I. — JDéUicace et division de Touvrage
A son bon Seigneur Louis, fils du roi de Fraoce, par lagrâce de Dieu roi de Zvavarre, comtç palatin de Champagne et de Brie\ Jean, sire de Joinvilley son sénéchal de Champagne, salut, amour, honiieur, et^ervice tout di&posô.
Cher sire, jetous fais savoir que Madame la reine
votre mère, qui m'aimait beaucoup (à qui Dieu fasse bonne merci!), me pria aussi instamment
1. Louis X , wamommé le Hutin, eUi de PMTIppe le Bel, étai^ foi da Nawn9 etxomte de Champagne et de Brie, du chef de es mère Jeanne dé Havane» morte le t avril 1305. Ce livre lui 'fut dédié en 1309, cinq ansavaat qu'il ne succédât à son père comme loi deFirann.
s HISTOIRE
qu'elle put que je lui fisse faire un livre* des I saintes paroles et des bons faits de notre roi saint ^ Louis; je Ini en fis la promesse, et avec Faide de ^ieu le livre est achevé, en deux parties.
;i La première partie raconte comment saint Louis • se gouverna toute sa vie selon Dieu et selon TÉiglise, et au profit de son royaume.
La seconde partie du livre parle de ses grandes prouesses^t de ses grands faits d'armes.
Sire, parce qu'il est écrit : < Fais premièrement ce qui appartient à Dieu, et il dirigera toutes tes autres besognes, » j'ai fait écrire ce qui appartient aux trois choses dessus dites, c'est à savoir ce qui appartient au profit des âmes et des corps, et ce qui appartient au gouvernement du peuple.
Pour ces autres choses, je les ai fait écrire aussi à l'honneur de ce vrai saint^ parce que par ces choses dessus dites on pourra voir clairement que jamais laïque de notre temps, ne vécut si saintement pendant tout son temps, depuis le commencement desonrègnejusquesà la fin de sa vie. A la fin de sa vie, je n'y fus pas; mais le comte Pierre d'Alençon, son fils, y fut, lui qui m'aima beaucoup et qui me raconta la belle fin qu'il fit et que vous trouverez écrite à la fin de ce livre, fit sur cela, il me semble qu'on ne fit pas assez pour lui quand on ne le mit
1. C'est-à-dire que Joinville fit écrire le livre sous sa dictèo.
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pas au nombre des martyrs pour les grandes pei* nés qu'il soufRrit au pèlerinage de la croix par l'espace de six ans que je fus en sa compagnie, et parce que surtout il imita Notre-Seigneur au fait de la croix. Car si Dieu mourut en croix, aussi fitil ; car il était croisé quand il fut à Tunis. .
Le second livre parlera de ses grandes prouesses et de ses grandes hardiesses, qui sont telles que Je lui vis quatre fois mettre son corps en aventure de mort, comme vous l'entendrez ci-après, pour épargner le dommage de son peuple.