CHAPITRE II
VOYAGE d'aMBROISE A ROME MARCELLINE ET LE COLLEGE DES VIERGES A MILAN
Ambroise se rend à Rome. — Il y modère les austérités de Marcelline. — Miracles d'Ambroise à Rome. — Pendant une famine il s'oppose à l'expulsion des étrangers.
Vie fraternelle et sainte d'Ambroise, de Satyre et de Marcelline à Milan. — Retraite à la Villa. — Marcelline et les vierges de Milan : Candide , Manlia , Deedalia.
Profession de la vierge Ambrosia. — La famille d'Eusèbe de Bologne. — Ambroise console Faustin. — Il élève les petits enfants d'Eusèbe. — Son discours de l'institution d'une vierge. — La règle monastique.
Ambroise suivit de près, sur le chemin de Rome, le livre qu'il venait d'adresser à sa sœur. « Il y avait peu d'années qu'il était ordonné, raconte son biographe, quand il se rendit à Rome, ville de son origine, où il revit sa propre maison, et retrouva sa sœur*. » L'historien place ce fait avant le voyage qu'Ambroise dut faire à Sirmium en 379 ; et même plusieurs anciens textes du même récit écrivent que ce fut exactement quatre ans après sa consécration. C'est donc avec raison que de judicieux critiques le rapportent à la fin de Tannée 377 -.
1 Post annos aliquot ordinationis suae ad urbem Romam , hoc est ad proprium solum, perrexit... (Paulin, in Vita Ambros., n. 9.)
2 Les manuscrits milanais, très -anciens et très-nombreux, compulsés et cités par M. Biraghi , portent la leçon : post annos quatuor,
Celait la première fois depuis sa promotion à l'épiscopat qu'Ambroise revoyait Rome. Son biographe n'assigne d'autre but à ce voyage que le désir de se retrouver au sein de sa famille; mais, dans cette famille, la mort avait fait des vides ; Ambroise ne put revoir sa vénérable mère, que Dieu avait rappelée *. Elle passe complètement ignorée et inaperçue dans l'histoire de son fils, semblable à ces esprits bienfaisants dont parle l'Écriture, lesquels, après avoir guidé dans leur pèlerinage les fils des patriarches , remontaient au ciel sans laisser leur trace chez les hommes.
Marcelline seule restait dans la maison paternelle , où elle vivait plus pénitente, plus charitable, plus dévouée que jamais au service de Jésus -Clirist , de l'Église et de ses pauvres. L'arrivée de l'évèquela combla d'une grande joie, elle et la fidèle compagne qui ne l'avait pas quittée depuis sa profession. Voyant cette dernière venir à sa rencontre, et lui baiser la main : « Ne vous l'a- « vais-je pas -prédit? lui dit Ambroise en souriant. Voici « que je suis évêqire, et que vous me baisez la main^! »
On peut juger quels furent les entretiens spirituels du frère et de la sœur, par ceux que le pontife adressait à Marcelline quelques mois auparavant. Il lui rappelait le
au lieu de celle-ci : post aliquot annos. C'est la quatrième année nominale, c'est-à-dire en 377; et dans un autre endroit Paulin l'explique lui-même en disant après trois années environ. Baronius place aussi ce troisième voyage à l'an 377. (V. D"' Biraghi, Vila diS. MarceUina, cap. viii.) C'est sans aucun fondement que les Bénédictins, et plusieurs écrivains après eux, idenlilient ce voyage avec celui qu'Ambroise entreprit pour le concile de Rome en 382. L'historien Paulin ne dit rien d'où on le puisse conclure.
1 Ad urbem Romam perrexit, matre jam defuncla. [Paulin, in Vila Ambros. , n. 9.)
2 ... Cum illa dexteram illius oscularetur, subridens ait illi : Ecce, ut dicebam libi, sacerdotis manum oscularis. (Paulin, in Vita Ambros., n. 9.)
