‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premier établissement du christianisme en AngleterreChapitre 19 sur 47 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Du pallium. — Ce qu'étaient dans l'origine ces insignes de la dignité métropolitaine. — Changements opérés plus tard dans la forme de ce vêtement. — Depuis quelle époque le pallium estil en usage dans l'Église? — Saint Grégoire envoie, pour la première fois, le pallium à plusieurs archevêques de France. — Synode de saint Boni face, apôtre de l'Allemagne, en 745. — Érection des sièges épiscopaux de l'Angleterre. — Le catholicisme se développe dans tontes les parties du pays.

Nous devons dire ici quelques mots du pallium, ou marque de la dignité métropolitaine envoyée par saint Grégoire le Grand au premier archevêque anglais.

Le lecteur désireux de connaître tout ce qui se rattache à cette question , trouvera une savante dissertation dans l'Histoire ecclésiastique d'Angleterre, par M. Collier; c'est de cet ouvrage et de quelques renseignements épars dans les lettres de saint Grégoire que nous avons tiré les détails qui suivent.

Le pallium , dans sa forme la plus ancienne, était une magnifique robe portée par les métropolitains au-dessus du vêtement épîscopal ordinaire, pour les distinguer de leurs suffragants.

Il ressort des avertissements contre l'orgueil et la vanité mondaine , que saint Grégoire était dans l'usage de donner lorsqu'il accordait le pallium, que c'était de son temps un vêtement d'une grande splendeur et qui donnait beaucoup de dignité. Le pallium était donc destiné, dans son idée première, à rappeler à celui qui le portait l'élévation de sa charge, et à le tenir dans une ligne de conduite d'une circonspection convenable.

Plus tard , cependant , la forme du pallium fut changée , et au lieu de la robe de parade tombant des épaules aux pieds , il consista seulement en une bande d'étoffe de laine portée sur les épaules, à laquelle se joignaient deux autres bandes de la même étoffe, dont une tombait sur la poitrine et l'autre descendait sur le dos; chacune était marquée d'une croix rouge, et celle des épaules avait plusieurs petites croix ; le tout était attaché au reste du vêtement avec trois épingles d'or. De même que la forme postérieure différait de celle de l'ancien pallium, le nom changea aussi de signification.

Tandis que le magnifique vêtement du temps

de saint Grégoire était destiné à marquer la dignité de celui qui le portait , la simple distinction des temps modernes était regardée comme un contre-poids à la splendeur de l'habit èpiscopal et une sauve-garde contre l'amour des pompes terrestres, que les insignes d'un état ecclésiastique élevé peuvent réveiller dans un esprit mal réglé. Le pallium ancien ou moderne avait un objet commun , celui de marquer le rapport intime qui existe entre les métropolitains et le Saint-Siège. Le pallium, avant d'être envoyé de Rome, était placé sur le tombeau des apôtres, et béni solennellement, de manière à être tout à la fois, pour celui qui le portait, un souvenir de la bénédiction de saint Pierre et un engagement de fidélité envers son successeur.

Il est évident, par la lettre de saint Grégoire le Grand au primat des Gaules, que le pallium était en usage longtemps avant le vii e siècle. Il ne fut peut-être pas regardé d'abord comme un emblème d'autorité et un gage de dépendance du siège romain , mais plutôt comme une marque de faveur et de considération personnelle de la part de celui qui le donnait. Virgile, archevêque d'Arles, ne le reçut que quatre années après son élévation à ce siège, ainsi que cela ressort de la date de la lettre que saint Grégoire lui écrivit en lui envoyant le pallium. Saint Grégoire est le

premier pape qui ait conféré cette dignité à d'autres archevêques de France que celui d' Arles.

Ainsi qu'il est arrivé pour d'autres coutumes ecclésiastiques , ce qui n'était d'abord qu'un usage a été plus tard converti en loi. Ainsi, au synode convoqué par saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, en 745, il fut arrêté que toute la chrétienté regarderait Rome comme le centre de la communion catholique, et se soumettrait aux décisions du Saint-Siège 1 ; comme gage de cet arrangement et de cette dépendance, tous les métropolitains devaient s'adresser à Rome pour obtenir le pallium\ Les arche-

i JEpître de saint Boniface à Cuthbert, archevêque de Cantorbéry. Le décret mentionné ici est conçu dans les termes suivants ; il fut expédié à l'archevêque avec les autres résolutions du concile *

« Decrevimus haec in nostro synodali conventu , et confessi sumus fidem catholicam, et unitatem. et subjeclionem Romans Ecclesiae, fine tenus vit» nostrae, velle servare, sancto Petro etvicario ejus velle subjici; synodum per omnes annos congregare : metropolitanos pallia ab illa sede qusrere , et per omnia prœcepta sancti Pétri canonice sequi desiderare ut inter oves sibi commendatas numeremur. Et isti confessioni uoiverse consensimus, et subscripsimus , et ad corpus sancti Pétri, principis apostolorum, direximus, quod gratulando clerus et ponlifex Romanus suscepit. »

