DECOUVERTE DES RELIQUES DE SAINT AMBROISE LE 8 AOUT
Extrait et traduit de l'article : S. Ambrogio e la sua basilica in Miiano , publié par M^ Rossi, prévôt de Saint- Ambroise.
Les excavations faites au mois de janvier 1864 avaient déjà mis au jour un côté du coffre de porphyre dans laquelle Angilbert avait placé les saints corps. On avait également découvert
un peu au-dessous les sépulcres primitifs , et l'on avait pu distinguer, à l'aide du texte d'Ambroise lui-même, la sépulture des martyrs, déposés in cornu Evangeln,et la sienne propre placée in cornu Epistolœ. Celte découverte, en donnant remplacement certain où avaient reposé les saints pendant quatre siècles et demi, conduisait à conclure avec assurance que ces corps reposaient dans le coffre ou châsse de prix qui était au-dessus. On s'occupa dès lors d'en faire le tour, en rouvrant une ancienne galerie souterraine qui y donnait accès ;.on la débarrassa des clôtures qui l'obstruaient en dessus; on perça les murs de soutennement bâtis pour porter la tribune ou Confession. Lorsque tous ces travaux furent enfin terminés et la crypte ouverte , on crut le temps venu d'ouvrir cette seconde sépulture et de reconnaître le dépôt sacré qu'elle contenait.
Dire l'intérêt et l'espérance qu'éveilla d'avance cette ouverture est chose difficile. On voulut lui donner la publicité requise pour la rendre authentique et légale. Ainsi y furent convoqués le corps de l'académie archéologique, la magistrature, les plus habiles professeurs d'anatomie et de chimie nécessaires pour l'examen scientifique du contenu du tombeau. Mais outre ces personnages, une telle foule se porta à la basilique Ambroisienne, que plus de cinq cents personnes entouraient Son Excellence Mgr l'archevêque, quand le soir du 8 août 1871 il vint avec sa cour présider à l'ouverture de la vénérable tombe.
Trois crânes placés en tête de trois lignes d'ossements recouvrant le fond de cette tombe apparurent aussitôt; toutefois on ne pouvait les voir qu'à travers le lit profond d'une eau limpide qui remplissait le coffre presque en entier. La joie fut à son comble. Toutefois cette grande abondance de liquide ne permit pas de procéder immédiatement à la translation des ossements. On la différa donc jusqu'au 11 du même mois, et l'on recouvrit le coffre en y apposant les sceaux comme piécédemment.
Le 11 août, au malin, tout était prêt; l'autorité , les académiciens et les hommes de l'art étaient arrivés , la foule s'était portée à l'église encore plus nombreuse que la première fois. Son Excellence l'archevêque arri>'a accompagné do sa cour et d'une députation du chapitre métropolitain. Les sceaux étant levés, on commença à vider l'eau, que messieurs les chimistes, au premier
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examen, reconnurent pour être une eau naturelle et saine. Ensuite on recueillit les têtes et les ossements, que Ton trouva solides et résistants; et lesanatomistesen firent le transport sur une grande table en conservant l'ordre dans lequel on les avait trouvés placés au fond de la châsse. On était émerveillé de voir la grande quantité des ossements , leur parfaite conservation , les proportions respectives de chacun des corps. C'était à ce point qu'au premier coup d'œil même les moins experts étaient capables de reconstruire les trois squelettes, correspondant exactement aux trois têtes. Ce ne fut pas tout. Après cette première et rapide inspection , on observa que deux des squelettes rapprochés l'un de l'autre paraissaient d'une stature athlétique, tandis que l'autre était de taille moyenne, et reposait sur un fond plus riche de poussière mêlée de fils d'or, sédiment formé par la décomposition de ses vêtements. Le jugement immédiat des observateurs prévenant celui des physiologistes et des anatomistes reconnut dans ce dernier l'illustre saint Ambroise , et dans les deux autres les martyrs découverts par lui et déposés en 386 dans cette basilique.
Cependant le même soir, usant des formalités et précautions nécessaires, on transporta les trois curps avec honneur et €Hi procession dans la sall.e haute des archives de la basilique , oîi on les renferma sous le sceau de la cour archiépiscopale.