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discours prononcé par le pape Libère à sa profession ; il lui rendait le témoignage qu'elle en avait suivi fidèlement les conseils; il craignait même qu'elle n'en eût, par trop de rigueur, outre-passé les règles ; et il lui donnait l'avertissement de modérer ses austérités :
« Cela était bon, disait-il, quand vous étiez plus jeune. Mais, le corps une fois dompté, il faut vous ménager pour conserver aux vierges une maîtresse utile. Un sage cultivateur varie de temps en temps les semences de son champ, et cette variété le repose. Vous aussi, ma sœur, quiètes un vétéran de la milice des vierges, diversifiez la semence que vous confiez à votre âme. Prenez quelque aliment, modérez vos jeûnes, vos lectures, vos prières *. C'est assez avoir labouré le sol de votre cœur ; cette terre ainsi préparée, ouvrez- la doucement pour y faire fleurir la rose de la pudeur, le lis de la pureté, la violette teinte du sang sacré de Jésus -Christ. C'est une commune maxime qu'il ne faut pas commencer par faire trop vivement ce qu'on souhaite de faire persévéramment. Il est juste d'ailleurs que vous teniez en réserve quelque pratique plus parfaite pour le temps du carême, non par ostentation, mais par dévotion 2. »
Quand la ville de Rome connut l'arrivée et la présence xl'Ambroise, elle l'accueillit avec un pieux enthousiasme. Elle voulait voir l'homme de Dieu que, six ans auparavant, elle avait vu partir revêtu du laticlave , et qu'elle retrouvait évoque d'une grande Église, investi du prestige de faulorité religieuse, de la puissance politique et de l'éminente sainteté. On se pressait sur ses pas ; on baisait ses vêtements, on se disputait l'honneur de le posséder ou de
1 Haec convenere junioribus annis, donec mens aevi matura canescerel. Tu quoque, veterana virgo, pectoris lui colles diversis seminibus insère... (De Virginibus lib. III, cap..iv, n. 16.)
2 Ihid., cap. IV, n. 17.
l'entretenir, et on lui attribuait les dons surnaturels de la prophétie et du miracle.
Un jour il s'était rendu, pour célébrer la messe, chez une très-grande dame habitant au delà du Tibre. Une femme de service, celle qui, dans les habitudes de la vie romaine, avait le soin des bains , se trouvait retenue au lit par la paralysie. Apprenant que le saint évêque de Milan était dans la maison, elle se fit porter aux pieds de l'homme de Dieu. Pendant que celui-ci lui imposait les mains, la malade s'efforçait de toucher ses vêtements. A peine en eutelle approché ses lèvres en tremblant, qu'aussitôt elle recouvra la santé et se mit à marcher. « C'est là , ajoute Paulin , un fait aussi public qu'il est merveilleux ; car , bien des années après, je l'ai entendu raconter par de saints personnages, lorsque j'étais moi-même dans la ville de Rome '. »
On rapporte également, mais le fait est moins authentique, qu'Ambroise étant un jour chez un riche banquier, celui-ci s'était mis à lui vanter pompeusement le résultat prospère de ses spéculations. Le grand tort de ce riche était que, tout enflé d'orgueil, il rapportait à lui seul son bonheur et sa fortune. Ambroise, en l'entendant, se montra contristé. Il se leva gravement et quitta, sans rien dire , la maison du financier. Le lendemain , on apprit que cette maison s'était effondrée sur son maître -. «
Il est vrai que si jamais le faste de l'opulence devait être odieux, c'était bien en ce temps qui vit fondre sur Rome une de ces famines dont le souvenir est l'effroi de l'histoire. La première est placée, par les plus graves annalistes 3 , dans celte même année 377, et tout ce qu'on en sait
1 Cum trans Tiberim apud quanidam Clarissiraam iavitatus, sacrificium in domo offerret, etc. (Paulin, in Vila Ambros. , n. 10.)
2 Baronius in Ambros. [Annal, t. IV, ad ann. 369.)
3 II faut distinguer à celte même époque deux famines pres.que successives : Tune que Baronius place dans Fanée 383; l'autre qui a pré-
concorde avec ce qu'Ambroise nous en a raconté au troisième livre de son traité des Devoirs. Depuis des siècles la Ville ne tirait sa subsistance que des riches provinces de la Sicile et de l'Egypte , de sorte qu'en réalité la vie du peuple-roi était à la merci des colons de la vallée d'Enna ou des rives du Nil. En cette fatale année, les arrivages manquèrent ; l'intendant des vivres, appelé préfet de l'annone , se trouva impuissant à alimenter la cité , et les pauvres se virent condamnés irrémédiablement à mourir de faim.
