INTRODUCTION XV
la patrie comme un ancien Romain , et il aime l'Eglise comme un confesseur de la foi. Ainsi, qu'on le regarde du côté de la terre ou du côté du ciel, Ambroise , ministre de Dieu et serviteur des hommes . réalise pleinement l'idée que l'Evangile nous propose d'un pontife de la nouvelle loi. Ainsi il apparaît à son siècle comme un grand type du sacerdoce chrétien; et un jour Théodose , subjugué par l'admiration , sera forcé de s'écrier : Je ne connais qu'un évêque au monde : c'est Ambroise ^!
Toutefois si la sainteté a son foyer dans l'amour et son exercice dans le zèle , elle n'a sa consommation que dans le sacrifice. Ambroise se fit victime volontaire pour Dieu ; et toute sa vie que fut-elle sinon une généreuse immolation de lui-même? Né riche, il se fait pauvre; né grand, il se fait petit. Les savants viennent vers lui comme « vers le sanctuaire des oracles de Dieu » ; mais le Docteur ne voit en luimême qu'un « pauvre ver luisant )) , c'est ainsi qu'il se nomme. On le vénère jusque chez les peuples barbares , on vient le contempler des sables de la Perse et des vallées de l'Elbe; mais ses admirateurs le trouvent caché dans la retraite, n'aspirant qu'à la paix d'une solitude obscure. La pauvreté l'affranchit, l'humilité l'agrandit, la pénitence Tépure, la souffrance l'élève. Il est persécuté, méconnu, calomnié ; il perd ses amis , il voit expirer son frère , il voit
1 A(iêp6(jiov yàp oToa [xôvov ETrÎCTXOTiov à|îw; xaAOÛ|JLevûv. ( l'heodorel. Hist. ceci. lib. V, cap. xviii.)
XVI INTRODUCTIOxN
périr tour à tour, dans trois princes chrétiens, ses plus nobles affections et ses plus hautes espérances. Mais c'est par ce rude chemin que, de degré en degré, et, pour ainsi dire, de tombeau en tombeau, il atteint au sommet de la perfection.
A la fin l'homme terrestre s'est complètement effacé, l'homme céleste reste seul: c'est Theure où les miracles jaillissent de ses mains : Ambroise commence à entrer dans les puissances de Dieu. Sa plus chère conversation est avec les martyrs, dont il envie le sort, dont il glorifie les reliques, et qui semblent , sous ses pas, se lever de leurs sépulcres pour lui montrer le chemin de son éternité. Lui-même n'aspire plus qu'après « le bienfait de la mort » , — c'est son expression ; — et la maladie le surprend dans la méditation du psaume de l'espérance. Jésus-Christ, son Maître, lui apparaît alors, et lui donne en souriant le signal du départ. Après avoir reçu une dernière fois l'hostie dont les voiles vont tomber devant ses yeux dessillés, Ambroise, les bras en croix, expire à l'aube du jour... C'est l'aube du jour de Pâques ! et la parole suprême qu'il dit à ses amis est un acte d'amour divin , le même que nous retrouvons sur les lèvres mourantes d'un pieux évoque de France : « Je vais être jugé par Celui que j'ai beaucoup aimé '. »
1 Ce sont les dernières paroles de Mff' de Quélen, archevêque de Paris. Saint Ambroise mourant avait dit semblablement : Nec iimeo mori, quia Dominum honum habemus. (Paulin, in Vita Ambros., n. 45.)