‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 14 sur 123 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

finalement les vainqueurs et les vaincus se réconciliaient à ses genoux. Si des emportements lamentables pouvaient encore déshonorer un pouvoir sans limites et sans contrôle, du moins avait-il appris à pleurer ses excès et à les réparer. L'empereur refusait les insignes du pontificat païen. L'arianisme se mourait ou cherchait chez les barbares un refuge désespéré. Le manichéisme proscrit était réduit à cacher dans l'ombre ses turpitudes et ses égarements. Une même foi dans l'Eglise, une même loi dans l'État régissaient simultanément l'univers civilisé. Le désert lui-même fleurissait, et le cloître commençait à exhaler la bonne odeur de Jésus-Christ. Une pléiade de sages et de saints , tels qu'aucun autre siècle n'en vit se lever de semblables , versait sur l'Orient et sur l'Occident l'éclat de la plus haute doctrine et l'exemple des plus célestes vertus. A leur tète le Pontife romain éclairait leurs démarches et menait tout le chœur. La papauté, après de longs déchirements , retrouvait la tranquillité avec la liberté. A Milan comme à Rome , le prince honorait l'évêque, l'évêque inspirait le prince. Partout étaient l'harmonie, la force, l'espérance; et les chrétiens purent croire qu'enfin allait s'accomplir le vœu que tant de ibis ils avaient fait monter de leurs solitudes et de leurs catacombes : « Que votre règne arrive, ô notre Père des cieux, que votre volonté se fasse sur la tefre comme au ciel ! »

Cet espoir ne fut pas long, et ni l'Église ni l'État

Mil LNTRODUCIION

ne virent le beau jour que promettait cette aurore. C'est le malheur des États où tout dépend d'un seul, que ce maître absolu venant à disparaître , tout s'écroule avec lui. Ce jour-là , pour la première fois, la société avait semblé sur le point de toucher à cet idéal catholique, vers lequel son devoir est de tendre sans cesse , où devaient la faire remonter plus tard pour quelque temps Charlemagne et saint Louis, mais où ne put la fixer aucun de ces grands princes. Le règne complet du Christ ne sera donc 'jamais de ce monde? La liberté humaine aura donc éternellement la puissance d'y mettre obstacle? Je ne sais; mais Ambroise put bientôt se convaincre que, sous cette société régénérée par la foi, il y en avait une autre obstinément rebelle à l'esprit de l'Evangile. Dans l'ordre politique , le pouvoir continua à se faire adorer; et la sacrilège tradition des cours prosterna les sujets des divins empereurs au seuil du sacré palais de leur éternité. Dans l'ordre social, l'enfant demeura longtemps encore sous l'autorité brutale et discrétionnaire du père, la femme sous le joug capricieux de l'époux; l'esclavage resta la base même de la société; la guerre ne perdit rien de ses cruautés, ni l'amphithéâtre de ses sanglantes voluptés. Or, un tel ordre de choses était-il conciliable avec la religion de pureté, de justice et d'amour? L'empire ne demeurait-il pas ce mélange réprouvé d'oppression et de perversion , cette statue de fer et de boue que le prophète avait vue , et que devait briser une Pierre

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