A cette première cause de misère s'ajoutait l'accaparement des blés par d'avides spéculateurs. Ambroise savait leurs manœuvres; et voici en quels termes indignés il s'élevait contre ceux qui trafiquaient de la faim de leurs frères :
« Puisque les biens de la terre sont faits pour tous les hommes, pourquoi ne voulez -vous pas que tous les hommes en jouissent? Dieu nous donne l'abondance : pourquoi faites-vous la disette ? Que vous êtes coupables , ô vous qui mettez votre bonheur à nous voir manquer de tout ! vous qui vous désolez quand les greniers se remplissent, et qui ne vous en consolez qu'en supputant d'avance les mauvaises années !... Et vous appelez cela de l'habileté, de la prévoyance, de l'intelligence commerciale ? C'est de la fourberie , c'est de la perfidie , c'est de la cruauté qu'il faut dire ! Non, vous ne prévoyez pas nos maux pour les guérir, vous spéculez sur notre faim pour l'exploiter. Or comment nommer cela ? Est-ce un trafic ou un larcin? Vous ressemblez au brigand qui guette le moment de faire tomber le passant dans une embuscade pour lui percer le cœur. Usuriers que vous êtes ! vous tirez un intérêt criant de notre détresse, et vous créez vous-mêmes
cédé, et que les éditeurs bénédictins ont placée vers l'an 376 ou 377. [DeOfficiis lib. III, cap, vu, note c, p. 119.)
la crise dont vous profitez ; votre profit à vous est la ruine de tous '. »
C'était peu de dénoncer une des causes du mal , il fallait y remédier. L'édilité romaine s'en était inquiétée; mais le remède proposé par les magistrats païens était abominable. Il ne s'agissait de rien moins, dans les délibérations égoïstes du sénat, que d'expulser en masse les étrangers résidant dans la ville , et de n'admettre à la faveur des distributions de blé que les natifs de Rome. C'était vouer à la mort des myriades d'innocents, hommes, femmes, enfants, vieillards, exilés de la cité qu'ils étaient venus servir.
On allait donc voir se renouveler le spectacle qu'avait donné récemment la campagne romaine *, lorsque, dans un temps de famine semblable , des milliers d'étrangers chassés de la ville erraient comme des spectres sur les grandes voies publiques , ou gisaient expirants parmi les champs désolés qui attendaient leurs os. Ces païens savaient-ils ce qu'il y a de sacré dans les douleurs de l'homme ? Toutefois l'atroce sentence admettait une exception : le droit de séjour était conservé aux comédiens, aux bateleurs, aux danseuses, dont trois mille desservaient les théâtres de Rome, comme autant de prêtresses. C'était couronner la cruauté par l'infamie, et ce dernier trait de moeurs est le plus honteux de tous.
Un cri d'horreur sortit de l'âme de saint Ambroise. « Quoi ! disait-il dans son éloquence indignée , chasser tant de braves gens, quand le devoir commande de les assister ! les arracher du sein de la mère commune, leur dénier des biens qui sont à eux comme à nous, et exiger que
1 De Offîciis.
2 lUufl quod proxime Romœ facUiin esl, ejectos esse urbe, etc. (D3 Of/îc. mimst. V\h. III, cap. vu, n. 49.)
