Elève Edouard Harle
MM. Bellaigue, Ganneron, Hello, ThieuUen, Cadet- Gassicourt, et d'autres encore, avaient déjà mis leurs fils sur les bancs où eux-mêmes s'étaient assis antrefois; leur exemple fut de plus en plus imité. Déjeunes pères de famille vouèrent solennellement à Sainte- Barbe leurs enfants, qui balbutiaient encore. Une cbanson , composée dans ce sentiment pour le festin du 4 décembre 1833, produisit l'effet d'un manifeste. C'est un document historique qui mérite d'être rapporté. L'auteur est Bayard, Bayard eu qui le public applaudissait un de ses vaudevillistes favoris, et que Sainte-Baibe a chéri comme l'un des honnêtes et fermes cœurs qui se sont prodigués pour elle.
Pour ce banquet, où noire cœur s'enivre Dune amitié qui ne vieillira pas, J'allais partir, lorsqu'à voulu me suivre Mon jeune fils, que j'ai pris dans mes bras : « Non, j irai seul; mais un jour sur la liste Je t'inscrirai : c'est la dette du cœur. Oui, mon enfant, je te ferai barbiste : Ce titre-là te portera bonheur !
«< Quand Sainte-Barbe accueillit ma jeunesse, Que de succès ! Que son ciel était beau! Tu lui paieras ma part dans sa tendresse Lorsque la foule entourait son drapeau.
Pour rajeunir sa gloire qui s attriste, A sa couronne attachons une fleur.
Oui, mon enfant, je te ferai barbiste : Ce titre-là doit te porter bonheur!
« Sur ses vieux murs tu trouveras peut-être Mon nom gravé le jour de nos adieux : Mon souvenir, qui par toi va renaître, Protégera tes travaux et tes jeux.
Pauvre conscrit, Sainte-Barbe t'assiste ! De nos foyers tu soutiendras l'honneur.
Oui, mou eufant, je te ferai barbiste : Ce titre-là doit te porter bonheur !
« Quand Sainte-Barbe, échauffant ton génie, T'aura fait homme et remis à ta foi, Pour l'enseigner les routes de la vie, Mes vieux amis se souviendront de moi.
Ils feront tous, commis, soldat, artiste, La courte échelle à ta jeune vigueur.
Oui, mon enfant, je te ferai barbiste : Ce titre-là doit te porter bonheur !
« A ce banquet, où je retiens ta place. Tous deux alors nous irons nous asseoir : De mes chansons si la veine se glace, Tu chanteras pour deux, j'en ai l'espoir; Et tu mettras tes enfants sur la liste : C'est pour nous deux une dette du cœur. Oui, mon enfant, je te ferai barbiste : Ce titre-là doit te porter bonheur !
Grâce à l'aclive propagande qui fut faite par l'Association amicale, à toutes les rentrées des classes, depuis 1834, le nombre des élèves nouveaux excéda celui des élèves sortants, et les choses prirent dès lors une tournure si favorable, que, dans le courant de 1835, il fut possible de tenter une nouvelle entreprise.
Les bâtiments du collège de Reims, vendus sur Sainte- Barbe en 1832, avaient été mis en location par le nouveau propriétaire. Des visiteurs en soutane vinrent explorer les lieux. Évidemment on projetait d'établir une maison rivale aux portes de la sainte. La question fut agitée aussitôt de prévenir cette concurrence. Par quel moyen ? En reprenant le vieux
collège, pour installer dans ses murs un institut préparatoire aux écoles spéciales du gouvernement.
Les malsons de ce genre commençaient à se multiplier dans Paris ; preuve qu'elles étaient utiles. La Commission de surveillance se laissa persuader. F^lle chargea des démarches son secrétaire, M. Labiouste. On acheta un embryon d'école préparatoire que notre illustre mathématicien, M. Duhamel, essayait de faire éclore à la vie dans une maison de la rue de Vaugirard. Une douzaine d'élèves, qui composaient cet établissement, vinrent s'abriter avec leur maître sous le drapeau de Sainte-Barbe, et dès lors fut constitué dans le Collège un ensemble de fortes études, pour conduire la jeunesse à toutes les carrières, pour répondre à tous les besoins^ à tous les vœux des familles.
Lorsque la résurrection fut définitivement accomplie, M. de Lanneau pria ses amis de le relever du poste où, depuis qu'il avait dû renoncer à son héritage, il n'était resté que sur leurs instances. Maire du XIF arrondissement par l'élection (il fut continué par les mêmes suffrages jusqu'en 1 848), honoré de l'estime et de 4'affection de ses concitoyens , à la prière desquels il avait refusé une préfecture qu'on lui offrait, il éprouvait cependant le besoin d'établir aux yeux du public que les malheurs de Sainle-Barbe n'avaient point procédé de son fait. La direclion de r Institut royal des Sourds-Muets se présenta à lui pour fournir cette preuve. Il accepta celte place, qui •*ne l'enlevait ni à ses administrés, ni à l'instruction publique, où étaient ses goùls, ni au voisinage de sa chère Sainte-Barbe. L'histitut des Sourds-Muets était
organisé, sous beaucoup de rapports, à l'instar d'ufi liospice : il l'assujettit à la discipline des collèges. Il éteignit les dettes, répara entièrement le matériel, établit dix-sept bourses de plus, sans que la subvention eût été augmentée, et enfin il s'est retiré, après vingt ans d'administration, laissant en réserve de fortes économies.
C'est le 3 avril 183S, dans l'assemblée générale des actionnaires, qu'il prit sa retraite de Sainte-Barbe. Il fut nommé en retour président çle la Commission de surveillance de la Société, et le secrétaire de la Commission, M. Alexandre Laljrouste, fut appelé par les mêmes suffrages à la direction du Collège.