‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 95 sur 147 · CHAPITRE XXni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXni

Les collèges de Guyenne à Bordeaux et des Arts à Coîmbie. — Nouvel ordre des études.

Ce n'est pas sortir de notre sujet que de suivre les barbistes dans les colonies qu'ils fondèrent au loin, et où ils portèrent les institutions de la mère patrie.

Depuis un siècle la ville de Bordeaux possédait dans ses archives le brevet d'une université qu'elle n'était point encore parvenue à établir, lorsque le consulat par lequel elle était administrée en 1 534 pria André de Gouvéa de venir l'aider dans une entreprise que le progrès des lumières ne permettait plus de différer davantage. Il s'agissait de fonder un collège unique, au-dessus duquel fonctionneraient une école de droit civil et une école de médecine. Un méchant collège municipal, qu'on appelait le collège de Guyenne, existait déjà à Bordeaux. Jamais on n'avait pu décider les familles considérables du pays à y envoyer leurs enfants. Tout lécemment un certain Tartesius ou Tartois, qui n'est pas autie que ce grand propagateur de l'étude des langues que nous avons vu opérer si malheureusement à Lisieux, était venu s'offrir comme devant mettre en un clin d'œil le collège de Guyenne au-dessus de tous les autres, et il n'avait réussi qu'à sombrer dans un nouveau naufrage. C'est ce pauvre

établissement qui devait fournir à la fondation projetée par le consulat son notn, et ses bâtiments qu'on augmenterait de propriétés voisines. André de Gouvéa en aurait la direction; il y amènerait avec lui des maîtres de son choix. La ville se chargeait de tous les frais, et constituait pour le personnel enseignant des appointements capables d'attirer les hommes de mérite'.

André de Gouvéa ne prit conseil que de son ami Gelida ; il se décida promptement, et se mit en devoir* de former son contingent de professeurs ^

Le premier qu'il porta sur sa liste fut Mathurin Cordier, nouvellement revenu de >evers à Paris. 11 lui donna pour collègues Jean Binet , Claude Boudin, Jacques de Teyve, Nicolas de Grouchy, Guillaume de Guérente, et d'autres qu'on ne connaît pas. 11 a été dit en son lieu que Teyve fut élevé à Sainte-Barbe; Grouchy et Guérente y avaient passé soit comme élèves, soit comme professeurs : tous les deux Normands et gentilshommes, tous les deux unis par une amitié exemplaire , dont la communauté de talent formait le premier lien : Guérente, humaniste ; Grouchy , philosophe et antiquaire. Leurs noms sont comme inséparables dans tous les livres où il est question d'eux ^

Le collège de Guyenne partage encore avec Sainte-

"1. De Llirbe, De scholis litterariis omnium gentium ; Voulté, Epigranimata,\. I, p. 71 ; Vinet, Schola aquitanica.

2. Businus, Fita J. Ge luise ; Robcrti Britanrd Atrehads epistolarum lihri duo, f. 29.

3. De Llirbe, Chronique bordelaise; Montaigne, Essais,!. I, ch. XXV ; de Thou, Hist. univers., t. III, p. 419.

Barbe l'honneur d'avoir possédé Gelida et Biichanan ; mais l'un et l'autre ne s'adjoignirent que plus tard à la colonie, le premier ])ar suite de mauvaises affaire! qui l'obligèrent de quitter le collège du cardinal Lemoine, dont il était devenu principal; le second fuyant le courroux du primat d'Ecosse, qu'il avait offensé \

Le succès du nouvel établissement ne se fit pas attendre. Dès la première année le nombre des écoliers fut considérable, et il ne fit qu'augmenter par la suite, à mesure qu'on se déshabitua d'envoyer la jeunesse bordelaise apprendre le latin soit à Bourges, soit à Poitiers, soit à Toulouse. Des noms qui sont restés immortels ne tardèrent pas à figurer sur la liste des élèves formés par nos professeurs barbistes : Montaigne, La Boëtie, Joseph Scaliger, Jacques Mendès de N'asconcellos, qui leur fut amené de Portugal par l'évêque de Yiseu^

Des difficultés furent suscitées cependant par ceux qu'offusque toute entreprise qui réussit. On blâma, comme une chose incompatible avec l'intérêt public, la trop grande indépendance laissée à l'administration du collège , et avec le concours des commis de la ville, qui étaient désolés de n'avoir plus la haute main dans cette partie du service, on s'efforça de provoquer une réforme en répandant le bruit que la réforme était décidée. L'alarme se mit entre les professeurs, au point que plusieurs se disposaient déjà à déserter la place, quand le parlement , instruit de ce qui se passait, les fit venir à sa barre, André de Gouvéa à

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