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ceux qui jouissent de nos droits ne puissent avoir aussi une part de notre pain, dans un temps malheureux ! Mais les bêtes féroces ne se proscrivent pas entre elles : il n'y a que l'homme qui proscrive l'homme! Il n'y a que l'homme qui s'arme ainsi contre son frère, lui à qui le poëte fait dire : « Je suis homme , rien d'humain n'est étranger pour moi '. »
Il se trouva heureusement que le préfetdela ville était, dans ce temps-ià, un vieillard charitable, qu'Ambroise qualifie du titre de très-saint. Quelques savants conjecturent que c'était le préfet Gracchus, qui, en effet, occupa la préfecture urbaine dans cette même année 377, et dont ont fait mention saint Jérôme et Prudence -. Par lui, et, peut-être aussi par l'influence d'Ambroise une commission s'organisa, composée des personnages les plus considérables. Le vénérable préfet leur adressa un discours qu'Ambroise a conservé dans ses propres ouvrages. Quand il ne l'eût pas ainsi revendiqué comme sien, le style seul révèle assez de quelle âme romaine et sacerdotale en était venue l'idée et l'inspiration.
« Quoi ! dit le bon vieillard , nous ne laissons pas nos chiens tourner autour de nos tables sans leur donner quelques miettes, et nous enverrions des hommes mourir de faim! Quel préjudice ne porterait pas aux intérêts de la ville le départ de tant-de gens ! Vous dites qu'ils l'affament ; mais non, ils l'alimentent par le commerce et les impôts qu'ils payent? Vous dites qu'ils sont étrangers; mais n'est-ce pas parmi eux que se trouvent nos laboureurs, nos fermiers, nos domestiques ? Ceux que nous dé-
1 Ferae non expellunt feras, et homo excludit hominem ! lUœ conformem sui generis adjuvant, homo impugnat qui nihii a se alienum débet credere quidquid humani est. {De Officiis lib. III, cap. vu, n. 45.) L'allusion au vers de Térence est évidente.
2 Godefroy (lib. III de Quœslionibus] place à cette date la préfeclare de Gracchus.
vouons à la mort sont précisément ceux à qui nous devons la vie. Les laisserons -nous sans pain, eux dont le travail nous a donné le pain depuis tant d'années? Craignons -nous par là d'accroître la famine? mais la miséricorde n'a jamais ruiné personne ; et si le fisc est sans ressource, c'est à nous de combler de nos propres deniers ce que leur subsistance pourra coûter au Trésor ' . »
Ce discours eut son effet. Une large subvention fut souscrite, et l'on parvint à faire de nouveaux achats de blé , dont les étrangers profitèrent comme les autres *.
Bien qu'il eût eu lui-même une part considérable dans cet acte de charité, Ambroise en rapportait tout l'honneur au préfet : « Quelle recommandation pour ce très-saint vieillard un si grand bienfait n'est- il pas devant Dieu! Quelle gloire aux yeux des hommes! Celui-là est vraiment grand qui peut dire à l'empereur en lui montrant le peuple de toute une province : « Je vous ai conservé ces hommes, et ces sujets je les ai'sauvés de la mort' ! »
Quelque temps après, Ambroise quittait Rome, entouré de bénédictions ; et, dès le commencement de 378, il était de retour dans sa ville épiscopale.
11 n'y revenait pas seul. Marcelline l'y suivit; peutêtre même se mit-elle en route avec lui ; car, à partir de
1 Prsefecturae urbanee curam caeleris majorem sustinens convocavit honorâtes et locupleliores vires, poposcit ut in médium consulerent, dicens quam immane essetperegrinos, ejici : Canes anle mensam impaslos esse non patimur, et homines excludimus... , etc. (Lib. III, cap. VII, n. 46.)
2 Quid plura? collato auro, coacla frumenta; et peregrinis alinioniam subministravit. [Ibid., n. 48.)
3 Hic raagnus vere probatus qui vere potuit imperatori dicere, denionstrans provincise totius populos : « Hos tibi omnes reservavi... , hi vivunt beneficio lui senalus. Hos tua curia morti abstulit. » {Ibid.)
