Vies des hommes illustres, 1. VII
obligé de mettre la chaire du professeur dans la cour^
Cette vogiie prodigieuse n'empêcha pas Fernel de sentir son infériorité le jour où il se trouva en présence de Stréhée. L'usage trop réitéré du raisonnement l'avait fait tomber dans une sécheresse d'esprit dont il voulut se guérir par la fréquentation de ce maître. Au lieu de commencer un second cours de philosophie, il donna des leçons particulières, et ce que ces leçons , jointes aux études médicales, lui laissèrent de loisir, il l'employa à étudier l'art de la composition sous Strébée, tandis qu'en retour il initiait Stréhée aux sciences exactes. 11 ne fit plus autre chose jusqu'au moment où il se livra tout entier à la médecine.
Les élèves de Gelida et de Fernel furent fidèles au programme que leur avaient tracé leurs maîtres. Ils portèrent le mépris des faux dieux dans les collèges qui ne les avaient point encore abjurés. Nous voyons Antoine de Mouchy, le fameux Démocharès, formé par Gelida^, et encore plus ardent que son maître, se présenter de la sorte au collège de Bourgogne avec les Topiques d'Âristote , dont, le premier de son école, il renouvelait l'interprétation. Son discours d'ouverture est une violente philippique contre « les ennemis acharnés de toute littérature, les persécuteurs infatigables de l'enseignement réformé, ces idolâtres de la
1. Notes historiques sur le collège Sainte-Barbe, recueillies par le principal Menassier, aux Archives de l'Université, carton 22.
2. Antonii Democharis Ressinnensis ad ingenuimi lectorem exleinporaneum carmen, à la fin du traité de Gelidius De quinque universalibu.'i .
niaiserie et de raberration, ces opiniâtres adeptes de la stratégie espagnole, qui ne cessent de conspirer contre le progrès, qui semblent s'être dévoués aux dieux infernaux pour tâcher d'abolir les méthodes perfectionnées, qu'ils détestent, par la seule raison qu'ils ne les ont point apprises. * »
A qui s'adressaient ces invectives? Aux vieux professeurs qui clabaudaient dans l'ombre, au corps enseignant de Montaigu, que Jean Major, encore vivant, tenait étroitement serré autour de sa personne. Mais il n'était plus besoin de faire tomber le poids d'une si grande colore sur ces pauvres grands hommes passés de mod^. Ni leurs regrets, ni leurs petites noirceurs ne pouvaient prévaloir contre l'esprit du temps. Ils succombaient sous le ridicule ; le mot plaisant pour les désigner était dans toutes les bouches : Fumivenduli triobolares^ débitants de fumée à trois liards la portion.
4 . Atitonii Democharis Ressonei pernecessarium in octo librns Tnpicorum Aristotelis hypoinnema, quo tota disserendi vis in nmne prohlema in^eniose demonstratur , Paris, Simon de Colines, 1533.