LETTRES APOSTOLIQUES
DU UKMK rOrSTlFL, AUX UELlGlliUX Dli CLAIUVAUX.
Alexandre , évoque, serviteur des serviteurs do Dieu, uses fils hien-aiincs l'abbé Gérard et tous les moines du Clairtaux , salut ai bénédiction apostolique.
Votre piété , votre zèle religieux et la soliile foi (|ui vous anime , nous sont depuis longtemps connus, et vous en avez donné des preuves manifestes. J'espère «[uo vous n'avez point dégénéré de la sainteté de votre père; et Dieu veuille , par le secom's de sa grâce , (pie cela n'arrive jamais ! Cette grâce , qui abondait en lui , l'a sanctifié ; ses œuvres vous ont servi d'exemple ; car vous savez , et vous eu conservez sans cesse le respectueux souvenir , combien Bernard, de bienheureuse mémoire, premier abbé de votre monastère et votre principal fondateur, s'est rendu agréable à Dieu par sa vertu et par sa piété ; â l'Eglise, par la pléiiitude de sou dévouement et de sa dévotion. Et certes vous seriez bien coupables , si vous négligiez en (iuekiue point que ce soit de l'imiter et de le vénérer. Aussi avons-nous été réjoui de voir la sollicitude filiale que vous avez montrée pour un père si saint, en demandant avec de louables instances sa canonisation. Et notre cœur, toujours incliné à obtempérer à vos prières, et à contribuer à tout ce qui peut vous être utile, à cause de vos pieux sentiments, de votre soumission et du zèle religieux qui animo votre maison, a reçu avec clémence l'expression de vos vœux , y a consenti; et nous aimons à vous donner la preuve de notre grâce et de notre bienveillance.
Kous rappelant donc la vie de ce bienheureux confesseur, sa foi, sa j>iété, sa doctrine, qui l'ont fait briller d'une si vive lumière dans l'Eglise de Dieu; après avoir consulté l'assemblée de ims frères , et plein de confiance dans la miséricorde divine, nous appuyant sur l'autorité des bienheureux apôtres Pierre cl Paul, nous avons fait inscrire dans le catalogue des saints celui dont nous reconnaissons les mérites , et nous avons fi.xé le jour de sa mort au nombre des jours de fête solennelle.
C'est à vous surtout , mes cliers lils , qu'il iuiporte d'imiter sa vie , d'honorer Bn gloire. Efforcez-vous donc de suivre fidèlement son exemple, de marcher sur les traces de ce père saint et vénérable , et célébrez sa mémoire de telle sorte qu'après avoir eu le bonheur de vivre en sa société sur la terre , vous vous rendiez digues de participer à sa béatitude au ciel.
Donné à Anagni , 15 kalcnd. février.
Ainsi, par une exception inouïe, saint Bernard fut solennellement canonisé vingt et un ans après sa mort. Et comme si cet éclatant témoignage , rendu à sa gloire, ne suflisiiit [las à la juste vénération des souverains Pontifes, il fallait encore, dit ÎUabilloii * , tpie le chef suprême de l'Eglise dictât de sa propre
* In op, S. Bern., éd. Mab., vol. U, p. 1362.
bouche l'office du saïnt. C'est ce que fit le pape Innocent III par ses lettres apostoli(jues , datées de l'an 1201, et adressées à Jean, moine de Clairvaux, autrefois archevêque de Lyon.
Ces lettres sont ainsi conçues :
Innocent, etc.
A Jean, autrefois archevêque de Lyon.
Nous ne voulons pas vous refuser ce que vous avez voulu nous demander, puisque notre consentement doit augmenter pour vous et pour nous le fruit de la récompense éternelle. Vous désirez, ainsi que vos frères, que nous dictions de notre propre bouche la collecte et les autres oraisons de l'office du bienheureux Bernard, premier abbé de Clairvaux, que le Siège apostolique a inscrit dans le catalogue des saints, pensant t]u'on dirait ces oraisons avec d'autant plus de dévotion qu'elles émaneraient d'une autorité plus haute. Nous avons donc agréé votre demande autant que nous l'avons pu , selon les instances qui nous ont été faites par votre frère , notre très-cher fds Rainerius.