mÎrCELLINE et ses frères a milan 181
cette époque, on la retrouve moins à Rome que dans la société de son frère à Milan». « Lorsque Ambroise et Satyre eurent commencé de vivre ensemble, dit le trèsancien panégyrique de la sainte, la vierge Marcelline ne put demeurer plus longtemps éloignée de ses frères, objets de son affection. Elle abandonna sa maison, sa patrie, tout ce qu'elle avait, et se transporta à Milan , préférant s'en aller habiter avec eux, dans un pays étranger , que de posséder tous les trésors de Rome sans ces deux lumières de son âme -. »
On a rarement vu, on ne reverra peut-être jamais, dans l'histoire de l'Église, un spectacle pareil à cel-ui de cette fraternelle société de trois âmes fondues en une entière communauté de pensées, de sentiments et de vie. La famille et la religion , réunissant dans ces cœurs leurs affections les plus ardentes et les plus pures , semblèrent réaliser , au sein d'une existence de félicité et de perfection, ce que l'homme n'a jamais entrevu que dans ses rêves.
Au sein de cette heureuse communauté, Satyre restait chargé du gouvernement des gens de la maison. « Il ne
1 II est vrai que saint Jérôme, dans sa lettre écrite du port d'Ostie aux dames de Rome, qu'il venait de quitter, en38o, nomme une Marcelline, qu'il salue en poit-scriptum : Saluta malrem Alhinam, sororemque Marcellam , Marcellinam quoque el sanctam Felicilatem. (Epist. xxvm, ad Asellam,éà.\\.. Bénédict., t. IV, p. 67.) Mais rien ne fait supposer que celte Marcelline, nommée ici pour la première et dernière fois, à la fin d'une lettre de saint Jérôme, soit l'illustre et admirable sœur de saint Ambroise. (V. item Vila di S. Marcellin. du D' Biraghi , note au ch. viii.)
2 Virgo Domini Marcellina, carissimis diulius avelli non passa gcrmanis, domo, patria, rebusque reliclis, sese Mediolanum contulti, salius rata peregrinam cum illis ducere vilam quam duobus privata luminibus Romanas opes miserabilis possidere. (Ex Mombrilio. Apud Rolland, die 17" Julii, in feslo S. Marcellinœ , édit. Palmé; t. IV, mensis Julii.)
convenait guère à ma sœur et à moi , à cause de notre profession sacrée, raconte Ambroise, d'avoir à les reprendre et à les corriger. C'était l'office de Satyre, qui s'en acquittait sans faiblesse et sans rigueur, ainsi qu'il le fallait dans la demeure d'un évêque'. »
Marcelline partageait la vie de ses deux frères. « Contente pour elle-même d'un vêtement très -simple et d'une nourriture commune, dit son panégyrique , elle ne voulait pas d'autre part dans l'héritage de ses pères 2. » Mais son bonheur était de s'entretenir de Dieu avec celui qu'ellemême avait instruit de sa loi dès sa première enfance. C'était ordinairement l'Écriture qui fournissait le sujet de leurs discours. Ainsi que les plus illustres chrétiennes de ce temps-là, Marcelline en possédait si exactement tous les textes, qu'elle « avait coutume de devancer parle souvenir les citations qu'on pouvait en faire devant elle ^. » Ambroise et Marcelline en scrutaient ensemble les profondeurs divines ; et si parfois s'élevait quelque dissentiment sur ce qu'il convenait mieux ou de croire ou de faire, alors d'un commun accord l'un et Taulre s'en rapportaient au jugement de Satyre. « Le bon Satyre, dit Ambroise, ne voulant donner de démenti à personne, et désireux, au contraire, de contenter chacun, trouvait moyen de concilier ensemble la vérité avec la charité. Il disait son opinion sans blesser l'affection, et renvoyait chacune des parties satisfaite d'elle-même et de lui*. » D'ailleurs
1 Servulis ipsis coercilio non amara : in nobisenim prol'essio repressilsludia coercendi. Imo tu, fraler, ab omni nos abducebas coercilionis affeclu, vindicâre pollicens, et lenire desiderans. [De Excessu Satyri,n. 41.)
2 Nihil praîler simplicem habitum et viles cibos de universa paterna haeredilatis possessione requirebal. (Apud Bolland. 17» Julii, cap. H, n. ■12.)
•5 Quamvis Scripturarum memoria consolationes ferenlibus prœcurrat. (De Excessu Salyri , n. 76.) 4 Si quando aliquid cum sancta sorore mihi conferenduin fuit,ubi