VI.— Comment saint Louis pensait qu*on se doit vêtir
Le saint roi fut à Gorbeil un jour de Pentecôte, là où il y avait quatre-vingts chevaliers. Le roi descendit après dîner au préau sous la chapelle, et il parlait à rentrée de la porte au comte de Bretagne * , le père du duc qui existe à présent, que Dieu garde l Maître Robert de Sorbon vint me quérir là et me pritparle boutdemon manteau, et me mena au roi; et tous les autres chevaliers vinrent après nous. Alors je demandai àmaitre Robert : « Maître Robert, que me voulez-vous? » Et il me dit : « Si le roi s'asseyait dans ce préau, et si vous alliez vous asseoir sur son banc plus haut que lui, je veux vous demander si on vous en devrait bien blâmer. > Et
1. Jean I*', comte de Bretagne, dont le fils Jean II porta le premier le titre de duc, et r "urut le 18 novembre 1305.
D£ SÂIMT LOUIS.
je lui dis que oui. Et il me dit : «Donc vous faites chose bien à blâmer, quaud vous êtes plus noblement vêtu qiie le roi ; car vous vous véie2 de fourrures et de drap vert, ce que le roi ne fait pas. » Et je lui dis : « Maître Robert, sauf votre permission^ je ne fais rien à blâmer si je me vêts de fourrures et de drap vert ; car. c'est l'habit que me laissèrent mon père et ma mère. Au contraire vous faites chose à blâmer; car vous êtes fils de vilain et de vilaine, e\ avez laissé Thabit de votre père et de votre mère, et êtes vêtu de plus riche camelin que le roi ne Test, » Et alors je pris le pan de son surcot* et du surcot du roi et lui dis : «Or regardez si je dis vrai. » Et le roi entreprit de tout son pouvoir de défendre maître Robert par ses paroles.
Après ces choses, monseigneur le roi appela monseigneur Philippe son fils, le père du roi qui ejùste * à présent^ et le roi Thibaut*, et s'assit à l'entrée de son oratoire, et mit la main à terre, et dit : « Asseyez-vous ici bien près de moi, pour qu'on ne nous entende pas.»— c Ah I sire, firent-ils, nous n'oserions nous asseoir si près de vous. » Et il me dit : « Sénéchal, asseyez-vous ici. » Ainsi fis-je, et si près de lui que ma robe touchait à la sienne. Et il les lit