géographes modernes, traduit Forum Cornelii par Imola.

2 Habes illic Illyrios de mala doctrina Arianorum. Cave eorum zizania. {Ibid., n. 28, p. 761.)

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