XII INTRODUCTION
et riiuinble austérité d'un ascète; le zèle pour le droit porté jusqu'au mépris de la vie, le sacrifice au devoir porté jusqu'à l'oubli le plus absolu de soi; un splendide génie et un caractère intrépide au service de la miséricorde et de la l)onté sans réserve : x\mbroise avait reçu tout ce qui devait faire de lui, dans un siècle d'aiïaissement l'homme de l'autorité, dans un siècle de désolations l'homme de la charité. Merveilleux composé de douceur et d'énergie, de condescendance et d'inflexibilité, de modestie et de grandeur, c'est le plus humble et le plus fier chrétien qui se puisse voir. Il a de magnanimes colères contre les puissants , contempteurs de Dieu ou oppresseurs de leurs frères; mais les faibles, les petits, les pauvres cœurs brisés , les esprits esclaves ne connaissent de lui que la compassion et la bénédiction. Il écrase l'orgueil, et il relève le repentir; il confond Symmaque, et il absout Augustin. Il fulmine l'anathème contre les hommes souillés de sang ; niais l'hypocrite Maxime restera sous ce coup , tandis que Théodose verra les foudres de l'Église s'éteindre dans ses larmes. Celui qui tient en échec les légions de l'impératrice au seuil de la basilique est le même qui sanglote avec le pécheur éperdu qui est venu cacher sa honte dans son sein. Qu'on lui demande de livrer son Eglise aux impies : plutôt que de la trahir, il y mettra sa vie, et déjà il en tressaille d'enthousiasme et d'espoir. Mais qu'on lui dise que le sang des hommes va couler, ou qu'un infortuné soit