Il s'agissait de confirmer les faits rapportés constamment par l'histoire et la traditicHi , concernant ce trésor inexploré et intact depuis 1033 ans, de 8.36 à 1871. Il convenait dans ce but a'interroger l'anatomie et la chimie. C'est pourquoi les professeurs Polli et Frapolli s'associèrent pour faire l'analyse de l'eau et des matières sedimentaires trouvées dans le coiïre de porphyre; d'autre part les professeurs Angelo Dubini, Emilie Cornalia, Augustin Riboldi se livrèrent à une étude approfondie sur les ossements. Les séances, qui se multiplièrent jusqu'au nombre de vingt, commencèrent le 14 août. Elles avaient pour but : 1° de séparer les membres de ces trois corps, et, dans la mesure où la science le permettrait, de distinguer les trois squelettes, qui déjà apparaissaient à peu près distincts; 2° de faire, selon les règles de la science anatomique , la recomposition de ces squelettes, autant qu'il serait possible; 3° de déterminer, toujours à la lumière de la
science, la taille, l'âge approximatif, et toutes les particularités qui ressortiraient de l'examen.
Or jamais, de l'aveu des professeurs désignés, des recherches de cette nature ne donnèrent d'aussi complets et d'aussi concluants résultats. S'étant mis à l'œuvre avec une ardeur égale à leur éminente habileté, secondés par les plus intelligents préparateurs du musée civil, ils ne tardèrent pas à reconnaître que peu de changements étaient survenus dans l'ordre des ossements correspondants à leurs trois têtes respectives. Celte merveilleuse conservation de chaque partie , dans son intégrité , donna la pleine confiance de pouvoir reconstituer les trois squelettes, sans crainte de se tromper dans l'attribution faite à chaque corps des membres qui lui appartenaient : à cela se joignait encore la notable différence de dimension de ces corps. En parlant des martyrs Gervais et Protais saint Ambroise écrivait à sa sœur qu'il venait de trouver duos viros mirœ magnitudinis quales prisca œtas ferehat (deux liommes d'une merveilleuse grandeur, tels qu'en produisait l'ancien temps). Or les anatomistes furent aussitôt saisis de la forme puissante et do la stature des athlètes du Christ. Pas un seul des membres principaux ne leur manquait ; et c'est à peine si dans les moindres articulations quelque chose s'était perdu dans le laps de quinze siècles et à travers trois translations. Les martyrs, d'après l'estimation de la science , s'étaient éteints dans la fleur d'une robuste jeunesse, et l'un d'eux entrait à peine dans la première virilité.
Mais les recherches les plus intéressantes, comme chacun le devine, devaient se porter sur le troisième de ces corps , le premier dans l'affection des Milanais, celui que l'histoire et la tradition assignaient au grand évêque et docteur Saint Ambroise. Aussi avec quelle attention scrupuleuse ne fut-il pas étudié! Quand on l'eut complété, en réunissant tous ses membres, sauf de très légères lacunes, il présenta une taille d'un mètre 62 centimètres , c'est-àrdire environ 20 centimètres de moins que celle des autres. La charpente des os était plus fine et plus délicate, sa tète offrait une forme pleine de noblesse et de dignité ; son âge devait approcher de la soixantaine et décliner vers la vieillesse. Tout ceci se rapportait à ce que les liistoriens les plus reculés nous ont appris sur la personne de saint Ambroise , dont ils ont signalé la taille
moyenne, la délicatesse de complexion, les incessantes fatigues et les maladies fréquentes; enfin Fépoque de son trépas...
A l'avenir la sépulture des saints ne sera plus cachée par des massifs de pierres comme depuis mille ans. La dévotion de notre temps aspire à trouver un nouvel aliment dans la vue et la visite de ce précieux trésor. Elle sera satisfaite. La nouvelle crypte qui porte la tribune de l'autel a reçu dans ses souterrains une petite tribune pareille qui contiendra la châsse. Celle-ci à l'extérieur sera de fer verni au feu représentant l'antique tombe de porphyre et donnant la facilité de l'ouvrir et de la fermer. A l'intérieur elle sera faite de cristal et des métaux les plus nobles pour recevoir avec honneur les saints corps. Par devant seront deux autels où l'on célébrera le divin sacrifice : l'un construit ayec les sépulcres primitifs du iv^ siècle , l'autre posé sur le coffre de porphyre qui fut la demeure des saints pendant dix siècles. On espère que l'ouvrage, déjà fort avancé, sera achevé au printemps prochain, 1873. Alors aura lieu la translation solennelle des saintes dépouilles et leur intronisation dans ce lieu appelé à une nouvelle gloire. Ce sera pour Milan le signal d'un renouvellement de piété et l'éveil des espérances que notre ville a placées dans le patronage de ses célestes protecteurs.