* A prendre à la lettre les expressions de notre auteur , il semblerait que ce fut en ce synode de 745 que les évêques des Gaules reconnurent Rome pour la première fois comme le centra da la communion catholique, et le successeur da saint Piarra

vêques de Rouen, de Reims et de Sens, soutinrent les privilèges de leur Eglise nationale, et saint Bonifaee fut un moment enclin à admettre leurs objections; mais enfin, sur les remontrances du pape Zacharie, il renouvela ses instances au nom du Saint-Siège, et les archevêques réfractaires se décidèrent à accepter, sur les explications qui leur furent données , le présent

comme le chef suprême de la hiérarchie. Mais d'abord le décret allégué ne dit rien de semblable , les évéques déclarant qu'ils veulent conserver la foi catholique, l'unité et la soumission à l'Eglise romaine; on ne peut en conclure que jusqu'alors ils n'avaient pas reçu la foi catholique ; on ne saurait en conclure davantage que jusqu'alors ils n'avaient pas reconnu la suprématie du Pontife romain. Au concile de 1814, pour ne citer qu'un exemple tout à fait moderne, les Evéques firent une déclaration semblable à celle du concile de 745 ; cela prouve-t-il que jusqu'en 1811 la suprématie du Pape était inconnue aui Eglises de France? Quant au pallium, l'auteur vient de dire que l'usage de recevoir du souverain Pontife cet insigne de la dignité métropolitaine était en vigueur longtemps avant le vu* siècle, et que les archevêques l'acceptaient comme un gage de leur fidélité envers le successeur de saint Pierre. Toutefois, la manière dont il s'exprime pourrait faire croire qu'il confond l'autorité suprême de juridiction et le droit de confirmer les évêques, avec cet usage d'envoyer le pallium aux métropolilains. Ce sont deux choses distinctes : l'autorité du Pontife romain est de droit divin, établie par Jésus-Christ même ; elle n'a pas cessé un seul jour d'être reconnue dans l'Eglise depuis saint Pierre jusqu'à Grégoire XVI. L'usage d'envoyer le pallium, est une des manières dont cette autorité s'est manifestée j mais ce n'est pas la seule. Nous ne pouvons, dans une note, discuter à fond de pareilles questions; il nous su Ait d'avoir averti le lecteur. (Note du Traducteur.)

qu'ils avaient d'abord refusé. En 872, sous le pontificat d'Adrien II, il fut décrété que les métropolitains auraient à obtenir leur confirmation de leurs patriarches respectifs, soit par l'imposition des mains, soit par le don du pallium. Mais cette loi, suivant Collier, n'était, sous aucun rapport, pas plus favorable à la puissance du Pape en Occident, qu'à celle des patriarches d'Orient 4 . Sa promulgation cependant fut promptement suivie d'un rapide progrès de l'influence romaine en Europe , et prépara la voie aux vastes prérogatives spirituelles de saint Grégoire VIL

Saint Grégoire avait choisi Londres pour siège de la primatie d'Angleterre, vu que cette ville avait eu le même rang dans le temps des Bretons, Le nouvel archevêque reçut des instructions pour ériger douze sièges épiscopaux dans sa province, et nommer un èvêque d' Yorck, qui, à mesure que l'Eglise prendrait racine dans les provinces septentrionales de l'Angleterre , devait être élevé au rang d'archevêque et recevoir le pallium de Rome. Il était projeté d'égaliser plus tard le nombre des sièges épiscopaux dans les deux provinces. Du-

1 II faut ajouter que les patriarches d'Orient recevaient et demandaient eux-mômes le pallium aux souverains Pontifes; on peut consulter sur tous ces points l'ouvrage de M. l'abbé de Lamennais : De la tradition de VEglise sur l'institution des êvêques. (Note du Traducteur.)

rant la vie de saint Augustin, l'archevêque d'Yorck lui devait obéissance canonique; plus tard, il fut indépendant du siège de Londres, pour être spirituellement sujet de l'archevêque de Cantorbéry.

Sous la domination bretonne, il y avait une raison pour que Londres, principal entrepôt de l'Angleterre, fût aussi la grande métropole du christianisme; mais depuis qu'à la suite de l'invasion saxonne, Cantorbéry était devenu le siège du gouvernement et le lieu de résidence du chef des princes de l'Heptarchie, Londres n'était plus que la capitale d'une province subordonnée.

Quand ces circonstances eurent été convenablement exposées à Rome , saint Grégoire , à ce qu'il paraît, sanctionna le transfert de la primatie de Londres à Cantorbéry. Un ennemi moderne du Saint-Siège a prétendu que saint Augustin avait fait ce changement de sa propre autorité ; or, non-seulement la chose est improbable , vu les relations spirituelles d'Augustin avec Grégoire et avec Rome; mais l'assertion est contredite par un document émané du successeur de saint Grégoire, qui parle de ce pontife comme auteur de cet arrangement.

Ainsi , tandis que l'Eglise catholique avançait, elle poussait de profondes racines dans le sol anglais. Les païens virent et furept effrayés; les abîmes aussi le troublèrent. Le Seigneur avait

une fois encore retrouvé son peuple en Angleterre , et les idoles s'abaissaient à mesure que la croix s'élevait. Tout se passait avec calme, ordre et majesté; on eût dit un temple qui, pour s'édifier, n'avait besoin ni du secours de la hache, ni de celui du marteau. Les invasions des puissances de ce monde portent avec elles la dévastation; elles sont véhémentes et tumultueuses; celles de l'Eglise fertilisent, et elles sont paisibles et sûres. Le déluge qui détruisit la terre fondit sur elle par torrents, tandis que l'Esprit qui la renouvela fut silencieux dans son approche, quoique puissant dans sa régénération. Ainsi, l'Eglise anglaise prit doucement et sans être observée, possession du sol anglais ; elle s'appropria, presque sans que l'homme s'en aperçût, l'Angleterre dans toute son étendue. Il n'y eut de sa part ni violence contre les préjugés existants, ni mépris, ni intolérance pour les superstitions populaires, ni faux pas , ni actes de bigoterie ou de fanatisme.

Un saint enthousiasme remplissait les âmes; mais l'enthousiasme est trop grand pour avoir des emportements ; il est énergique, sans être tracassier. Réduisons maintenant la sphère de nos observations, et fixons nos regards vers le centre du tableau, sur cet archevêque missionnaire qui a la foi catholique pour message et des miracles pour lettres de créance.

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