‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 62 sur 123 · LES BASILIQUES ÉLEVÉES PAR AMBROISE · texte numérisé non relu

LES BASILIQUES ÉLEVÉES PAR AMBROISE

trefois n'étaient pas plus confiants quand ils mettaient en vente le champ où était campé, à leurs portes , un ennem i trop assuré de sa victoire.

Ambroise avait déjà , à une date incertaine , qui varie selon les auteurs de 378 à 382 , bâti une basilique qu'il dédia aux apôtres Pierre et Paul, et qu'il enrichit de leurs reliques. On l'appelait d'ordinaire la basilique Romaine, sans doute parce qu'elle était située à quelques pas de la porte Romaine, au levant de la ville, dans ce quartier où l'on a récemment découvert une catacombe chrétienne remplie des plus précieux signes de l'antique foi. Un arc de triomphe confinait à la basilique, et tout autour s'étendait le cimetière romain, ou « cimetière des étrangers », lequel avait reçu la dépouille des premiers martyrs de Jésus -Christ. Au lieu que jusqu'ici les nefs des basiliques, prolongeant leurs rangs de colonnes en ligne droite, formaient un carré long, Ambroise voulut que son église reçût la forme d'une croix. Lui-même nous l'apprend dans une inscription destinée au monument où il inaugurait ce symbolisme expressif , bien digne de son génie comme de sa piété.

Il y avait gravé en distiques latins : « Ambroise a fondé ce temple, il l'a consacré au Seigneur; il l'a enrichi du nom et des reliques des apôtres.

« Le temple a la forme d'une croix, parce qu'il est un monument de la victoire du Christ ; et la croix vénérable marque ce lieu de triomphe '. »

( Condidit Ambrosius templum, Dominoque sacravit, Nomine apostolico, munere , reliquiis.

Forma crucis templum est ; templum Victoria Christi , Sacra triumphalis signât imago locum.

Ce dernier vers me paraît se référer au voisinage de l'arc de triomphe romain contigu à l'église ; ce qui me ferait préférer cette leçon :

Sacra (riinnj/halem sigjiat imago locum.

Un art nouveau commençait donc à surgir de terre dès le lendemain des persécutions impériales, comme d'une campagne foulée par les pieds de l'ennemi les germes enfouis jaillissent pressés d'éclore. Certes , nous sommes encore loin de l'architecture sublime qui va porter si haut la croix des cathédrales ; mais voici que déjà, dans le plan de la basilique, cette croix conquérante prend possession du sol, s'y assied, s'y imprime, en attendant que les dômes , puis les flèches gothiques la soulèvent vers le ciel. Ambroise avait raison de glorifier dans ses vers cette pacifique victoire du signe rédempteur, et de l'opposer à celle dont, à deux pas de là, l'arc de triomphe romain était un monument plus fastueux, mais moins durable.

Ambroise chanta les saints à qui il venait d'élever, des autels. Son hymne rappelait la confraternité apostolique de Pierre et de Paul ; mais Pierre y conservait l'honneur de la primauté. Après avoir décrit son supplice prophétisé, après l'avoir montré renversé sur cette croix de laquelle il pouvait bénir la Ville et l'univers, Ambroise s'écrie soudain : « C'est par lui , c'est depuis lui que le sommet sublime de la religion c'est Piome , Rome cimentée de son sang et enrichie de sa gloire '.

« Ne croirait-on pas qu'en toi le monde de la terre se rencontre avec celui des cieux, ô Église choisie, ô capitale des peuples, et siège de celui à qui les peuples obéissent ^ ! »

1 Hinc Romacelsum verlicem Devolionis extulit, Fundala lali sanguine.

Et vale lanto nobilis.

(Hynin. vu, p. 89, édit. Biraglii.)

2 Elecla ! genlium caput, Sedes magistri genlium.

Ce nom d'electa paraît emprunté à celte finale de l'Epître de saint

Page 1