Lettre à Schott, Bihliolheca Hispanix, t. III, p
2. Antonii Goveani in M. Tullii Ciceronis orationeni in Vatifiiiim testent coinmentarius ad jEmylium Fei-rettwn jarisconsiiltorum facile. principem. Parisiis , apud Juan. Lodoicum Tiletanum, ex adverso collegii Remensis, MDXLII.
3. Préface dii livj-e intitulé : Obsercationcs Guill. Morellii Til- Uani in M. T. Ciceronis lihros ([uinque de flnibus hnnorum et nialoriim, etc. Parisiis, apud Joannem Lodoicum Tiletanum^ ex adverso collegii Remensis, 1545. Ce fait n'est ni dans Chevillier ni dans La Caille.
là Conrad Bade, de la famille des Ascensius , établit ses presses en face de la grande porte de Sainte- Barbe \ dans les masures qui s'appuyaient contre l'église de Saint-Sympborien : de sorte que le noble vaisseau dont Jacques de Gouvéa tenait le gouvernail eut à la fois en poupe et en proue comme deux fanaux allumés pour répandre au loin la lumière , l'imprimerie de Tilletan et celle de Conrad Bade.
Pour en revenir à l'affaire de Ramus et d'Antoine de Gouvéa, elle se passa à huis clos. Cette mesure, qui fit jeter les bauts cris aux ramistes, était pourtant dictée par la prudence; car si l'on eût admis un auditoire, avec l'effervescence qui était dans les esprits, il aurait été impossible d'empécber les interruptions et ])robab!ement les voies de fait. Le pire inconvénient du secret est d'avoir donné lieu à des récits contradictoires , entre lesquels il n'est pas facile de discerner le vrai'. INous dirons sinon comment les choses se passèrent, du moins comment elles semblent s'être passées.
Tout d'abord il s'éleva une insurmontable difficulté relativement à la position du débat. Ramus entendait commencer théoriquement par la définition et la division de la dialectique, tandis que Gouvéa voulait qu'on mît tout de suite en discussion la compétence d'Aristote comme dialecticien. La journée se passa en argu-
i . Thcodori Bezae Vczelii poemata; Lutetias ex officina Conradi Badii , sub prclu ascensiano , e regione gymnasii D. Barbarie , MDXLVIII.
2. Duboulay, Hist. Univ., t. VI, p. 388 ; Épitre d'Orner Talon, au cardinal de Lorraine, déjà citée; Ramus, sa vie et ses écrits, par ^I. Waddington, p. 42.
mentalions qui n'aboutirent à rien ; l'heure sépara les deux adversaires , sans que ni l'un ni l'autre eût reculé d'une semelle sur le terrain où il s'était placé.
Selon toute apparence, le Portugais reconnut, après cette première épreuve, qu'il avait affaire à plus forte partie qu'il n'avait pensé d'abord , et en prévision de l'inflexibilité de Ramus, il prépara pour le lendemain une manœuvre qui devait être un faux pas. En effet, après que la seconde séance eut commencé par la répétition des assauts de la veille , tout à coup Gouvéa proposa de transiger, en acceptant le débat sur la division de la dialectique. Mais, en bonne logique, étaitil possible d'entamer la division en laissant de côté la définition? Sans doute Uamus fit entendre l;»-dessus les choses les plus fortes, et si son antagoniste trouva dans la souplesse de son esprit assez de ressources pour ne pas rester coi, il ne se relira pas avec les honneurs de la journée. 11 est certain qu'à la sortie on entendit ses tenants désapprouver la concession qu'il avait faite.
Il revnit le troisième jour avçc l'idée, qu'il avait eue d'abord, de disputer sans préliminaire sur la valeur d'Aristote. Ramus, de qui cela ne faisait pas le compte, adjura Salignac de remettre l'engagement dans les termes où on l'avait laissé la veille. Sur le refus de celui-ci, il se dépita et dit qu'il renonçait à la lutte. On offrit à ses tenants de prendre la partie à sa place : ils refusèrent. On demanda à Ramus s'il lui plaisait de désigner deux autres tenants : il répondit que non. Alors le juge du camp décerna la victoire à Antoine de Gouvéa.
Quoique le succès n'eût pas été très-brillant, l'Uni-
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versilé en accueillit la nouvelle avec transport. Il fut célébré par des panégyriques, au compte desquels Hercule, Thésée et tous les dompteurs de monstres n'avaient rien fait de comparable. Le vainqueur, embarrassé de tant d'hommages, se mit en devoir de les mieux mériter en reconmiençant le combat de façon à fournir toute sa carrière. 11 fit un livre contre Ramus', livre élégant, mais trop plein de colère, et où il aurait fallu que les choses fussent considérées de plus haut. On y trouve beaucoup de remarques judicieuses, mais non pas un corps de doctrine qui soit la contre-partie de celui qu'il s'agissait de réfuter. Il en ressort la preuve que Ramus , malgré ses écarts, possédait à un degré supérieur la portée philosophiqtie.
On ne reconnut pas cela dans le moment. Le livre qui servait les passions du public aurait élé cent fois plus faible qu'il eût passé encore pour un chef-d'œuvre. La faculté des arts vota d'acclamation qu'il serait imprimé à ses frais'. 11 alla dans toutes les universités de l'Europe porter la gloire de son auteur.
Tel est le grand triomphe que Sainte -Barbe eut à enregistrer dans ses fastes en 1 543.
1 . Àntnnii Govecmi pro Jristotele responsio adversus Pétri Raml calumnias ad lacobum Spifamium , gymnasii parisiensis cancellari uin . Paris, Simon de Colines, 4543, daté du 27 novembre à la fin de la préface.
2. Archives de l'Université, reg. 20, séance du 30 novembre lo43.