MALADIE DE SATYRE
àme ou lui donner la sienne ' ». Consterné, muet de douleur, oubliant ce grand courage qui soutenait l'Église , et qui allait tenir en respect les rois mêmes, l'évêque versait des larmes silencieuses, inconsolables. « Oui, c'est vrai, j'ai pleuré, disait-il à son peuple,.j'ai pleuré comme Jésus- Christ sur celui qu'il aimait. Encore Jésus-Christ pleurait sur un étranger, moi j'ai pleuré sur un frère ^\ »
Seul ce frère expirant était calme et résigné ; il modérait les transports de ceux qui l'entouraient , témoignant doucement que la vue de leurs larmes était pour lui une douleur plus grande que la mort même ^.
Une de ses dernières pensées fut de recommander à Ambroise les pauvres qu'il avait beaucoup aimés. Celuici et Marcelline le prièrent de leur dire quelle somme il voulait leur laisser en aumônes. « Non, répondit Satyre d'une voix expirante, ceci est votre affaire. Je vous prie seulement de leur donner vous-mêmes ce qui vous semblera bon*. » — « Ce qui me semble bon, c'est de leur donner tout, » interprétait Ambroise , légataire bien digne de l'inépuisable charité de son frère.
Une dernière défaillance annonça l'heure suprême : « 0 tristes baisers de ces douloureux moments, s'écriait l'évêque , gages cruels et doux , embrassements infortunés , au milieu desquels j'ai senti son corps se glacer, etsondernier soulïles'exhaler! Jeserraismes bras pour le retenir; mais j'avais déjà perdu celui que j'étreignais encore. Je recueillais son dernier souffle sur sa bouche haletante. Ah ! mon frère, quen'ai-je pu en même
1 Putabam aut quod tuam mortein ipse susciperem, aut meam vilam in te ipse Iransfuderem. [De Excessu Satyri, n. 19.)
2 Lacrymavi ergo, fraler, etiam ego : sed lacrymavit et Dominus. Ille alienum, ego fralrem. [Ibid. , u. 10.)
3 Cum adhucviveres, flere prohibebas, mœroremque magis nostrura quam tuam mortem tibi esse teslabaris dolori. [Ibid., n. 15.)
4 Ibid.. n.59.